« Mé­len­chon-Le Pen, même com­bat »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par JAN­NICK ALIMI, OLI­VIER BACCUZAT, CA­THE­RINE GAS­TÉ ET HEN­RI VER­NET

À QUELQUES JOURS des élec­tions ré­gio­nales, Pierre Gat­taz, le pré­sident du Me­def, nous a ac­cor­dé un en­tre­tien ex­clu­sif. Il taille en pièces le pro­gramme éco­no­mique du Front na­tio­nal qui, se­lon lui, re-

Le FN pour­rait ga­gner une ré­gion voire plus aux élec­tions des 6 et 13 dé­cembre. Ce­la vous in­quiète-t-il ?

PIERRE GAT­TAZ. Je ne m’ex­prime pas sur la po­li­tique mais sur le pro­gramme éco­no­mique du Front na­tio­nal. Et là, je dis at­ten­tion, car il me rap­pelle étran­ge­ment le pro­gramme com­mun de la gauche de 1981. Re­tour de la re­traite à 60 ans, aug­men­ta­tion de tous les sa­laires avec no­tam­ment une hausse du smic de 200 €, re­tour au franc, aug­men­ta­tion des taxes d’im­por­ta­tion… C’est exac­te­ment l’in­verse de ce qu’il faut faire pour re­lan­cer la crois­sance éco­no­mique du pays. L’éco­no­mie a be­soin de prag­ma­tisme, de lu­ci­di­té. En Asie ou en Amé­rique, on a mis l’en­tre­prise tout en haut de la liste des prio­ri­tés.

« Ce n’est pas un pro­gramme éco­no­mique

res­pon­sable. Il n’est tour­né ni vers l’ave­nir, ni vers la com­pé­ti­ti­vi­té. »

En cas de vic­toire du FN dans une ré­gion, quel se­rait l’im­pact éco­no­mique et so­cial ? Ce n’est pas un pro­gramme éco­no­mique res­pon­sable. Il n’est tour­né ni vers l’ave­nir, ni vers la com­pé­ti­ti­vi­té. On ne peut pas fer­mer les fron­tières. Le monde at­tend la France et ce n’est pas en nous re­cro­que­villant sur nous-mêmes que nous al­lons y ar­ri­ver. Il s’agit de ne pas confondre les pro­blèmes sé­cu­ri­taires avec les pro­blèmes éco­no­miques. Ma­rine Le Pen s’af­fiche avec des chefs d’en­tre­prise. Que dites-vous à vos adhé­rents ? Je ne leur dis rien. Je ne fais pas de po­li­tique, mes adhé- L’état d’ur­gence et la COP21, ça fait un peu beau­coup. Nous avons dit « at­ten­tion aux res­tric­tions éco­no­miques ». Et ce dès ven­dre­di soir, car il y avait un blo­cus de toute l’Ile-deF­rance avec les me­sures de sécurité adop­tées pour la COP21. Nous avons tra­vaillé toute la soi­rée avec le pré­fet de Pa­ris, afin de faire en sorte que des axes comme l’A 6 ne soient pas fer­més pour que le mar­ché de Run­gis puisse fonc­tion­ner. Il faut que la vie, cultu­relle, éco­no­mique et tou­ris­tique conti­nue. Si­non, on tombe dans le piège des ter­ro­ristes. Voi­là pour­quoi l’état d’ur­gence ne doit pas du­rer trop long­temps. Au len­de­main des at­ten­tats, le Me­def a ap­pe­lé les chefs pré­sente tout le contraire de ce qu’il faut faire pour re­lan­cer et sou­te­nir la crois­sance dans notre pays. rents votent pour qui ils veulent. Mon seul pro­blème est le pro­gramme éco­no­mique des par­tis po­li­tiques. Or, quand je vois ce­lui du FN, qui res­semble à ce­lui de l’ex­trême gauche, je ne suis pas d’ac­cord. Ex­trême droite, ex­trême gauche, c’est la même chose : Mé­len­chon-Le Pen, même com­bat. En 1981, ça nous a mis dans le mur pen­dant deux ans. Ne re­com­men­çons pas. La mon­tée du Front na­tio­nal illustre un ma­laise. Ce que j’at­tends des autres par­tis po­li­tique, c’est qu’ils com­prennent ce ma­laise et qu’ils y re­mé­dient. Com­ment ? En ré­glant les pro­blèmes de la sécurité, du chô­mage et en re­don­nant de l’es­poir aux Fran­çais.

Vous avez été re­çu par Ma­nuel Valls sur la ques­tion de l’état d’ur­gence. Quelles sont vos pré­oc­cu­pa­tions ?

