Pri­son avec sur­sis pour les in­ci­dents à Ré­pu­blique

Le Parisien (Paris) - - PARIS - Isais, 28 ans, condam­né hier à une peine de quatre mois avec sur­sis TI­MO­THÉE BOU­TRY

TOUT ÇA POUR ÇA. Après le pre­mier round de la veille (deux condam­na­tions à trois mois de pri­son ferme et à 1 000 € d’amende), deux nou­veaux par­ti­ci­pants à la ma­ni­fes­ta­tion in­ter­dite — et mou­ve­men­tée — de la place de la Ré­pu­blique (Xe) di­manche com­pa­rais­saient hier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris.

Au re­gard du nombre d’in­ter­pel­la­tions — près de 400 — on pou­vait s’at­tendre à voir dans le box des pré­ve­nus des pro­fils sen­sibles. Ce ne fut pas le cas. Amorphe sous ses dread­locks, Léo, 19 ans, un ha­bi­tant de Bourges (Cher) ti­tu­laire d’un CAP de me­nui­se­rie, était no­tam­ment pour­sui­vi pour avoir je­té une can­nette de so­da en di­rec­tion des CRS. Il a été condam­né à 8 mois de pri­son avec sur­sis. Dans une autre salle, Isais, un Es­pa­gnol de 28 ans hé­ber­gé dans un centre so­cial, a quant à lui été condam­né à quatre mois de pri­son avec sur­sis. En se dé­bat­tant au mo­ment de son in­ter­pel­la­tion, il avait don­né un coup de pied à un CRS. Dans les deux cas, c’est la pre­mière men­tion à leur ca­sier ju­di­ciaire.

Sans emploi fixe, Léo vit de pe­tits bou­lots. « Un mode de vie au­to­nome avec ré­cu­pé­ra­tion d’ob­jets in­ven­dus et voyages en au­to-stop », dé­taille l’en­quête de per­son­na­li­té. Di­manche der­nier, il s’est ren­du à Pa­ris avec des amis. Il a été in­ter­pel­lé en état d’ébrié­té et en posses- sion d’un cou­teau suisse, aux abords de la place de Ré­pu­blique, à 19 h 30. En garde à vue, ce jeune homme ayant souf­fert de troubles psy­chia­triques dans sa jeunesse a re­con­nu avoir je­té cette can­nette pour faire di­ver­sion et com­pli­quer la tâche des po­li­ciers. On n’en sau­ra guère plus. Léo semble tel­le­ment ab­sent de son pro­cès qu’on lui donne à peine la pa­role. « Il est un peu azi­mu­té », at­teste son avo­cat. Dans son ré­qui­si­toire, après avoir in­sis­té sur « le contexte de heurts et de dé­bor­de­ments », la pro­cu­reur voit dans ce jet de pro­jec­tile « un trouble à l’ordre pu­blic ma­jeur », ré­cla­mant une peine de pri­son ferme. Le tri­bu­nal ne l’a pas sui­vie.

Am­biance to­ta­le­ment dif­fé­rente un étage plus bas. A l’aise, Isais as­sume to­ta­le­ment sa pré­sence au ras­sem­ble­ment. « J’étais ve­nu ma­ni­fes­ter pour dé­fendre la li­ber­té de ma­ni­fes­ter », argue ce jeune homme sans emploi et sans res­sources ar­ri­vé en France il y un an. En­cer­clé par les forces de l’ordre dans le der­nier car­ré de ma­ni­fes­tants, il se dé­fend d’avoir vo­lon­tai­re­ment don­né un coup de pied. « Plu­tôt une ré­bel­lion que des vio­lences », plaide son avo­cate. « On n’est pas face à une vio­lence d’une gra­vi­té ex­cep­tion­nelle », consent le pro­cu­reur après avoir ici rap­pe­lé la né­ces­si­té de s’ex­traire du contexte. Condam­né à du sur­sis simple, Isais n’ira pas en pri­son.

« J’étais ve­nu ma­ni­fes­ter pour dé­fendre la li­ber­té

de ma­ni­fes­ter »

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