« Trente am­bu­lances sont ar­ri­vées en même temps »

Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS - ANNE-SO­PHIE DAMECOUR

LA NUIT DES AT­TEN­TATS, le 13 no­vembre, les urgences de l’hô­pi­tal eu­ro­péen Georges-Pom­pi­dou (XVe) ont ac­cueilli 53 bles­sés, dont 15 en ur­gence ab­so­lue. Seule une per­sonne était en­core en ré­ani­ma­tion ces der­niers jours. « En vingt ans de mé­de­cine de ca­tas­trophe, par­fois dans des pays en guerre comme l’Af­gha­nis­tan, je pen­sais avoir dé­jà vu tout ce que la na­ture hu­maine peut faire de pire », sou­pire Phi­lippe Ju­vin. Le pa­tron des urgences de Pom­pi­dou de­puis 2012 a vé­cu le drame des at­ten­tats au plus près des vic­times. Une épreuve qui l’a « très pro­fon­dé­ment af­fec­té ».

Ce 13 no­vembre, le mé­de­cin — par ailleurs maire (LR) de La Ga­renne-Co­lombes (Hauts-de-Seine) — est à Pa­ris. Comme tous les ven­dre­dis soir, il dîne dans la même bras­se­rie avant de se rendre dans une li­brai­rie ou­verte jus­qu’à mi­nuit. « C’est là que j’ai ap­pris que des fusillades étaient en cours. » L’ur­gen­tiste re­çoit dans la fou­lée un ap­pel de Pom­pi­dou : on lui an­nonce que le plan blanc est dé­clen­ché. Un plan d’ur­gence mis en place lors de si­tua­tions sa­ni­taires ex­cep­tion­nelles, avec co­or­di­na­tion des dif­fé­rents ser­vices d’ur­gence et ré­qui­si­tion du per­son­nel mé­di­cal. « J’ai fon­cé à l’hô­pi­tal, pour­suit Phi­lippe Ju­vin. Sur le che­min, j’ai ap­pe­lé mon ami De­nis Sa­fran (NDLR : mé­de­cin de la BRI) qui était dé­jà sur place, au Ba­ta­clan. J’ai com­pris que c’était ex­trê­me­ment grave. »

Ar­ri­vé aux urgences, Phi­lippe Ju­vin congé­die tous les pa­tients : « A part deux ou trois per­sonnes qui de­vaient ef­fec­ti­ve­ment être prises en charge, j’ai dit à tous ceux qui at­ten­daient de ren­trer chez eux ! »

L’ur­gen­tiste lance en­suite un ap­pel aux mé­de­cins dis­po­nibles sur les ré­seaux so­ciaux. Un couple de pra­ti­ciens de Lo­rient (Mor­bi­han), qui sé­jour­nait en face de Pom­pi­dou, se pré­sente spon­ta­né­ment. Et puis c’est l’at­tente. Très longue. Avec de ter­ribles in­for­ma­tions en toile de fond. « Nous n’avons re­çu au­cun bles­sé jus­qu’à 1 h 15. Une seule per­sonne d’abord. Puis plus rien avant 1 h 59. Et ce sont trente am­bu­lances qui sont ar­ri­vées en même temps, en moins de quinze mi­nutes. » Un bal­let in­fer­nal qui pose une dif­fi­cul­té ma­jeure aux mé­de­cins : les bles­sés ne sont pas « ca­té­go­ri­sés » se­lon leur de­gré d’ur­gence. « En mé­de­cine de ca­tas­trophe, il y a les per­sonnes im­pli­quées qui sont cho­quées mais pas bles­sées, les urgences re­la­tives et les urgences ab­so­lues », ex­plique Phi­lippe Ju­vin.

Le chef des urgences fait donc ins­tal­ler un poste mé­di­cal à l’ex­té­rieur, avec des mé­de­cins char­gés de mon­ter dans les am­bu­lances pour connaître la gra­vi­té des bles­sures : « On était à mille lieues des films ca­tas­trophe où tout le monde crie. Car si nous de­vions prendre en charge des per­sonnes très gra­ve­ment at­teintes par des armes de guerre par­ti­cu­liè­re­ment dé­la­brantes, la plu­part étaient mu­tiques. Et cer­taines in­ca­pables de don­ner leur iden­ti­té. »

Phi­lippe Ju­vin sou­ligne au­jourd’hui l’ef­fi­ca­ci­té de la prise en charge des bles­sés par les hô­pi­taux de l’AP-HP. Et la mo­bi­li­sa­tion ex­cep­tion­nelle des mé­de­cins ce soir-là. Il rap­pelle aus­si cette stu­pé­fiante coïn­ci­dence : « Le ma­tin même des at­ten­tats, les dif­fé­rents Samu d’Ilede-France s’étaient réunis pour un exer­cice sur table afin de tra­vailler sur l’hy­po­thèse d’un groupe ar­mé qui com­met­trait des at­ten­tats à plu­sieurs en­droits dans Pa­ris. » n Vous n’avez pas le temps de vous oc­cu­per de votre arbre de Noël ? Une seule so­lu­tion : ap­pe­lez Lu­lu, il s’oc­cupe d’ache­ter le sa­pin ! Lu­lu dans ma rue*, c’est le ser­vice de concier­ge­rie ins­tal­lé dans un kiosque (notre pho­to) à Saint-Paul (IVe) de­puis le 8 avril. Créé par Charles-Edouard Vincent, un po­ly­tech­ni­cien de 43 ans, ce nou­veau ser­vice ré­pond aux mul­tiples at­tentes des Pa­ri­siens : li­vrai­son de courses à do­mi­cile, mé­nage, re­pas­sage, pe­tit bri­co­lage… Ayant le sta­tut d’au­toen­tre­pre­neur, une quin­zaine de Lu­lu exercent chez les par­ti­cu­liers. *Lu­lu dans ma rue : kiosque (Mo Saint-Paul), tél. 01.73.74.89.52 ou www.lu­lu­dans­ma­rue.org.

(DR.)

Phi­lippe Ju­vin.

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