Au­jourd’hui, à part quelques cas iden­ti­fiés nous n’avons pas de re­mon­tées si­gni­fi­ca­tives de ra­di­ca­li­sa­tion. Au Me­def, pour y voir plus clair, on a créé quatre groupes de tra­vail dont un sur le fait re­li­gieux en en­tre­prise. Chaque em­ployeur doit être ca­pable de gé­rer ce­la en in­terne. Ce genre de su­jet ne se règle pas par la loi mais par du dia­logue dans les en­tre­prises. La re­com­man­da­tion du Me­def, c’est de re­ve­nir aux va­leurs fran­çaises : « Li­ber­té, Ega­li­té, Fra­ter­ni­té ». Quant à la laï­ci­té dans l’en­tre­prise, on va pu­blier un cer­tain nombre de re­com­man­da­tions et de guides sur ce point. Ce­la au­ra-t-il la forme d’une charte contrai­gnante ? Les en­tre­prises doivent-elles avoir ac­cès aux fa­meuses fiches S ? Dans les mé­tiers sen­sibles, il faut que le mi­nis­tère de l’In­té­rieur nous pré­vienne ou nous sen­si­bi­lise à ces risques. Dans les do­maines de la sécurité, dans le nu­cléaire, chez les ai­guilleurs du ciel ça me pa­raît fon­da­men­tal. Cer­tains, comme Em­ma­nuel Ma­cron, es­timent que les élites du pays sont res­pon­sables de la ra­di­ca­li­sa­tion d’une par­tie de notre jeunesse. Vous sen­tez-vous res­pon­sable ? Nous le sommes tous car en­core une fois nous n’avons pas tout fait pour com­battre le chô­mage, la déses­pé­rance qui l’ac­com­pagne et, pour cer­tains, la re­cherche de so­lu­tions ra­di­cales. Je veux ce­pen­dant rap­pe­ler que le Me­def joue plei­ne­ment son rôle en ma­tière d’in­té­gra­tion des jeunes des ban­lieues, d’ap­pren­tis­sage et d’en­tre­pre­neu­riat. Le chô­mage est à un tel ni­veau qu’il faut une mul­ti­mé­di­ca­tion. Il faut ar­rê­ter de prendre de l’as­pi­rine et pas­ser aux an­ti­bio­tiques et à la cor­ti­sone. Il existe des me­sures simples à prendre tout de suite : pla­fon­ne­ment des in­dem­ni­tés prud’ho­males, CDI sé­cu­ri­sé, sim­pli­fi­ca­tion du tra­vail le di­manche et en soi­rée. Com­ment ex­pli­quez-vous que le FN capte les voix des ou­vriers ? Parce que de­puis trente ans nous n’avons pas mis l’en­tre­prise au centre du jeu. De­puis deux ans, on vient juste de faire un vi­rage en­tre­pre­neu­rial avec ce pacte de res­pon­sa­bi­li­té. Il y avait 130 Mds€ d’écart de com­pé­ti­ti­vi­té entre l’Al­le­magne et la France. Le pacte a per­mis de ré­duire l’écart d’un tiers, le ra­me­nant à 90 Mds€. J’at­tends que les can­di­dats à la pré­si­den­tielle s’en­gagent à faire les deux tiers du che­min res­tants. Le monde po­li­tique vous pa­raît-il en phase avec l’évo­lu­tion ra­pide Ce que pro­posent les par­tis d’ex­trême droite et d’ex­trême gauche va à l’en­contre de ces né­ces­si­tés. Quant à la droite et la gauche clas­siques, il est urgent qu’elles fassent leur ré­vo­lu­tion cultu­relle, l’une en ar­rê­tant de pen­ser que c’est l’Etat qui doit tout pi­lo­ter, l’autre en met­tant l’en­tre­prise au coeur de sa lo­gique. C’est la seule fa­çon pour que la France puisse vivre des al­ter­nances po­li­tiques qui soient les plus se­reines pour les en­tre­prises et leurs sa­la­riés. Quels sont les hommes po­li­tiques qui trouvent grâce à vos yeux ? J’ai lu l’ou­vrage de Fran­çois Fillon (NDLR : « Faire » chez Albin Mi­chel) et ce­lui d’Eric Woerth (le dé­lé­gué gé­né­ral au pro­jet chez les Ré­pu­bli­cains, au­teur d’« Une crise de­ve­nue fran­çaise », à L’Ar­chi­pel). Les deux vont dans le bon sens car ils mettent l’éco­no­mie et l’en­tre­prise au coeur de leur rai­son­ne­ment. Je n’ai pas en­core lu le livre d’Alain Jup­pé, qui est plus axé sur l’édu­ca­tion.

« Dans les mé­tiers sen­sibles, il faut que le mi­nis­tère de l’In­té­rieur

nous pré­vienne ou nous sen­si­bi­lise

à ces risques »

(L P / O liv ie r C or sa n. )

Pa­ris (VIIe), hier. « Le pro­gramme éco­no­mique du FN me rap­pelle étran­ge­ment le pro­gramme com­mun de la gauche de 1981 », af­firme Pierre Gat­taz.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.