48 heures avec Ga­rou à

Alors que sa tour­née « Fo­re­ver Gent­le­men » dé­marre ce soir à Pa­ris, nous avons ac­com­pa­gné le chan­teur qué­bé­cois chez lui, en famille et dans sa mai­son.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Mon­tréal (Ca­na­da) De notre en­voyé spé­cial EM­MA­NUEL MAROLLE Pro­pos recueillis par E.M.

GA­ROU A DES PE­TITS YEUX. En ce 10 no­vembre, à l’aé­ro­port de Rois­sy, il vient de pas­ser une pe­tite nuit. « Il est 9 heures et j’ai dû me cou­cher à 4 h 30 », dit-il en re­gar­dant sa montre. Pas à cause d’une énième bringue dont il a le se­cret. Ça, c’était avant. Avant la vie en couple avec sa com­pagne, Stéphanie, de­puis 2013 qui tra­vaille avec lui ; avant aus­si de mul­ti­plier les ac­ti­vi­tés : « The Voice », dont il vient de re­dé­mar­rer les en­re­gis­tre­ments ; des concerts en Rus­sie ; ses ac­ti­vi­tés de chef d’en­tre­prise ; et la tour­née « Fo­re­ver Gent­le­men », qu’il com­mence et s’ins­talle à par­tir de ce soir au pa­lais des Congrès à Pa­ris. Il y joue les croo­ners avec Cor­neille et Roch Voi­sine dans la fou­lée des deux al­bums de re­prises de stan­dards swing qui ont été des gros suc­cès chez nous. Chez lui, au Qué­bec, le disque est nu­mé­ro un des ventes. L’oc­ca­sion était belle d’em­bar­quer avec le chan­teur, di­rec­tion Mon­tréal, pour pas­ser 48 heures à ses cô­tés. Dans l’avion entre Pa­ris et Mon­tréal. On a beau être ins­tal­lé en classe bu­si­ness, il y a tou­jours des cu­rieux qui le re­con­naissent. « Non, pas de pho­tos, s’il vous plaît », lance gen­ti­ment Ga­rou à un pas­sa­ger ins­tal­lé quelques sièges de­vant lui qui comp­tait prendre un cli­ché en douce. « On n’a pas le même rap­port avec la cé­lé­bri­té au Ca­na­da. On est da­van­tage res­pec­tueux. En France, dès que tu passes à la té­lé, tout le monde semble en vou­loir un bout. » On le voit beau­coup chez nous de­puis « The Voice » sur TF 1. Il avait quit­té le ju­ry l’an pas­sé. Il y re­vient cette sai­son. « Je suis par­ti parce que j’avais peur que les gens en aient marre. Et j’avais en­vie de me lan­cer dans d’autres pro­jets. J’ai mon­té une so­cié­té de com­merce de bois re­cy­clé, un res­to à Pa­ris (NDLR : voir ci­contre). Je me suis lan­cé dans la co­pro­duc­tion et la mise en scène de Fo­re­ver Gent­le­men. The Voice m’a rap­pe­lé. J’étais prêt à re­fu­ser pour voir da­van­tage ma fille, Eme­lie, qui a 14 ans et vit avec sa mère (NDLR : Ul­ri­ka, un man­ne­quin sué­dois) à Cu­ba. Mais elle m’a dit de le faire. » Le pre­mier cas­ting à l’aveugle a eu lieu la veille et Ga­rou a ré­cu­pé­ré des ta­lents bluf­fants. « Je viens de faire des concerts à Saint- Pé­ters­bourg et Mos­cou, j’étais à Pa­ris deux jours, je re­pars à Mon­tréal et je re­viens ce week-end pour The Voice. Ma mai­son, c’est ici en fait, dans les avions. Je dor­mi­rai quand je se­rai mort. » Il n’em­pêche. Il avale un Bloo­dy Ma­ry, du foie gras, du sau­mon et fait… une grosse sieste.

« Je dor­mi­rai quand je se­rai mort » « Ici, c’est la mai­son Notre-Dame »

A Sher­brooke, sa ville na­tale. Au vo­lant de sa voi­ture, après être pas­sé cher­cher sa com­pagne dans leur ap­par­te­ment de Mon­tréal au bord du Saint-Laurent, sous un beau so­leil, Ga­rou règle l’in­ten­dance de tra­vaux en cours dans sa mai­son de Sher­brooke. « On a eu des in­fil­tra­tions d’eau dans le ga­rage et les tra­vaux n’avancent pas », ex­plique le chan­teur. Ar­ri­vé sur place, pa­pa et ma­man Ga­rou sont là. Ou plu­tôt Mon­sieur et Ma­dame Ga­rand, le vrai nom de l’ar­tiste. « Ça s’est bien pas­sé ton voyage ? Et The Voice, ça a mar­ché ? » de­mande la mère à son fis­ton de 43 ans. Ses pa­rents sont les seuls à l’ap­pe­ler en­core Pierre. « Il y a des fans par­fois qui le font comme une fa­çon de me dire Je te connais. Ça m’agace. Si­non, tout le monde m’ap­pelle Ga­rou de­puis l’âge de 13 ans, c’est ve­nu d’un pote qui a mal pro­non­cé mon nom un jour et a dit Ga­rou au lieu de Ga­rand. Tout le monde s’est mar­ré et c’est res­té. » Ses pre­miers concerts ont eu lieu ici dans cette 4e ville du Qué­bec où il jouait les week-ends. C’est là qu’il a ache­té sa pre­mière mai­son, une bâ­tisse car­rée mo­derne, au bord du lac. Alors que la nuit tombe, sa com­pagne sort chips, sau­cis­son et bonne bou­teille. « C’est l’heure de l’apé­ro, non ? », lance-t-elle. Ça se passe comme ça ici, dans « la mai­son Notre-Dame », comme dit Ga­rou. « Après le suc­cès de la co­mé­die mu­si­cale No­treDame de Pa­ris, en 1998, et de la chan­son Belle, j’ai com­men­cé à ga­gner beau­coup d’ar­gent pour la pre­mière fois. J’ai eu un coup de coeur pour cette mai­son. » Il s’ins­talle au pia­no. Beau­coup de chan­sons sont nées ici et ont été en­re­gis­trées dans le stu­dio, au sous-sol. « C’est une source d’ins­pi­ra­tion et un lieu où je me res­source ici. » Dans son sa­lon trône un im­po­sant ta­bleau réa­li­sé par l’un de ses potes ar­tistes. Il mêle pein­ture et col­lage de par­ti­tions mu­si­cales. Son titre : « le Bruit du si­lence ». Ça pour­rait être le nom de la mai­son. Dans son Au­berge Saint-Ga­briel. Re­tour à Mon­tréal chez Ga­rou. Ou dans son res­tau­rant, l’Au­berge SaintGa­briel, haut lieu des soi­rées de la ville. Un en­droit rus­tique da­tant de 1754. « His­to­ri­que­ment, ce fut la pre­mière au­berge du pays. C’est un lieu où se dé­roulent des ma­riages, avec un club branché en sous-sol et beau­coup d’évé­ne­ments mé­dia­tiques. Je l’ai ache­té en 2003 après avoir eu d’autres res­tos, avoir fait beau­coup la fête. Ma vie est faite de tout ça. »

