Opé­ra­tion sé­duc­tion au­près des pa­trons

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - VA­LÉ­RIE HACOT

C’EST UN REN­DEZ-VOUS que Ch­ris­tophe Bou­dot, tête de liste FN en Au­vergne - Rhône-Alpes, s’est em­pres­sé de mé­dia­ti­ser. Le 24 no­vembre, il a dé­jeu­né avec Jean-Do­mi­nique Se­nard, le pré­sident du groupe Mi­che­lin. Le nu­mé­ro un mon­dial du pneu, lui, a mi­no­ré la por­tée de l’évé­ne­ment en fai­sant va­loir qu’il était re­çu au même titre que tous les can­di­dats aux ré­gio­nales. Mais pour le Front, en quête de lé­gi­ti­mi­té au­près du monde pa­tro­nal, l’oc­ca­sion était trop belle : « Le FN est l’ami de l’en­tre­prise », a ain­si pro­cla­mé à sa sor­tie Ch­ris­tophe Bou­dot.

Long­temps raillé pour la fai­blesse de son pro­gramme éco­no­mique, le par­ti s’est lan­cé de­puis quelques mois dans une vaste opé­ra­tion sé­duc­tion au­près des en­tre­pre­neurs. Après avoir été en pointe dans le com­bat contre le RSI (ré­gime so­cial des in­dé­pen­dants), vé­ri­table bête noire des pe­tits pa­trons, le FN a mis sur pied des struc­tures spé­ci­fi­que­ment dé­diées aux en­tre­pre­neurs. Le col­lec­tif Au­dace, cen­tré sur les jeunes pa­trons, a vu le jour en oc­tobre 2014. Quant au cercle le Cardinal, ani­mé de­puis dé­but 2014 par Axel Lous­tau, un an­cien du GUD (syn­di­cat étu­diant d’ex­trême droite), très proche de Ma­rine Le Pen et au­jourd’hui à la tête d’une en­tre­prise de sécurité, il a pour am­bi­tion d’at­ti­rer de plus gros pois­sons. « Il est im­pos­sible de sa­voir si ces opé­ra­tions ont un im­pact », tem­père tou­te­fois le so­cio­logue spé­cia­liste du FN, Syl­vain Cré­pon.

Le Front es­père par ailleurs af­fi­cher sur ses listes des re­pré­sen­tants du monde pa­tro­nal. Dans la ré­gion Paca, où Ma­rion Maréchal-Le Pen soigne son dis­cours en se pré­sen­tant comme fa­vo­rable à l’éco­no­mie de mar­ché, les pa­trons sont bien re­pré­sen­tés : « On en compte une qua­ran­taine, sur près de 130 can­di­dats », se fé­li­cite Thi­bault de La Toc­naye, élu fron­tiste dans le Vau­cluse et lui-même chef d’en­tre­prise. C’est net­te­ment plus qu’au ni­veau na­tio­nal, où 12,2 % des can­di­dats FN aux ré­gio­nales sont « in­dus­triels ou pro­fes­sions li­bé­rales », se­lon une en­quête du Cevipof. Ce n’est pas né­gli­geable mais, pour l’heure, le gros des troupes est en­core consti­tué d’ar­ti­sans et de di­ri­geants de TPE.

Echau­dés par le dis­cours sur l’eu­ro ou en­core les prises de po­si­tion sur la re­traite à 60 ans (lire ci-contre), les grands pa­trons, ceux du CAC 40 en tête, res­tent tou­te­fois her­mé­tiques au FN. Dans le Nord no­tam­ment, de nom­breux en­tre­pre­neurs s’in­quiètent d’une vic­toire de Ma­rine Le Pen. Le très in­fluent Bru­no Bon­duelle, an­cien pré­sident de l’en­tre­prise épo­nyme, est à la pointe de la contes­ta­tion, s’in­quié­tant des ré­per­cus­sions en termes d’image pour une ré­gion aus­si dé­pen­dante de l’Eu­rope.

@vha­cot1

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