« J’ai com­pris que la France n’était pas prête »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - F.D.

ELLE FAIT JEUNE et le sait. N’em­pêche. Emi­lie a 36 ans, presque 37. Un poste à res­pon­sa­bi­li­té dans le BTP et un bon sa­laire qui cor­res­pond à son ni­veau d’études, in­siste-t-elle. « Je sais ce qu’on dit des femmes de mon âge qui n’ont pas d’en­fant et ça m’agace. Je n’ai pas les dents qui rayent le par­quet, je n’ai rien sa­cri­fié pour réus­sir. Je suis quel­qu’un de nor­mal. » Cette jeune femme po­sée a même des rêves de famille d’une dé­li­cieuse ba­na­li­té. « J’ai trois frères et soeurs, pour moi c’est im­por­tant. » Une ma­man mère au foyer, un pa­pa ma­rin qui ne lui mettent pas la pres­sion. « Il n’y a que ma grand-mère qui pense qu’à mon âge, c’est cuit. »

Alors évi­dem­ment, ce n’est pas cuit, mais le temps passe. Et pour l’ins­tant, « au­cun des hommes avec qui j’ai eu une re­la­tion n’était le bon. On ne se pose pas trop de ques­tions, on pense qu’on a le temps et puis… » Elle tombe sur un ar­ticle qui dé­taille la dé­grin­go­lade de la fer­ti­li­té après 35 ans. Un bi­lan hor­mo­nal pour cause de mi­graines achève d’al­lu­mer une pe­tite am­poule dans sa tête. « Je me suis ren­sei­gnée pour faire un don d’ovo­cyte afin de conser­ver les miens mais ce n’était pas en­core pos­sible. J’ai com­pris que la France n’était pas prête et je n’avais pas le temps d’at­tendre qu’ils changent d’avis. » En trois clics, elle prend contact avec une cli­nique à Londres, à Ber­lin et à Bar­ce­lo- ne. « Tous m’ont ré­pon­du que ce n’était pas ga­ran­ti, qu’il fal­lait se voir. Per­sonne ne te vend d’en­fant ! » Elle choi­sit Bar­ce­lone, parce que sa gy­né­co­logue lui a chu­cho­té le nom d’Eu­gin.

Elle pose une RTT et fait son pre­mier voyage en fé­vrier, en train, et en re­vient convain­cue avec des or­don­nances pour les exa­mens de contrôle mais pas pour le trai­te­ment de sti­mu­la­tion ova­rienne. « Je de­vais trou­ver un mé­de­cin fran­çais ou ache­ter les mé­di­ca­ments en Bel­gique. » C’est fi­na­le­ment son mé­de­cin de famille en pro­vince, qui tombe des nues et lui fait même la mo­rale, qui ac­cepte de faire l’or­don­nance, seule ga­ran­tie de n’avoir au­cun pro­blème ici. Aux la­bos, pour les écho­gra­phies et les prises de sang, elle ra­conte que son com­pa­gnon est in­fer­tile. « Dans ce que j’ai fait, je ne sais pas bien où est la li­mite lé­gale-pas lé­gale. » Seul le pré­lè­ve­ment au­to­ma­tique de 184 € par mois pen­dant dix mois est la preuve qu’elle a osé avec la carte do­rée que lui a re­mise la cli­nique, sur la­quelle ont été pho­to­gra­phiés les 16 ovo­cytes pré­le­vés dé­but août. « Avant, j’avais l’im­pres­sion d’être un pot de yaourt avec une date de pé­remp­tion, conclut-elle. Grâce à la vi­tri­fi­ca­tion, j’ai dix ans de­vant moi. En dix ans tout peut ar­ri­ver, j’ai le temps de ren­con­trer l’homme de ma vie et même de chan­ger d’avis. »

« Avant, j’avais l’im­pres­sion d’être un pot de yaourt avec une date de pé­remp­tion »

(LP/Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Pa­ris, hier. Emi­lie (ici avec sa carte d’iden­ti­fi­ca­tion) a fran­chi le pas. Elle s’est ren­due à Bar­ce­lone (Espagne) et s’est fait pré­le­ver 16 ovo­cytes dé­but août qui ont été vi­tri­fiés. Une me­sure pour pa­rer une baisse de fer­ti­li­té, au cas où…

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