Ce soir, Joël Di­cker lance ici son nou­veau livre. L’au­teur de « la Vé­ri­té sur l’af­faire Har­ry Que­bert » tombe dans les bras de Ga­rou ren­con­tré sur le pla­teau de Mi­chel Dru­cker, à Pa­ris. « Je vou­drais ve­nir à ton concert de­main, mais j’ai en­core des obli­ga­tions pour la pro­mo du livre », ex­plique l’au­teur qui se met à table avec le chan­teur. On mange une sub­tile lotte ou un co­pieux confit de canard. Au bar, la jeunesse do­rée de Mon­tréal en­chaîne les bières au mi­lieu d’un dé­cor spec­ta­cu­laire, avec une énorme co­lonne ver­té­brale de ba­leine, une peau d’ours et une lampe géante faite avec… deux caribous em­paillés.

« Il se passe des choses étranges ici. Il y a sept ans, le ma­tin où ma grand­mère est dé­cé­dée, pile au mo­ment où mon père m’an­non­çait sa dis­pa­ri­tion, un pia­no qui est à l’étage dans la salle de ré­cep­tion s’est mis à jouer tout seul. Deux ser­veurs l’ont vu. » Il se passe tou­jours quelque chose ici. Comme avec Ga­rou. L’Homme aux mille vies.

« Il se passe des choses étranges ici »

@ema­rolle Est-ce étrange de jouer en France après les at­taques du 13 no­vembre ? GA­ROU. Oui. Mais on ne vou­lait pas être ra­co­leur. J’ai pris l’avion à Mon­tréal, deux jours après votre re­por­tage avec moi. J’ai dé­col­lé le soir des at­ten­tats et je suis ar­ri­vé le sa­me­di ma­tin à Pa­ris. C’était très bi­zarre. Quelques jours plus tard, Roch Voi­sine et Cor­neille m’ont re­joint et on a com­men­cé par chan­ter à Bruxelles au mo­ment de l’état d’alerte. On a été les seuls à main­te­nir le concert. On avait be­soin de jouer, même s’il y avait des mi­li­taires ar­més de­vant la salle. J’ai le sen­ti­ment que c’est comme si un nou­veau vi­rus avait fait son ap­pa­ri­tion et pou­vait nous tou­cher à n’im­porte quel mo­ment. C’est plus fa­cile à gé­rer à trois que tout seul. Je pense que si nous étions cha­cun en tour­née seul, on se­rait to­ta­le­ment dé­pri­més à l’heure ac­tuelle. Il y a des gens qui an­nulent, qui ne viennent pas. Ce n’est pas fa­cile. Mais il faut lut­ter contre la mo­ro­si­té. Qu’avez-vous chan­gé De­puis quand rê­viez-vous de ce spec­tacle ? Dix ans au moins. J’en avais par­lé au­tour de moi. j’ai tou­jours ai­mé ça. Quand j’ai com­men­cé dans les bars, on im­pro­vi­sait sur du jazz en fin de soi­rée. Et puis j’ai ar­rê­té de faire ça. Au­jourd’hui, je me ver­rais bien fi­nir mes jours dans un hô­tel de luxe à Shan­gai à chan­ter « Fly Me to the Moon » comme un vieux croo­ner. Vous au­riez donc pu ima­gi­ner le pro­jet « Fo­re­ver Gent­le­men » de­puis l’ori­gine ? C’est ce que je me suis dit quand le pre­mier vo­lume au­quel j’ai par­ti­ci­pé a été lan­cé en 2013 (avec éga­le­ment Paul An­ka, Da­ny Brillant, M.Po­ko­ra, Em­ma­nuel Moire). Et quand Roch Voi­sine m’a ap­pe­lé il y a quelques mois pour me pro­po­ser le spec­tacle, j’ai dit : « D’ac­cord, mais je veux m’im­pli­quer pas comme simple chan­teur mais aus­si comme met­teur en scène et co­pro­duc­teur. » J’at­ten­dais ça.

« On avait be­soin de jouer,

même s’il y avait des mi­li­taires ar­més

de­vant la salle »

(E.M.)

Le 10 no­vembre. Dans l’avion, di­rec­tion Mon­tréal.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.