Lan­cer l’alerte, d’ac­cord, mais à qui ?

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - Yann Ga­lut, dé­pu­té PS du Cher

ED­WARD SNOW­DEN, Her­vé Fal­cia­ni, Irène Fra­chon… Ils sont à l’ori­gine de la ré­vé­la­tion de vastes scan­dales, res­pec­ti­ve­ment les écoutes illé­gales de la NSA, l’éva­sion fis­cale de masse chez HSBC et l’af­faire du Me­dia­tor. Héros mo­dernes pour les uns, traîtres pour les autres, les lan­ceurs d’alerte sont de­ve­nus des fi­gures ré­cur­rentes de l’ac­tua­li­té. Mais com­ment ré­agi­raient les Fran­çais dans pa­reille si­tua­tion ?

Un son­dage Har­ris In­ter­ac­tive pour l’ONG Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal France, que notre jour­nal dé­voile en ex­clu­si­vi­té, ré­vèle que 83 % des sa­la­riés, s’ils étaient té­moins de pra­tiques de cor­rup­tion sur leur lieu de tra­vail, se­raient prêts à en par­ler. Un ré­sul­tat qui té­moigne d’une vé­ri­table évo­lu­tion des men­ta­li­tés, car des son­dages si­mi­laires réa­li­sés par le pas­sé ob­te­naient des taux de si­gna­le­ment bien in­fé­rieurs.

Le signe, aus­si, que la France en au­rait fi­ni avec ses vieux dé­mons… « Sur le su­jet des lan­ceurs d’alerte, on m’a sou­vent op­po­sé Vi­chy, sou­pire Anne Ma­rie-Meyer, spé­cia­liste de la lutte contre la cor­rup­tion chez Trans­pa­ren­cy France. On m’a doc­te­ment ex­pli­qué que la so­cié­té fran­çaise était op­po­sée au sys­tème de l’alerte à cause du sou­ve­nir des lettres de dé­non­cia­tion. Une in­ter­pré­ta­tion ab­surde ! Vi­chy, c’est le si­gna­le­ment ano­nyme, la ven­geance pri­vée ; l’alerte, c’est le si­gna­le­ment à vi­sage dé­cou­vert, dans l’in­té­rêt gé­né­ral. Notre son­dage montre que les Fran­çais y sont fa­vo­rables. »

Le hic ? Une ma­jo­ri­té de sa­la­riés ne se tour­ne­rait pas vers les bons in­ter­lo­cu­teurs. Se­lon les résultats du son­dage, 39 % d’entre eux choi­si­raient ain­si de s’adres­ser… à un col­lègue. « Ce qui, dans les faits, est pra­ti­que­ment la même chose que de ne pas par­ler », dé­plore Anne Ma­rie-Meyer, sou­li­gnant que les dis­po­si­tifs d’alerte sont fa­cul­ta­tifs dans les en­tre­prises pri­vées et in­exis­tants dans la fonc­tion pu­blique. La po­lice et la gen­dar­me­rie (16 %), les au­to­ri­tés ju­di­ciaires ou ad­mi­nis­tra­tives (13 %), com­pé­tentes pour agir, ne font pas par­tie des in­ter­lo­cu­teurs aux­quels s’adres­se­raient en prio­ri­té les sa­la­riés té­moins de si­tua­tions de cor­rup­tion. La presse en­core moins (6 %).

Quid, en­fin, des 15 % de sa­la­riés qui gar­de­raient le si­lence ? Près de la moi­tié d’entre eux jus­ti­fient leur dé­ci­sion par le sen­ti­ment qu’au­cune suite ne se­rait don­née à leur alerte. Pour Trans­pa­ren­cy France, il est donc im­pé­ra­tif « d’adop­ter une lé­gis­la­tion ga­ran­tis­sant le trai­te­ment ef­fec­tif des alertes et la pro­tec­tion du sa­la­rié de bonne foi contre toutes les formes de re­pré­sailles » : mise au pla­card, har­cè­le­ment, li­cen­cie­ment…

Yann Ga­lut, dé­pu­té (PS) du Cher et membre de la com­mis­sion des fi­nances, pré­sente au­jourd’hui une pro­po­si­tion de loi (lire son in­ter­view sur notre site) dans la­quelle il pro­pose la créa­tion d’une agence na­tio­nale de l’alerte, char­gée de trai­ter les si­gna­le­ments et d’ap­por­ter une aide ju­ri­dique et fi­nan­cière aux lan­ceurs d’alerte.

Il y a ur­gence, se­lon le dé­pu­té : « Le rap­port de force reste trop dés­équi­li­bré entre, d’un cô­té de grands groupes do­tés de ba­taillons d’avo­cats et de l’autre des per­sonnes sou­vent seules et iso­lées. »

« Le rap­port de force reste

trop dés­équi­li­bré »

( LP/ Hum bert ode Oliv ei­ra .) ( R eu te rs / D en is B al i b ou se .)

Irène Fra­chon a ré­vé­lé le scan­dale du Me­dia­tor et Her­vé Fal­cia­ni ce­lui de l’éva­sion fis­cale de masse chez HSBC.

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