Ré­pu­bli­cain !

A la veille du 1er tour, cer­tains s’in­ter­rogent dé­jà sur une fu­sion de listes ou un re­trait pour évi­ter une vic­toire du FN.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - VA­LÉ­RIE HACOT, PHI­LIPPE MARTINAT ET NA­THA­LIE SCHUCK

À QUATRE JOURS du pre­mier tour des ré­gio­nales où le FN est don­né his­to­ri­que­ment haut dans les son­dages, les es­prits phos­phorent dans les états-ma­jors po­li­tiques sur l’at­ti­tude à te­nir di­manche soir si le par­ti de Ma­rine Le Pen, ar­ri­vé en tête, est sus­cep­tible de ga­gner dans une, voire trois ré­gions (Nord, Paca et Grand Est). La liste ar­ri­vée troi­sième de­vrat-elle se re­ti­rer, au risque de n’avoir au­cun élu pen­dant six ans ? Les listes PS et LR de­vront-elles fu­sion­ner pour faire bar­rage au FN ? Dans les cou­lisses du gou­ver­ne­ment, les ru­meurs pul­lulent. Ain­si ce se­cré­taire d’Etat, proche de Ma­nuel Valls, qui jure que, dans le Grand Est, les can­di­dats Jean-Pierre Masseret (PS) et Phi­lippe Ri­chert (LR) « né­go­cient de­puis dé­jà deux mois pour une éven­tuelle fu­sion de leurs listes, car il est hors de ques­tion pour eux de lais­ser la voie libre au FN ».

Le Pre­mier mi­nistre, de fait, mi­lite en ce sens, au risque de faire hur­ler son camp. Lors d’un dé­jeu­ner off dé­but no­vembre, il avait ju­gé que la ques­tion de la fu­sion se po­sait. Une idée qui cor­res­pond, chez lui, à une stra­té­gie de long terme. En pe­tit co­mi­té, Valls fait l’ana­lyse sui­vante : si Ma­rine Le Pen est au se­cond tour de la pré­si­den­tielle, le pré­sident élu le se­ra for­cé­ment par des voix de gauche et de droite. Il faut donc, se­lon lui, ré­flé­chir d’ores et dé­jà à une « coa­li­tion » qui ver­rait les élus « ré­pu­bli­cains » du PS et de LR faire alliance. Et ce, quitte à se fâ­cher dé­fi­ni­ti­ve­ment avec les Verts et le Front de gauche… Faut-il y voir une simple coïn­ci­dence ? Sur Eu­rope 1 hier, l’hôte de Ma­ti­gnon a fait bon­dir la gauche de la gauche en an- non­çant que l’état d’ur­gence pour­rait être pro­lon­gé et, pire à leurs yeux, en dé­fen­dant le pro­jet d’aé­ro­port de Notre-Dame-des-Landes…

Un entre-deux tours com­pli­qué

A droite, on ne veut pas en­tendre par­ler de fu­sion ! Hier, de­vant les sé­na­teurs LR, « Ni­co­las Sar­ko­zy a ré­pé­té qu’il était op­po­sé à toute né­go­cia­tion avec le PS. Il n’y a au­cune am­bi­guï­té », af­firme Edouard Cour­tial, conseiller po­li­tique des Ré­pu­bli­cains. « Fu­sion­ner ou re­ti­rer des listes, ce se­rait mor­tel pour nous et le PS », ap­puie Eric Woerth. Bras droit de Xa­vier Ber­trand dans le Nord, Gé­rald Dar­ma­nin prend car­ré­ment la mouche : « C’est une blague ? Il n’y a au­cune né­go­cia­tion, au­cune dis­cus- sion, il n’y au­ra pas de fu­sion ! »

Mais voi­là : ils sont nom­breux, à droite comme à gauche, à pré­dire que le choc des résultats se­ra si puis­sant di­manche que les cartes se­ront re­bat­tues. Les mêmes rap­pellent que lors des ré­gio­nales de 1998 (cinq élus UDF s’étaient fait élire avec les voix du FN), Sar­ko­zy, alors se­cré­taire gé­né­ral du RPR, avait re­fu­sé toute alliance avec l’ex­trême droite. Le pa­tron des Ré­pu­bli­cains de­vrait ar­bi­trer lun­di mi­di, au terme d’un bu­reau po­li­tique avan­cé à 11 heures pour évi­ter les couacs. Re­ver­ra-t-il ses plans ? « Il peut ca­ler. Ber­trand et Es­tro­si peuvent lui mettre une énorme pres­sion pour ga­gner, même dans le déshon­neur. Ce se­rait une énorme conne­rie ! » s’in­quiète un sar­ko­zyste. Le même rap­pelle que Sar­ko­zy et Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, chef du PS, s’étaient mis d’ac­cord pour pro­tes­ter au­près du CSA contre l’in­vi­ta­tion de Ma­rine Le Pen sur France 2 fin oc­tobre.

A gauche, les plus mo­dé­rés en­vi­sagent plu­tôt l’hy­po­thèse d’un re­trait des can­di­dats PS. « La fu­sion, c’est une fu­mis­te­rie. Il fau­dra que Ch­ris­tophe Cas­ta­ner (tête de liste PS en Paca) et Pierre de Sain­ti­gnon (Nord) se re­tirent s’ils sont troi­sième ! Les militants PS ne com­pren­draient pas si­non », as­sène une source proche du pou­voir. Qui es­père tou­te­fois que le re­bond son­da­gier de Fran­çois Hol­lande se tra­dui­ra dans les urnes par un ré­veil des élec­teurs de gauche.

@vha­cot1 @Na­tha­lieS­chuck

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