Le cau­che­mar des militants PS du Nord

Leurs va­leurs che­villées au corps, les so­cia­listes de la puis­sante fé­dé­ra­tion du Nord font en­core cam­pagne, sans rien lâ­cher, mal­gré les son­dages ca­tas­tro­phiques. Mais ils se sentent bien aban­don­nés.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - A Lille et Ron­chin (Nord) De nos en­voyés spé­ciaux Sa­rah Ker­rich, res­pon­sable lo­cale du Mou­ve­ment des jeunes so­cia­listes PAU­LINE THÉVENIAUD

IL BRUINE sur Lille. Mal­gré les vents contraires et les mau­vais son­dages, les jeunes so­cia­listes tractent et tractent en­core. Place de la Ré­pu­blique, de­vant un ven­deur de crous­tillons hol­lan­dais — des bei­gnets de fête fo­raine —, ces « bé­bés Au­bry » tentent de mo­bi­li­ser les élec­teurs. « Vous avez du cou­rage, les mecs ! » ba­lance un pas­sant. Comme lors­qu’il fait du porte-à-porte, Meh­di Cha­lah ar­gu­mente pied à pied. « On a fait des choses, mais on n’est pas au­dibles », se dé­sole ce mi­li­tant de 22 ans. La té­lé al­le­mande est là pour un re­por­tage sur le thème « Da­vid contre Go­liath ». Un comble pour la puis­sante fé­dé­ra­tion PS du Nord, qui a dé­jà per­du le dé­par­te­ment en mars.

Des élec­teurs mé­con­tents, des éco­los ré­frac­taires à une alliance au pre­mier tour, des po­lé­miques sur l’ab­sence de no­to­rié­té de leur can­di­dat, Pierre de Sain­ti­gnon, un FN boos­té au point que le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls, évoque une fu­sion des listes PS avec la droite pour lui faire bar­rage… « Rien ne nous au­ra été épar­gné. C’est une cam­pagne qui nous mar­que­ra, ré­sume Sa­rah Ker- rich, res­pon­sable lo­cale du Mou­ve­ment des jeunes so­cia­listes (MJS) et can­di­date. Ces ré­gio­nales, ce se­ra notre 21 avril à nous. » Ré­fé­rence à l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2002 qui vit Lio­nel Jos­pin éjec­té dès le pre­mier tour, au pro­fit de Jean-Ma­rie Le Pen.

Dans leur bu­reau de la fé­dé, un pos­ter de Mar­tine Au­bry veille sur les jeunes pousses du MJS. « C’est notre bous­sole, notre roc ! » A la fois om­ni­pré­sente et grande ab­sente. Pierre de Sain­ti­gnon est « son » can­di­dat, ses proches sont au ser­vice de la cam­pagne. La maire de Lille as­siste aux réunions, donne des conseils, sort de son bef­froi quand il faut ton­ner contre Valls et ses idées de fu­sion. Mais on ne la voit pas. Pour­quoi ? « Si je sa­vais… » sou­pire un membre de l’équipe de cam­pagne. « Elle nous fe­rait ga­gner des points. Mais on ne va pas lui mettre un cou­teau sous la gorge et lui dire : viens faire cam­pagne ! » re­grette une mi­li­tante.

Ce ma­tin, Au­bry est at­ten­due sur BFMTV pour lan­cer un grand ap­pel à la mo­bi­li­sa­tion. Point. « Elle est dans une po­si­tion in­con­for­table, ça ne se passe pas aus­si bien qu’elle le sou­hai­tait », dé­crypte un so­cia­liste. Ses proches nient en bloc. « Elle est sur le

« Ces ré­gio­nales, ce se­ra

notre 21 avril à nous »

ter­rain et en contact quo­ti­dien avec Pierre de Sain­ti­gnon », as­sure Fran­çois La­my, porte-pa­role de la cam­pagne. La maire de Lille de­vait faire deux mee­tings avant le pre­mier tour. Les at­ten­tats ont ba­layé l’agen­da. « Il ne res­tait qu’une se­maine, on a pri­vi­lé­gié le can­di­dat », as­sume La­my.

« Elle n’est pas ve­nue sou­vent », fi­nit par ad­mettre Da­nièle, de­vant le Fee­ling à Ron­chin, avant de s’en- gouf­frer dans le ca­fé. A l’in­té­rieur, trois can­di­dats re­gonflent le mo­ral des troupes. La une an­ti-Le Pen de « la Voix du Nord » re­donne du baume aux coeurs de la qua­ran­taine de pré­sents. « Il reste trois jours de cam­pagne, on fait com­ment pour mo­bi­li­ser ? » s’in­ter­roge Laurent. An­dré in­voque Pierre Mau­roy et les grandes fi­gures so­cia­listes du Nord. « Si le FN passe, ils ne vont pas ap­pré­cier dans leurs tombes… Alors bat­tons-nous ! » Tous pro­mettent de je­ter leurs der­nières forces dans la ba­taille. La soi­rée s’étire. Sur un coin de trot­toir, Co­rinne De­weete, trente-quatre ans de mi­li­tan­tisme, est à la fois mo­bi­li­sée… et ré­si­gnée : « Je se­rai dans l’ac­tion jus­qu’au der­nier mo­ment. Et ré­vol­tée dans quinze jours. »

@Pau­li­ne_Th

(LP/Oli­vier Le­jeune.)

Lille (Nord), mar­di. A trois jours du pre­mier tour des ré­gio­nales, les militants du Mou­ve­ment des jeunes so­cia­listes tractent in­las­sa­ble­ment. Même s’ils re­con­naissent à de­mi-mots que la ba­taille est dé­jà per­due.

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