Coup de gueule des profs gar­dés à vue

Le Parisien (Paris) - - PARIS - JEAN-GA­BRIEL BONTINCK AVEC BE­NOÎT HASSE

C’EST une consé­quence col­la­té­rale de la ma­ni­fes­ta­tion sur le cli­mat qui a dé­gé­né­ré di­manche, place de la Ré­pu­blique (Xe). Après les vio­lences op­po­sant forces de l’ordre et ma­ni­fes­tants, 317 per­sonnes ont été pla­cées en garde à vue. Mais par­mi elles, seules neuf ont ef­fec­ti­ve­ment je­té des pro­jec­tiles. Les autres, ar­rê­tées pour avoir pris part à une ma­ni­fes­ta­tion non au­to­ri­sée en plein état d’ur­gence, ont fi­na­le­ment été li­bé­rées.

Gré­go­ry Thui­zat, prof de fran­çais au col­lège Hen­ri-Bar­busse de SaintDe­nis (Seine-Saint-De­nis) et syn­di­qué au Snes-FSU, fai­sait par­tie du lot. In­ter­pel­lé place de la Ré­pu­blique, il a été pla­cé en garde à vue pen­dant près de 24 heures dans un com­mis­sa­riat du XIXe. « Nos col­lègues ne sont pas ces voyous dé­crits par le pré­sident et le gou­ver­ne­ment. Ils en­ten­daient sim­ple­ment exer­cer leur droit à ma­ni­fes­ter pour une cause dont cha­cun re­con­naît le ca­rac­tère es­sen­tiel », s’in­digne son syn­di­cat.

En­core éprou­vé par sa courte nuit en cel­lule, Gré­go­ry Thui­zat n’a pas eu le temps de re­mettre ses la­cets. « Ce n’était pas un mo­ment agréable, le temps pa­raît ex­trê­me­ment long », souffle-t-il. Avec ses pe­tites lu­nettes et son écharpe soi­gneu­se­ment nouée au­tour du cou, ce prof de 31 ans n’a pas vrai­ment le pro­fil d’un cas­seur.

Cho­qué par ces vio­lences en­vers des gens « pa­ci­fistes »

« A au­cun mo­ment nous n’avons je­té de pro­jec­tiles, ex­plique-t-il. Le cor­don de ma­ni­fes­tants au­quel j’ap­par­te­nais se dis­tin­guait clai­re­ment des cas­seurs. Les po­li­ciers ne pou­vaient pas l’igno­rer. » Ce mi­li­tant avait re­joint vers 14 heures le cor­tège de 2 000 à 2 500 per­sonnes, la plu­part « avec des in­ten­tions pa­ci­fistes », se­lon la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris. Cette der­nière fait état de quatre ou cinq groupes de fau­teurs de troubles, soit 150 cas­seurs.

Conscient d’avoir bra­vé un in­ter­dit (« C’est un choix po­li­tique », as­sume-t-il), Gré­go­ry Thui­zat ex­plique avoir été « par­qué » entre deux cor­dons de CRS, qui ont en­suite « ex­tir­pé un à un des ma­ni­fes­tants » pour les pla­cer dans des four­gons. « Cer- tains ont été traî­nés au sol, un col­lègue a eu les mains en sang », ex­plique ce­lui qui dé­nonce « un tour de vis » sé­cu­ri­taire vi­sant à « em­pê­cher toute vel­léi­té de ma­ni­fes­ta­tion ». Gré­go­ry Thui­zat se dit mal­gré tout prêt à re­tour­ner ma­ni­fes­ter, peut-être dès ce week-end.

Pa­ris, hier. Après 24 heures de garde à vue pour avoir ma­ni­fes­té, di­manche, place de la Ré­pu­blique (Xe), Gré­go­ry Thui­zat a été li­bé­ré. Il dé­nonce « le tour de vis » sé­cu­ri­taire du gou­ver­ne­ment qui vise à em­pê­cher ce type de ras­sem­ble­ment.

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