Le faus­saire, Léo­nard de Vin­ci et « la Belle Prin­cesse »

Un faus­saire an­glais de re­nom af­firme être l’au­teur d’un des­sin rare, « la Belle Prin­cesse », at­tri­bué à Léo­nard de Vin­ci.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - YVES JAEGLÉ

FILLE D’UN DUC de Mi­lan à la Re­nais­sance ou cais­sière d’un su­per­mar­ché de Bol­ton, une ville du nord de l’Angleterre, en 1978 ? Léo­nard de Vin­ci ou faux gé­nial ? Telle est la ques­tion de­puis que le « Sun­day Times » a pu­blié di­manche les bonnes feuilles des Mé­moires d’un des plus grands faus­saires de notre temps, Shaun Green­halgh.

Cet An­glais de 54 ans y pré­tend être l’au­teur de « la Belle Prin­cesse », un des­sin de Léo­nard de Vin­ci. L’au­to­di­dacte de Bol­ton est bien connu du mi­lieu : il a si­gné en­vi­ron 120 faux de­puis ses dé­buts, et ses propres pa­rents écou­laient ses oeuvres sur le mar­ché. Toute la famille a fait de la pri­son. Green­halgh cultive un ta­lent hors normes, ca­pable de fa­bri­quer dans sa mai­son en brique une fausse soeur de Tou­tan­kha­mon ou un faux « Faune » de Gau­guin ache­tés à prix d’or par des mu­sées. Faus­saire mais maître. « La Belle Prin­cesse » de Léo­nard se­rait son chef-d’oeuvre, et son tour le plus pen­dable : il af­firme avoir pris pour mo­dèle une cais­sière d’un su­per­mar­ché de Bol­ton, où il tra­vaillait en 1978. La presse an­glaise, qui se dé­chaîne, a re­trou­vé la dame !

Le pro­prié­taire du ta­bleau, Pe­ter Sil­ver­man, un col­lec­tion­neur ca­na­dien de bonne ré­pu­ta­tion, puisque le Louvre a ac­cep­té en 2013 un don de lui, un Ch­rist en bois at­tri­bué à Mi­chel-Ange ou à son école, ne trouve évi­dem­ment pas ça drôle : « La Belle Prin­cesse a été au­then­ti­fiée par de très grands spé­cia­listes. Si ce mon­sieur peut re­faire le des­sin de­vant un co­mi­té, je lui offre 10 000 livres (en­vi­ron 14000 €). Il fait juste la pub de son bou­quin. C’est une blague ab­so­lue », nous a-t-il confié. Pas­cal Cotte, di­rec­teur du la­bo­ra­toire fran­çais Lu­mière Tech­no­lo­gy, qui fait par­tie de ceux qui ont at­tri­bué le des­sin à Léo­nard de Vin­ci, pré­fère aus­si en ri­ca­ner : « Le faus­saire au­rait eu 17 ans quand il a réa­li­sé ce des­sin. Avec une connais­sance aus­si poin­tue des tech­niques de 1490-1496 ? Je n’y crois pas. Nous avons prou­vé que cette oeuvre sur vé­lin fai­sait par­tie d’un en­semble de Léo­nard conser­vé à la bi­blio­thèque na­tio­nale de Var­so­vie. »

Prou­ver ? En 2010, les plus grands ex­perts s’étaient dé­chi­rés au che­vet de « la Belle Prin­cesse ». De grands his­to­riens d’art ont consi­dé­ré qu’elle était bien du gé­nie ita­lien, et re­pré­sen­te­rait Bian­ca Sfor­za, la fille d’un duc très puis­sant, mé­cène des arts.

D’autres ont émis des doutes. De grands mu­sées amé­ri­cains mais aus­si le Louvre n’ont pas sou­hai­té ex­po­ser l’oeuvre, contrai­re­ment au sou­hait du col­lec­tion­neur.

« La Belle Prin­cesse » est in­vi­sible. Elle dort dans un coffre à Ge­nève. Son pro­prié­taire l’a ache­té 20 000 $ en 2009 : à l’époque, on croyait qu’il s’agis­sait d’un des­sin al­le­mand du XIXe siècle, avant l’at­tri­bu­tion à Léo­nard. La prin­cesse est au­jourd’hui es­ti­mée à plus de 120 M€. A moins qu’elle ne vaille plus rien ?

« Le faus­saire au­rait eu 17 ans quand il a réa­li­sé ce des­sin. Je n’y crois pas » Pas­cal Cotte, qui fait par­tie de ceux qui ont au­then­ti­fié le des­sin

(Cor­bis.)

Le des­sin « la Belle Prin­cesse » est au coeur d’une po­lé­mique. Es­ti­mé à 120 M€ et at­tri­bué à Léo­nard de Vin­ci, il pour­rait être en fait l’oeuvre d’un faus­saire.

Shaun Green­halgh.

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