« Un en­fant quand je veux, c’est aus­si un en­fant quand je peux »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par F.D.

RES­PON­SABLE de re­cherche au CNRS, Do­mi­nique Mehl es­time que l’au­to­con­ser­va­tion ovo­cy­taire en France est en­core une dé­marche in­di­vi­duelle. Avez-vous vu ve­nir ce phé­no­mène ? DO­MI­NIQUE MEHL. Il était pré­vi­sible et il est com­pré­hen­sible. Avec l’al­lon­ge­ment des études, l’im­por­tance ca­pi­tale que les femmes ac­cordent à leur in­ser­tion pro­fes­sion­nelle et le temps que ce­la prend… Beau­coup ne sont pas en­core mères à 35 ans. Mais il y a une rai­son beau­coup moins ap­pa­rente à ce­la : la fra­gi­li­té du couple. Les unions se font et se dé­font très fa­cile- ment, et pour celles qui ne trouvent pas la bonne per­sonne ra­pi­de­ment, ce­la de­vient vite chao­tique… Or il y a un vrai dé­sir de conju­ga­li­té chez ces femmes. Elles ont une idée très ro­man­tique du couple, elles ne veulent pas d’un bé­bé avec le pre­mier ve­nu. Pré­ser­ver leur fer­ti­li­té, c’est donc avant tout pré­ser­ver l’idéal de­ren­con­trer le prince char­mant. Leurs aî­nées se sont bat­tues pour la pi­lule, l’IVG… Pré­ser­ver la fer­ti­li­té, est-ce le nou­veau com­bat des femmes ? Cette gé­né­ra­tion-ci a in­té­gré ce à quoi ne pen­saient pas les mi­li­tantes des an­nées 1960 et 1970 : elles savent qu’ « un en­fant quand je veux », c’est aus­si « un en­fant quand je peux », et qu’une femme n’est pas fer­tile jus­qu’à la mé­no­pause. Les gy­né­co­logues, les ma­ga­zines, le mes­sage est pas­sé et elles se posent au mi­ni­mum la ques­tion : vais-je y ar­ri­ver ? Mais de là à par­ler de mou­ve­ment so­cié­tal or­ga­ni­sé… Beau­coup ont une confiance ex­trême dans la mé­de­cine et sont en­core as­sez peu in­for­mées de ses li­mites : les taux très im­por­tants d’échec de PMA au-de­là de 38 ans, la di­men­sion très lourde des ten­ta­tives à ré­pé­ti­tion… Les femmes qui vont en Espagne sont sou­vent dé­jà ac­cu­lées par le temps, ou si elles sont en­core jeunes, très bien in­for­mées. L’au­to­con­ser­va­tion ovo­cy­taire lé­gale en France n’est donc pas pour de­main ? Pour qu’une évo­lu­tion de cette na­ture ait lieu, il faut que la mé­de­cine ren­contre une de­mande col­lec­tive. Or il n’y a au­cune as­so­cia­tion de femmes qui porte vé­ri­ta­ble­ment cette re­ven­di­ca­tion. On est en­core dans la dé­marche in­di­vi­duelle, dis­crète, un peu gê­née. Les condi­tions ob­jec­tives pour que la pra­tique entre dans les moeurs sont donc là, mais pas les condi­tions sub­jec­tives. Et tout ce qui touche à la bioé­thique est tel­le­ment com­pli­qué en France ! En tout cas, ça ne vien­dra pas des po­li­tiques. Après les dé­bats sur le ma­riage pour tous, pas un n’a en­vie de tou­cher à ces su­jets-là.

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