Peu lo­quace

Au pre­mier jour du pro­cès de la fi­lière dite du Val-de-Marne, char­gée d’en­voyer des com­bat­tants jus­qu’en Syrie, le pas­seur a ten­té de mi­ni­mi­ser son rôle.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - TI­MO­THÉE BOU­TRY

IL FAUT SOU­VENT tendre l’oreille pour en­tendre Ab­del­ma­lek Ta­nem. Sa voix est faible et sa bouche en­tou­rée d’une épaisse barbe noire ne colle pas au mi­cro. Le pré­sident du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel l’in­vite même à plu­sieurs re­prises à mieux ar­ti­cu­ler ses ré­ponses. Ou plu­tôt ses bribes de ré­ponse, tant cet homme de 26 ans se ré­vèle avare en confes­sions.

Pen­dant un an et de­mi, entre fin 2012 et le prin­temps 2014, ce na­tif de Vi­try-sur-Seine (Val-de-Marne) a pour­tant vé­cu en Syrie d’où il est sus­pec­té d’avoir par­ti­ci­pé au re­cru­te­ment de jeunes Fran­çais dé­si­reux de re­joindre le chaos am­biant. Un sé­jour qui lui vaut de com­pa­raître en com­pa­gnie de cinq de ses proches de­puis hier à Pa­ris. Une fi­lière dite du Val-de-Marne dont le plus illustre des membres manque à l’ap­pel : consi­dé­ré comme un bour­reau du groupe Etat néan­moins de s’étendre sur ce­lui qui a gra­vi les éche­lons au sein de la hié­rar­chie de Daech. « Je me désa­voue de tout le mal qu’il fait », as­sure-t-il dans une for­mule alam­bi­quée avant de « condam­ner tous les at­ten­tats com­mis en France ». Ab­del­ma­lek Ta­nem le pro­met : son in­ten­tion pre­mière était d'« ai­der le peuple sy­rien ». Un sou­ci « hu­ma­ni­taire » qui, à l’en­tendre, mo­ti­vait éga­le­ment les re­crues qu’il était char­gé d’al­ler cher­cher à la fron­tière tur­co-sy­rienne.

Car cet an­cien chauf­feur-li­vreur re­con­naît au moins bien vo­lon­tiers son rôle : « J’ai ai­dé trois de mes co­pré­ve­nus à tra­ver­ser la fron­tière. Je leur don­nais le nu­mé­ro d’un pas­seur en Tur­quie et je les ré­cu­pé­rais der­rière. En­suite, je ne m’oc­cu­pais plus d’eux. »

Le pré­sident mul­ti­plie les ques­tions, mais sans beau­coup de suc­cès. « Je vi­vais comme tout le monde », se contente d’in­di­quer Ta­nem, in­vi­té à plu­sieurs re­prises à dé­fi­nir le conte­nu de ses jour­nées. Tout juste re­con­naît-il sa ra­pide in­té­gra­tion au Jabhat al-Nos­ra, le groupe ji­ha­diste af­fi­lié à AlQaï­da. Puis son in­té­gra­tion à l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique.

« Vous ne sa­viez pas qu’il s’agis­sait d’un groupe ter­ro­riste ? » s’en­quiert le pré­sident, qui récolte pour unique ré­ponse un long si­lence. Même gêne lorsque, dans le box, un de ses amis l’iden­ti­fie sur une pho­to, ka­lach­ni­kov à la main. « Je ne ré­ponds pas », lance-t-il aga­cé après avoir as­su­ré quelques mi­nutes plus tôt qu’il n’avait « pas par­ti­ci­pé aux com­bats » quand bien même de nom­breuses écou- tes laissent en­tendre le contraire. « Je cher­chais un but dans ma vie », fi­nit-il par of­frir comme prin­ci­pale rai­son de son long exil sy­rien.

Ces ex­pli­ca­tions, même par­cel­laires, la jus­tice fran­çaise n’a bien failli ja­mais les en­tendre. Lors­qu’il dé­cide de fuir « les guerres in­tes­ti- nes entre tous les groupes » com­bat­tants en Syrie, Ab­del­ma­lek Ta­nem est in­ter­cep­té le 16 avril 2014 par les au­to­ri­tés turques qui l’ex­pulsent vers la France mais sans pré­ve­nir leurs ho­mo­logues. A l’aé­ro­port, au­cun po­li­cier n’est donc là pour le cueillir. Ce n’est que treize jours plus tard qu’il est fi­na­le­ment rat­tra­pé, in ex­tre­mis, par la po­lice es­pa­gnole alors qu’il s’ap­prête à re­ga­gner l’Al­gé­rie. Re­mis à la France un mois plus tard, il est cette fois mis en exa­men et in­car­cé­ré. De­puis hier, il est face à ses juges. Pas très ba­vard mais bien pré­sent.

(LP/Phi­lippe de Poulpiquet.)

Pa­ris (Ier), hier. L’un des membres de la fi­lière ji­ha­diste ar­rive libre au pro­cès. Sept per­sonnes sont ju­gées de­puis hier, par­mi les­quelles un ab­sent : Sa­lim Ben­gha­lem, res­té en Syrie.

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