« J’ai vu des zones de glace qui mon­taient jus­qu’au cap Horn »

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Pro­pos recueillis par SAN­DRINE LE­FÈVRE

À L’HEURE de la COP21, Fran­çois Ga­bart, vain­queur du tour du monde en so­li­taire en 2013 avec « Ma­cif », évoque son amour de l’en­vi­ron­ne­ment. Lors­qu’on est na­vi­ga­teur, est-on for­cé­ment sou­cieux de l’en­vi­ron­ne­ment ? FRAN­ÇOIS GA­BART. On ne peut pas être ma­rin sans être amou­reux de la mer et des ba­teaux. On ne peut pas être amou­reux de la mer sans être sen­sible à l’en­vi­ron­ne­ment. De par notre sport, on re­garde le ciel et les nuages, on a des connais­sances en mé­téo, ce qui nous pousse à nous po­ser des ques­tions sur notre pla­nète. Etes-vous le té­moin pri­vi­lé­gié de chan­ge­ments ? For­cé­ment, car en étant au centre de l’élé­ment, on voit ce qu’il se passe. J’ai 32 ans, j’ai com­men­cé la course au large il y a six ans, c’est trop peu pour ob­ser­ver des bou­le­ver­se­ments. Néan­moins, même si j’ai peu de re­cul, je vois à ma pe­tite échelle quel- ques mo­di­fi­ca­tions, no­tam­ment au ni­veau de la fonte des glaces. L’avez-vous consta­té lors de votre tour du monde ? Il est évident qu’on ne fait pas le même Ven­dée Globe qu’il y a trente ans, il y a net­te­ment plus de glaces qu’avant. Quand, ga­min, je rê­vais de tour du monde, j’avais des images des Ker­gue­len dans la tête. Quand je l’ai fait, je suis pas­sé à des cen­taines de ki­lo­mètres d’elles. Si je veux avoir la chance de les voir un jour, il fau­dra que j’y aille en ba­teau de croi­sière, pas en course, car il y a des ice­bergs par­tout. Ces ice­bergs peuvent-ils me­na­cer les courses au­tour du monde ? Je suis op­ti­miste sur le fait que grâce à la tech­no­lo­gie on ira de plus en plus vite au­tour de la pla­nète. La seu- le li­mite, c’est qu’on puisse conti­nuer à na­vi­guer en sécurité dans les mers du Sud. Quand j’y suis pas­sé, j’ai vu des zones de glace qui mon­taient jus­qu’au cap Horn. Si un jour le dé­troit de Drake (NDLR : large bras de mer qui sé­pare l’ex­tré­mi­té sud de l’Amé­rique et l’An­tarc­tique) est ga­vé d’ice­bergs, on ne pour­ra pas faire grand-chose mal­gré nos jo­lis ba­teaux qui vont très vite. Ce n’est pas très grave pour nous mais ça montre qu’il y a un ré­chauf­fe­ment. Quand vous em­bar­quez pour un tour du monde, vous em­por­tez énor­mé­ment de choses. Que faites-vous des dé­chets ? Le fait de vivre en au­to­no­mie to­tale nous per­met de prendre conscience de ce qu’on uti­lise à terre. On pro­duit notre propre élec­tri­ci­té, on se dé­brouille avec nos pou­belles jus­qu’à la fin. Du coup, quand on pré­pare le ra­vi­taille­ment, on en­lève tous les em­bal­lages qui ne servent à rien, c’est fran­che­ment hal­lu­ci­nant tout ce qui en­toure nos pro­duits. Des dé­tri­tus, vous de­vez en voir en mer ? Beau­coup de dé­chets plas­tiques. Heu­reu­se­ment que les su­per­mar­chés dis­tri­buent de moins en moins de sacs car ceux qui ont été mis dans les océans de­puis trente ans sont tou­jours là. Lors­qu’on est au large, c’est tou­jours très sur­pre­nant de voir des traces de ci­vi­li­sa­tion. Cette sen­si­bi­li­sa­tion en mer vous pousse-t-elle à être en­core plus vi­gi­lant à terre ? For­cé­ment. Je ne suis pas par­fait, mais j’es­saie de mon­trer l’exemple. C’est tout bête mais, à la mai­son, je ne sup­porte pas qu’il y ait la lu­mière al­lu­mée dans une pièce où il n’y a per­sonne. At­ten­dez-vous quelque chose de la COP21 ? Même si elle ne va pas tout ré­soudre, elle est né­ces­saire. Je suis content que, dans un contexte géo­po­li­tique pas évident, on n’ou­blie pas cette pro­blé­ma­tique.

« Au large, c’est tou­jours

sur­pre­nant de voir des traces de ci­vi­li­sa­tion »

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