C’est le mo­ment

Une France sous cloche après les at­ten­tats. Un chô­mage re­cord. Un FN aux portes de ré­gions. Il est urgent que les Fran­çais se sai­sissent de leur bul­le­tin de vote.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - DI­DIER MICOINE, NA­THA­LIE SCHUCK ET HEN­RI VER­NET

UN SCRU­TIN RÉ­GIO­NAL en état d’ur­gence, après des at­ten­tats du 13 no­vembre : les Fran­çais vo­te­ront di­manche dans des cir­cons­tances ex­cep­tion­nelles. Si­nistre coïn­ci­dence, le se­cond tour se tien­dra le di­manche 13 dé­cembre, un mois pile après les at­taques de Pa­ris et Saint-De­nis. A n’en pas dou­ter, les ré­gio­nales cu­vée 2015 res­te­ront dans les an­nales. Le fort re­bond des chiffres du chô­mage, au plus haut de­puis 1997, pè­se­ra aus­si de tout son poids.

Pour un peu on en ou­blie­rait que ces élec­tions se tiennent pour la pre­mière fois en dé­cembre, coin­cées entre la COP 21 et Noël. Et qu’elles sont les pre­mières or­ga­ni­sées de­puis la ré­forme ter­ri­to­riale qui a don­né nais­sance à des su­per­ré­gions, dont le poids dé­mo­gra­phique équi­vaut à ce­lui des Län­der al­le­mands et dont les com­pé­tences se trouvent re­des­si­nées au len­de­main du scru­tin.

Com­ment se tra­dui­ra ce contexte dans les urnes ? Par un re­gain de mo­bi­li­sa­tion ou, plus vrai­sem­bla­ble­ment se­lon les son­dages, par une pous­sée in­édite du FN ? Ma­rine Le Pen pour­rait réus­sir une pre­mière his­to­rique : ré­cu­pé­rer les clés d’un, voire plu­sieurs conseils ré­gio­naux. Si ce scé­na­rio se concré­ti­sait, il consti­tue­rait un séisme po­li­tique qui ou­vri­rait des pers­pec­tives à la pré­si­dente du par­ti pour 2017. Car ces ré­gio­nales sont aus­si l’ul­time scru­tin na­tio­nal avant la pré­si­den­tielle.

L’en­quête ex­clu­sive de l’ins­ti­tut Odoxa pour BFMTV et notre jour­nal confirme le ni­veau très éle­vé, à deux jours du scru­tin, du par­ti le­pé­niste (30 %), au coude-à-coude avec les Ré­pu­bli­cains de Sar­ko­zy (29 %). « Même en te­nant compte des mar- ges d’er­reur, le FN pa­raît as­su­ré d’un ré­sul­tat his­to­rique, su­pé­rieur à ce­lui des dé­par­te­men­tales de mars, sou­ligne Gaël Sli­man, di­rec­teur d’Odoxa. Il y a un avant et un après at­ten­tats. Le contexte ter­ro­riste donne une dy­na­mique à l’ex­trême droite, au dé­tri­ment de la droite. » Même dans des ré­gions d’ha­bi­tude hos­tiles au FN, comme l’Ile-de-France, ses can­di­dats en­re­gistrent des per­cées dans les son­dages. Le PS, lui, pa­raît dé­cro­ché. Le spec­ta­cu­laire re­gain de po­pu­la­ri­té de Hol­lande après les at­ten­tats ne bé­né­fi­cie­rait donc pas aux so­cia­listes dans les ré­gions.

La dé­faite du PS se­ra-t-elle aus­si cui­sante qu’an­non­cé ? Se­lon notre son­dage, 58 % des Fran­çais as­surent vou­loir vo­ter pour des en­jeux propres à leur ré­gion. Mais ils sont 4 sur 10 à se pro­non­cer sur des en­jeux de po­li­tique na­tio­nale. A l’Ely­sée comme au PS, on veut en­core croire à un ré­veil des élec­teurs de gauche et pas au vote sanc­tion rê­vé par la droite. Dans les der­niers jours de cette cam­pagne es­ca­mo­tée par le deuil na­tio­nal et le dé­bat sur les dé­ra­pages de l’état d’ur­gence, les can­di­dats ont je­té toutes leurs forces pour mo­bi­li­ser leur camp et pour ré­veiller les abs­ten­tion­nistes, es­ti­més au­tour de 50 %. Ceux qui boudent les urnes dé­tiennent peut-être la clé de ce scru­tin à bien des égards ex­tra­or­di­naires. Au­tant de rai­sons qui font de ce vote un acte, plus que ja­mais, ci­toyen.

@Hen­riVERNET @Na­tha­lieS­chuck

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