Au Bourget, Hol­lande ac­cueille toute la pla­nète

Fran­çois Hol­lande a ou­vert la confé­rence cli­mat de­vant 150 chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment réunis au Bourget. Un som­met sur le­quel pla­nait aus­si hier l’ombre des at­ten­tats de Pa­ris.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - ÉRIC HACQUEMAND

APRÈS LE TER­RO­RISME, le cli­mat : Fran­çois Hol­lande court après les coa­li­tions. Au Bourget (Sei­neSaint-De­nis), le pré­sident a ou­vert hier la COP21 et soi­gné, en cou­lisses, son cos­tume de chef de guerre, l’ombre des at­ten­tats de Pa­ris planant sur cette pre­mière jour­née.

L’hom­mage aux vic­times avait com­men­cé dans la nuit. Dès sa des­cente d’Air Force One, Ba­rack Oba­ma s’est ren­du au Ba­ta­clan dé­po­ser une rose avec Hol­lande. Comme Da­vid Ca­me­ron et An­ge­la Mer­kel avant lui. « Il ne manque plus que Pou­tine, dé­sor­mais », confie la maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go. D’ailleurs, le pré­sident russe est le seul à être en re­tard lors- que, quelques heures plus tard, les 150 chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment dé­barquent au Bourget. So­li­da­ri­té oblige, pas un ne manque. Ce qui, dès 8 heures, conduit à la séance de poi­gnée de main la plus longue de l’his­toire. « J’en ai fait 150, un vrai mé­tier », sou­rit Mat­thias Fekl. Sur le ta­pis rouge, le se­cré­taire d’Etat char­gé du Com­merce ex­té­rieur est ve­nu « en ren­fort » avec Sé­go­lène Royal et Laurent Fa­bius. Car, de temps en temps, le pré­sident s’échappe pour s’en­tre­te­nir avec les di­ri­geants de pays en pre­mière ligne contre le ter­ro­risme. Dis­crè­te­ment, Hol­lande voit ain­si le pré­sident égyp­tien Sis­si pour ré­af­fir­mer une vo­lon­té com­mune de « lut­ter contre Daech par­tout où ce groupe ter­ro­riste est pré­sent ». L’après-mi­di, vien­dra le tour du pré­sident turc Er­do­gan. La Tur­quie est aus­si au coeur d’un en­tre­tien ar­ran­gé entre Oba­ma et Pou­tine pour, af­firme un of­fi­ciel amé­ri­cain, « in­ci­ter Pou­tine à la déses­ca­lade » après l’in­ci­dent du Sou­khoï russe abat­tu par les Turcs la se­maine der­nière.

Pre­mière dis­so­nance

Mais pour Hol­lande, pas ques­tion de tro­quer un som­met sur le cli­mat pour un faux som­met contre le ter­ro­risme. « Ces évé­ne­ments nous af­fligent et nous obligent : nous n’avons pas le droit à l’er­reur », lance le chef de l’Etat dans une im­mense salle où, par exemple, l’Is­raé­lien Be­nya­min Ne­ta­nya­hou se re­trouve as­sis à la même table que… l’Iran. « Les bons sen­ti­ments ne suf­fi­ront pas, nous sommes au bord d’un point de rup­ture », pré­vient Hol­lande, in­sis­tant so­len­nel­le­ment sur la né­ces­si­té d’un « ac­cord uni­ver­sel, dif­fé­ren­cié et contrai­gnant ». L’ob­jec­tif est de li­mi­ter la hausse des tem­pé­ra­tures à 2 d’ici à la fin du siècle. Tour à tour, cha­cun des in­vi­tés ré­pond à l’ap­pel, quitte à faire ex­plo­ser le chro­no­mètre : ou­bliées les trois mi­nutes par in­ter­ve­nant. Le Pa­ra­guayen Car­tès s’éter­nise… et le roi du Ma­roc, Mo­ham­med VI, pri­vé de dis­cours pour cause d’ex­tinc­tion de voix, com­mence à s’as­sou­pir. Oba­ma, lui, se fiche des règles : treize mi­nutes ! Le pré­sident amé­ri­cain (qui a dî­né avec Hol­lande à l’Am­broi­sie, un res­tau­rant pa­ri­sien, hier soir) et le chi­nois Xi Jin­ping, les deux plus gros pol­lueurs de la pla­nète, ap­pellent les di­ri­geants du monde « à être à la hau­teur ». C’est loin d’être ga­gné. Pre­mière grosse dis­so­nance de la jour­née, le Pre­mier mi­nistre in­dien, Mo­di, pré­vient que « la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ne peut im­po­ser la fin des éner­gies fos­siles ». Entre les belles pa­roles af­fi­chées pour l’ou­ver­ture de la COP et les actes, le risque est grand aus­si du… grand écart.

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