A Pa­ris, on mise sur la pé­da­go­gie

Ham­bourg n’a pas de re­gret

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - ÉRIC BRU­NA ADRIEN GODET

LES JO 2024 ont chan­gé de cas­ting… Avec le re­trait avant-hier de Ham­bourg, dont la po­pu­la­tion a re­je­té la can­di­da­ture, il ne reste plus que quatre villes en course pour l’ob­ten­tion des Jeux de la XXXIIIe olym­piade : Los An­geles, Rome, Bu­da­pest et Pa­ris. La ci­té al­le­mande avait été la seule à faire le choix du ré­fé­ren­dum pour consul­ter ses ha­bi­tants. Un pa­ri osé… « Ham­bourg avait un beau pro­jet, conforme à l’Agen­da 2020 (NDLR : feuille de route stra­té­gique pour l’ave­nir du mou­ve­ment olym­pique), confie Jean-Fan­çois Mar­tins, ad­joint à la maire de Pa­ris char­gé des sports et du tou­risme. Mais c’est là qu’on voit à quel point le ré­fé­ren­dum est im­par­fait pour ce genre de ques­tion, avec un taux de par­ti­ci­pa­tion à 50 % et une forte mo­bi­li­sa­tion des op­po­sants, alors que les son­dages étaient po­si­tifs. »

Les pa­trons de Pa­ris 2024 l’ont dit et ré­pé­té : pas ques­tion de pas­ser par la voie ré­fé­ren­daire. L’adhé­sion ci­toyenne est ce­pen­dant l’un des élé­ments clés d’une can­di­da­ture. « Pour avoir les Jeux, le sou­tien et la mo­bi­li­sa­tion de la po­pu­la­tion sont in­dis­pen­sables, ob­serve Ar­mand de Ren­din­ger*, ex­pert in­ter­na­tio­nal en sport et olym­pisme, qui a conseillé de nom­breuses can­di­da­tures olym­piques. Le CIO ne peut pas se per­mettre d’at­tri­buer les JO à un pays qui se­rait in­ca­pable de faire sou­te­nir un pro­jet de cette en­ver­gure par ses ad­mi­nis­trés. » Plu­tôt que de ris­quer un non­cou­pe­ret, Pa­ris a op­té pour la concer­ta­tion. « Ça per­met d’élu­der un peu la vé­ri­table ques­tion, pour­suit de Ren­din­ger, qui a été di­rec­teur de la pro­mo­tion in­ter­na­tio­nale de Pa­ris pour les JO 2012. Mais ce­la ne peut s’en­vi­sa­ger qu’à l’is­sue d’une longue édu­ca­tion de la po­pu­la­tion. De­puis l’échec de 2005 (NDLR : date d’at­tri­bu­tion des JO 2012 à Londres), on n’a ja­mais fait cet ef­fort d’ex­pli­quer aux Fran­çais ce que ça im­plique, que c’est un in­ves­tis­se­ment comme l’édu­ca­tion, la san­té, la sécurité, pour le mieux­vivre… Or, main­te­nant, le temps presse. »

Deux son­dages d’ici à 2017

La cam­pagne de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif Je rêve des Jeux, lan­cée par le mou­ve­ment spor­tif le 25 sep­tembre pour me­su­rer la ré­so­nance po­pu­laire, n’a pas eu l’écho es­comp­té (un peu plus de 622 000 € sur la plate-forme In­ter­net hier soir). Pour Jean-Fran­çois Mar­tins, il n’y a pour­tant au­cune ur­gence. « On a ré­vé­lé le site du vil­lage olym­pique (NDLR : Saint-De­nis-Pleyel) il y a moins d’un mois et entre-temps la France a eu d’autres pré­oc­cu­pa­tions, ex­plique-t-il. Quand on au­ra la tête à ça, on pré­sen­te­ra le pro­jet com­plet. »

Les choses de­vraient se dé­can­ter au pre­mier tri­mestre 2016. « Il y a une vraie tra­di­tion olym­pique à Pa­ris et en Ile-de-France, l’olym­pisme est dans notre his­toire, pour­suit Jean-Fran­çois Mar­tins. La sen­si­bi­li­té de base est pré­sente, celle sur le pro­jet n’a pas en­core été faite mais c’est nor­mal. Les Fran­ci­liens ont en­ten­du nos grands prin­cipes de so­brié­té bud­gé­taire, ré­em­ploi des en­ceintes exis­tantes, dé­ve­lop­pe­ment du­rable… Main­te­nant, il faut qu’on leur ex­plique concrè­te­ment les sites qu’on va construire. Rome ne s’est pas faite en un jour, cette can­di­da­ture non plus. » D’ici au 13 sep­tembre 2017, date du choix de la ville hôte à Li­ma (Pé­rou), le CIO man­da­te­ra deux son­dages pour éva­luer l’en­goue­ment des Fran­ci­liens. * Au­teur de « la Ten­ta­tion olym­pique fran­çaise », Edi­tions Fran­ceEm­pire. Deux ans après Mu­nich, c’est au tour d’Ham­bourg. Une nou­velle can­di­da­ture stop­pée net par le vote des ha­bi­tants. « Les scan­dales à ré­pé­ti­tion dans les or­ga­ni­sa­tions spor­tives in­ter­na­tio­nales, le dé­bat sur l’ac­cueil des ré­fu­giés ou sur la sécurité après les at­ten­tats à Pa­ris, tout ce contexte a joué », ana­lyse le PDG du Co­mi­té olym­pique al­le­mand, Mi­chael Ves­per. Le manque d’in­for­ma­tion sur le fi­nan­ce­ment de l’évé­ne­ment a fi­ni de re­tour­ner des Ham­bour­geois, ma­jo­ri­tai­re­ment en­thou­siastes il y a quelques se­maines en­core.

L’échec de trop

Im­pos­sible pour les au­to­ri­tés de dé­pla­cer le ré­fé­ren­dum — les op­po­sants au pro­jet se plai­gnaient dé­jà d’une consul­ta­tion or­ga­ni­sée après le dé­pôt d’un pre­mier dos­sier de can­di­da­ture — et en­core moins de l’an­nu­ler. « Nous ne re­gret­tons rien car nous vou­lions l’ap­pro­ba­tion de la po­pu­la­tion avant de nous lan­cer. Nous le re­fe­rons si la si­tua­tion se re­pré­sente », as­sure M. Ves­per. Mais l’heure est à l’ana­lyse d’un nou­vel échec cui­sant, « une op­por­tu­ni­té man­quée pour Ham­bourg et l’Al­le­magne », re­grette même Tho­mas Bach, le pré­sident al­le­mand du Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique. Il fau­dra donc être pa­tient pour es­pé­rer re­voir les JO en Al­le­magne. Au­cune nou­velle can­di­da­ture n’est en­vi­sa­gée à moyen terme.

Pa­ris, le 25 sep­tembre. Des per­son­na­li­tés et des bé­né­voles avaient lan­cé en grande pompe la cam­pagne Je rêve des Jeux, qui vi­sait no­tam­ment à re­cueillir des fonds. Mais l’en­goue­ment po­pu­laire n’est pas à la me­sure des at­tentes du mou­ve­ment spor­tif.

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