Quelle fac­ture pour les as­su­reurs !

L’ar­doise des in­dem­ni­sa­tions liées au ré­chauf­fe­ment en France dou­ble­ra à l’ho­ri­zon 2040, se­lon une étude pré­sen­tée au­jourd’hui. Les as­su­reurs veulent des me­sures.

Le Parisien (Paris) - - COP21 - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

NI CLI­MA­TOS­CEP­TIQUES ni apôtres de l’apo­ca­lypse, les as­su­reurs sont ha­bi­tués à faire des constats ob­jec­tifs et ont une vi­sion très terre à terre de l’im­pact des ca­tas­trophes na­tu­relles. Si les inon­da­tions, sé­che­resses et sub­mer­sions ma­rines ont dé­jà coû­té 48 Mds€ à la France entre 1988 et 2013, le pire est à ve­nir. D’après un rap­port alar­mant de l’As­so­cia­tion fran­çaise de l’as­su­rance (AFA), que nous vous dé­voi­lons en ex­clu­si­vi­té, la fac­ture liée aux aléas na­tu­rels dou­ble­ra d’ici à 2039, pas­sant à 92 Mds€, si rien n’est fait. Dans un livre blanc qu’elle dé­voile ce ma­tin à l’oc­ca­sion de la COP21, l’AFA veut faire ac­cé­lé­rer la pré­ven­tion. n Un lit­to­ral très vul­né­rable. D’après un re­cen­se­ment des évé­ne­ments na­tu­rels clas­sés très graves de­puis 1900, la France est le deuxième pays eu­ro­péen le plus ex­po­sé der­rière l’Al­le­magne. Au cours des vingt­cinq der­nières an­nées, les as­su­reurs ont in­dem­ni­sé chaque an­née en moyenne 431 000 si­nis­trés pour des dom­mages ma­té­riels avoi­si­nant 1,9 mil­liard. Si l’AFA s’at­tend à une faible crois­sance des dé­gâts oc­ca­sion­nés par les tem­pêtes, elle consi­dère, de­puis la ca­tas­trophe de Xyn­thia, que les sub­mer­sions ma­rines sont « un pé­ril émergent » qui coû­te­ra 4 Mds€ à la France d’ici à 2039. 40 % des 7 000 km de lit­to­ral sont « for­te­ment vul­né­rables » du fait de leur to­po­gra­phie. nLe coût des sé­che­resses va tri­pler. S’ap­puyant no­tam­ment sur les pro­jec­tions de cher­cheurs de Mé­téo France, l’étude de l’AFA es­time que le coût cu­mu­lé des sé­che­resses at­tein­dra 21 Mds€ entre au­jourd’hui et 2040, es­sen­tiel­le­ment à cause des ter­rains ar­gi­leux qui se ré­tractent et pro­voquent des fis­sures sur les bâ­ti­ments. 60 % de ces sur­coûts se­raient di­rec­te­ment liés au chan­ge­ment cli­ma­tique : « La pé­riode de re­tour d’une sé­che­resse comme celle de 2003 pas­se­rait de vingt ans à onze ans », sou­ligne l’AFA. n Da­van­tage de dé­gâts en cas d’inon­da­tion. Si l’AFA es­time que « les pé­riodes de re­tour des inon­da­tions ma­jeures res­te­ront qua­si stables », elle s’at­tend à une hausse de 104 % des in­dem­ni­sa­tions liées ce pé­ril qui pas­se­raient de 16 Mds€ cu­mu­lés entre 1988 et 2013 à 34 Mds€ cu­mu­lés à l’ho­ri­zon 2040. « Le même in­ci­dent cli­ma­tique à dix ans d’écart coû­te­ra en ef­fet plus cher, ex­plique le pré­sident de l’AFA, Ber­nard Spitz. Car du fait de l’en­ri­chis­se­ment de la France, on va conti­nuer à den­si­fier le ter­ri­toire en lo­ge­ments, en­tre­prises et biens de col­lec­ti­vi­tés. » Or, plus il y au­ra de bâ­ti­ments dans des zones inon­dables, plus im­por­tante se­ra la fac­ture en cas de crue. nDes plans de pré­ven­tion… sur les éta­gères. « Sur 300 com­munes sou­mises à un risque de sub­mer­sion ma­rine, seule­ment 22 % ont un plan de pré­ven­tion des risques ap­prou­vé », dé­plore l’AFA. « La France dis­pose de bons ou­tils de pré­ven­tion mais ils sont mal ou pas ap­pli­qués, in­siste Ber­nard Spitz. De nom­breux en­droits en France n’ont pas de plan de pré­ven­tion des risques ou alors ces do­cu­ments ne sont pas mis à jour et traînent sur des éta­gères. » nUne jour­née de la pré­ven­tion dans les écoles. Dans son livre blanc, l’AFA fait 34 pro­po­si­tions à l’Etat et aux élus lo­caux. Elle sug­gère no­tam­ment de « re­fu­ser sys­té­ma­ti­que­ment des per­mis de construire en cas d’ab­sence de plan de pré­ven­tion des risques dès lors qu’un pro­jet est de na­ture à por­ter at­teinte à la sécurité pu­blique du fait de sa si­tua­tion dans des zones pré­su­mées à risques im­por­tants ». Elle pro­pose aus­si d’im­po­ser aux cam­pings ex­po­sés à des risques de sub­mer­sion l’éla­bo­ra­tion d’un plan de sau­ve­garde ap­pli­cable lors des crues. « Pour que les Fran­çais adoptent les bons ré­flexes en cas d’évé­ne­ments cli­ma­tiques ex­trêmes, il faut ins­tau­rer une jour­née na­tio­nale de la pré­ven­tion des risques na­tu­rels, es­time Ber­nard Spitz. Et pour dé­ve­lop­per cette culture du risque dès le plus jeune âge, pour­quoi ne pas en par­ler à l’école ? »

À LIRE

Notre site dé­dié

le­pa­ri­sien.fr « Je ne crois pas que les lea­deurs mon­diaux ap­por­te­ront de so­lu­tion à l’is­sue de la COP21. Je n’ai no­tam­ment au­cune confiance dans le Congrès amé­ri­cain, qui ne ra­ti­fie­ra ja­mais au­cun ac­cord… Mais les ma­ni­fes­ta­tions mon­diales contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique à l’ou­ver­ture de la COP ont été les plus im­por­tantes ja­mais en­re­gis­trées, c’est en­cou­ra­geant. Je suis convain­cue que tous les mou­ve­ments im­por­tants viennent d’en bas, comme la lutte contre la sé­gré­ga­tion ra­ciale aux Etats-Unis, qui est par­tie d’une simple femme qui re­fu­sait de des­cendre d’un bus ré­ser­vé aux Blancs. En ma­tière de ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, au­jourd’hui tout le monde a pris conscience du

La Faute-sur-Mer (Ven­dée), le 1er mars 2010. La tem­pête Xyn­thia est consi­dé­rée comme une ca­tas­trophe na­tu­relle des plus vio­lentes et des plus meur­trières de­puis les tem­pêtes de dé­cembre 1999 et a mo­di­fié la prise en compte des risques na­tu­rels.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.