Des ré­fu­giés de Ca­lais

Dans un rap­port pu­blié au­jourd’hui, le contrô­leur gé­né­ral des lieux de pri­va­tion de li­ber­té cri­tique le re­cours aux pla­ce­ments de mi­grants de Ca­lais un peu par­tout en France pour vi­der tem­po­rai­re­ment la « jungle ».

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - NI­CO­LAS JAC­QUARD

« DU CA­LAIS, en­core du Ca­lais, rien que du Ca­lais : nos col­lègues ne font que ça ! » Ain­si parle un dé­lé­gué syn­di­cal po­li­cier, en charge no­tam­ment de l’Une­si, l’uni­té na­tio­nale d’es­corte, de sou­tien et d’in­ter­ven­tion. En théo­rie, les 200 agents qui la com­posent sont spé­cia­li­sés dans les ex­pul­sions de sans-pa­piers vers des pays tiers. Ponc­tuel­le­ment, ils peuvent aus­si ef­fec­tuer des trans­ferts sur le ter­ri­toire na­tio­nal entre dif­fé­rents centres de ré­ten­tion ad­mi­nis­tra­tive (CRA). Mais, de­puis le 21 oc­tobre, cette der­nière tâche oc­cupe l’es­sen­tiel de leur ac­ti­vi­té.

L’ob­jec­tif est clair : il faut désen­gor­ger Ca­lais (Pas-de-Ca­lais) et sa « jungle » où s’en­tassent tou­jours près de 6 000 can­di­dats au pas­sage vers l’Angleterre. Un désen­gor­ge­ment im­pé­ra­tif pour le mi­nis­tère de l’In­té­rieur, fut-ce au prix « d’une uti­li­sa­tion dé­tour­née de la pro­cé­dure », et « d’at­teintes graves aux droits fon­da­men­taux des per­sonnes ». C’est Ade­line Ha­zan, contrô­leur gé­né­ral des lieux de pri­va­tion de li­ber­té (CGLPL), qui le dit dans des « re­com­man­da­tions » pu­bliées ce ma­tin au « Jour­nal of­fi­ciel ». A deux re­pri- ses, fin oc­tobre et dé­but no­vembre, ses en­quê­teurs se sont ren­dus à Ca­lais, pour se pen­cher sur les éloi­gne­ments quo­ti­diens d’étran­gers en si- tua­tion ir­ré­gu­lière vers sept CRA à tra­vers la France, dont ceux de Metz, Mar­seille, Nîmes ou Per­pi­gnan.

La pro­cé­dure est à chaque fois iden­tique. Un avion af­fré­té par le mi­nis­tère de l’In­té­rieur dé­colle, le plus sou­vent du Bourget, puis se rend à Ca­lais pour y em­bar­quer 19 à 52 per­sonnes, se­lon qu’il s’agisse d’un Bee­ch­craft de 19 places ou d’un Dash de la Sécurité ci­vile, dis­po­sant d’une plus grande ca­pa­ci­té.

Se­lon le CGLPL, deux ca­té­go­ries de per­sonnes sont concer­nées : les in­di­vi­dus in­ter­pel­lés lors d’une ten­ta­tive d’in­tru­sion sur le port ou au ter­mi­nal d’Eu­ro­tun­nel, ain­si que ceux pla­cés en garde à vue après un contrôle d’iden­ti­té.

578 des 779 dé­pla­cés li­bé­rés avant cinq jours

Ils viennent le plus sou­vent d’Ery­thrée, d’Irak, du Sou­dan, de Syrie. Au­tant de pays vers les­quels ils ne sont pas ex­pul­sables en rai­son de la si­tua­tion sur place. Ré­sul­tat, sur les 779 dé­pla­cés comp­ta­bi­li­sés par le CGLPL entre le 21 oc­tobre et le 10 no­vembre, 578 ont été li­bé­rés sans que la jus­tice ait même eu le temps de se pen­cher sur leur cas. Comme le veut la loi, l’ad­mi­nis­tra­tion dis­pose de cinq jours pour sai­sir un juge, le­quel se penche alors sur la ré­gu­la­ri­té de la ré­ten­tion ad­mi­nis­tra­tive. Or, le CGLPL a consta­té que pour 397 des 779 dé­pla­cés, les pré­fec­tures ont pré­fé­ré d’elles-mêmes mettre fin à la ré­ten­tion. Pour le CGLPL, il est ain­si très clair que « le pla­ce­ment en ré­ten­tion est uti­li­sé non pas aux fins d’or­ga­ni­ser le re­tour dans les pays d’ori­gine mais dans le seul ob­jec­tif de dé­pla­cer plu­sieurs cen­taines de per­sonnes in­ter­pel­lées à Ca­lais et de les ré­par­tir sur l’en­semble du ter­ri­toire. » « Le pire, c’est qu’ils nous disent tous qu’une fois li­bé­rés, ils s’em­pres­se­ront de re­par­tir… à Ca­lais ! » re­prend ce po­li­cier.

De son cô­té, le mi­nis­tère de l’In­té­rieur as­sume « l’uti­li­sa­tion ra­tion­nelle de la vo­ca­tion na­tio­nale des centres de ré­ten­tion ». Pour Ber­nard Ca­ze­neuve — qui a ré­pon­du par écrit à Ade­line Ha­zan — la fai­blesse des ex­pul­sions tient no­tam­ment « aux obs­tacles à l’iden­ti­fi­ca­tion des étran­gers, plus nom­breux et plus com­plexes en­core » par­mi ceux du Ca­lai­sis. Le mi­nis­tère rap­pelle que 72 « éloi­gne­ments » ont tout de même eu lieu, gé­né­ra­le­ment vers un autre pays de l’Union eu­ro­péenne…

(LP/Yann Fo­reix.)

Ca­lais (Pas-de-Ca­lais), le 10 no­vembre. Entre le 21 oc­tobre et le 10 no­vembre, 779 per­sonnes de la «jungle» ont été em­me­nées, en jet af­frê­té par le mi­nis­tère de l’In­té­rieur, vers des centres de ré­ten­tion ad­mi­nis­tra­tive.

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