Fu­tures ma­mans et hors la loi

De plus en plus de jeunes Fran­çaises font conser­ver leurs ovo­cytes en Espagne, en Grande-Bre­tagne ou en Bel­gique pour de­ve­nir mères plus tard. En­quête sur cette pra­tique clan­des­tine dans notre pays.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - FLO­RENCE DEGUEN

ELLES NE SONT PAS EN­CORE très nom­breuses et ne le clai­ronnent pas sur tous les toits. Pour­tant, toutes sont per­sua­dées au fond d’elles-mêmes d’être des pion­nières. Au moins 500 Fran­çaises sont par­ties cette an­née en Bel­gique ou en Espagne en quête d’une drôle d’« as­su­rance vie » : mettre de cô­té leurs ovules avant qu’il ne soit trop tard. Des femmes de 35 à 40 ans, sou­vent dé­si­reuses de fon­der une famille de ma­nière clas­sique, mais qui voient l’hor­loge bio­lo­gique tour­ner, n’ont pas en­core ren­con­tré l’homme de leur vie… Et se heurtent à la loi fran­çaise qui in­ter­dit d’avoir re­cours à la vi­tri­fi­ca­tion ovo­cy­taire pour des rai­sons non mé­di­cales, contrai­re­ment à de nom­breux pays voi­sins. Et mal­gré les prises de po­si­tion des gy­né­co­logues fran­çais, qui mi­litent presque tous en fa­veur de cette pos­si­bi­li­té (lire page 3). La France se­rait-elle à la traîne ?

Se­lon un son­dage Odoxa réa­li­sé dans l’Hexa­gone pour la cli­nique es­pa­gnole Eu­gin et que nous ré­vé­lons en ex­clu­si­vi­té, on ne ba­dine pas avec ces ques­tions dans un pays où les ini­tiales PMA sont ca­pables de je­ter des mil­liers de ma­ni­fes­tants dans la rue : 6 Fran­çais sur 10 ne sou­haitent pas la lé­ga­li­sa­tion de cette pra­tique sur notre ter­ri­toire. Pour­tant l’en­quête, com­man­dée par la cli­nique de Bar­ce­lone la plus pri­sée par les Fran- çaises (60 % de leurs pa­tientes), laisse en­tre­voir bien plus d’am­bi­va­lence qu’il n’y pa­raît. D’abord — et même si les trois quarts ont dé­jà en­ten­du par­ler de cette pos­si­bi­li­té — les son­dés sont 44 % à pen­ser qu’elle concerne les femmes ho­mo­sexuelles (ce qui est faux). Mais le plus éton­nant, c’est qu’ils sont re­la­ti­ve­ment in­dul­gents à l’égard du phé­no­mène : 54 %, soit une ma­jo­ri­té, « com­prennent les femmes qui contournent la loi en par­tant à l’étran­ger ». Une per­mis­si­vi­té qui grimpe à 60 % chez les plus concer­nés (les 30-45 ans). Et plus de 20 % des femmes de cet âge as­surent même qu’elles re­cour­raient à cette in­ter­ven­tion si elle était au­to­ri­sée en France, soit po­ten­tiel­le­ment plus de 4 mil­lions de Fran­çaises.

En at­ten­dant, moyen­nant 2 000 à 3 000 €, des al­lers-re­tours en train et pas mal de mo­ments de so­li­tude face à des trai­te­ments plus ou moins clan­des­tins, une poi­gnée laissent ses ovo­cytes en pen­sion à l’étran­ger. « Elles ne font rien d’illé­gal et nous ne fai­sons rien d’illé­gal », in­siste le doc­teur Va­lé­rie Ver­naeve, di­rec­trice mé­di­cale de la cli­nique Eu­gin en Espagne.

De­puis le lan­ce­ment de son pro­gramme Time Freeze (« gel du temps ») en 2011, les vi­tri­fi­ca­tions ont aug­men­té de 60 % chaque an­née (230 en 2014) et près de 500 connexions quo­ti­diennes se font de­puis la France sur leur site. « Plus les Fran­çaises sont in­for­mées, et plus elles se dé­cident tôt. Au dé­but, elles avaient 40 ans, au­jourd’hui c’est plu­tôt 38, et c’est une bonne nou­velle. Car dans l’idéal, il fau­drait vi­tri­fier ses ovules à 35 ans pour mettre toutes les chances de son cô­té ». Le but étant de ne pas en avoir be­soin. En quatre ans, seules 13 femmes sont re­tour­nées à Bar­ce­lone su­bir une fé­con­da­tion in vi­tro (Fiv), en moyenne trois ans après avoir mis de cô­té leurs ovo­cytes. Il n’y a eu que trois gros­sesses.

Le but : ne pas avoir be­soin des ovo­cytes

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