La très dé­li­cate traque des oeuvres d’art de l’EI

Le groupe Etat is­la­mique tire une par­tie de sa ri­chesse du tra­fic de pièces ar­chéo­lo­giques. Ber­cy veut res­ser­rer les mailles du filet.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - MAT­THIEU PELLOLI

DANS LA GUERRE que la France mène contre le groupe Etat is­la­mique (EI), Mi­chel Sa­pin en­tend frap­per l’en­ne­mi… aux oeuvres d’art. Si l’EI s’est em­pa­ré de près de 500 M$ (469 M€) à la banque cen­trale de Mos­soul (Irak), la prise de Pal­myre (Syrie) lui a per­mis de mettre la main sur un bu­tin de pièces ar­chéo­lo­giques. « Le tra­fic ne se fait pas avec de riches Ira­kiens ou de riches Sy­riens qui achè­te­raient les pièces en ques­tion, dé­plo­rait hier Mi­chel Sa­pin, mais avec le mar­ché oc­ci­den­tal ! Le cir­cuit re­monte vers les grands an­ti­quaires eu­ro­péens et amé­ri­cains. »

Agir en France et en Eu­rope

Le mi­nistre des Fi­nances a donc adres­sé un cour­rier au Syn­di­cat na­tio­nal des an­ti­quaires (SNA) pour exi­ger son ex­trême vi­gi­lance. La liste dé­taillée des pièces à sur­veiller (mo­saïques, sta­tues, bas-re­liefs, etc.) fi­gure en pièce jointe. Mi­chel Sa­pin a aus­si ta­pé du point sur la table pour ob­te­nir des an­ti­quaires da­van­tage de si­gna­le­ments à Trac­fin, la cel­lule de Ber­cy char­gée de lut­ter contre le blan­chi­ment d’ar­gent. En 2014, les com­mis­saires-pri­seurs et les so­cié­tés de vente n’ont ef­fec­tué que 26 dé­cla­ra­tions de soup­çons. Les mar­chands de biens pré­cieux… seule­ment 16. « J’ai ré­per­cu­té l’alerte de Ber­cy à tous mes adhé­rents, as­su­rait hier soir Do­mi­nique Che­va­lier, le pré­sident du SNA. Nous sommes très at­ten­tifs aux oeuvres d’art en pro­ve­nance du Moyen- Orient. » En re­vanche, il s’aga­çait à pro­pos des si­gna­le­ments Trac­fin : « C’est une cri­tique aber­rante ! Ce n’est pas à nous de ti­rer la son­nette d’alarme, mais aux banques. »

Ber­cy a aus­si pas­sé des « ins­truc­tions très fermes aux doua­niers ». Si les douanes ont en­ten­du le mes­sage, elles re­doutent d’avoir un mal fou à l’ap­pli­quer. « Vé­ri­fier tous les ob­jets est qua­si im­pos­sible, sou­pire un doua­nier. Un chien peut dé­bus­quer la drogue, la poudre d’une arme, mais pas une sta­tuette ! » Pour lut­ter contre le tra­fic d’oeuvres d’art, il faut « faire du ci­blage, ce qui de­mande du temps et des ef­fec­tifs », ex­plique un spé­cia­liste de l’Of­fice cen­tral de lutte contre le tra­fic de biens cultu­rels (OCB). A l’UNSA-Douanes, on dé­plore aus­si la pré­sence « de zones d’ombre sur le ter­ri­toire eu­ro­péen ».

« Les oeuvres pillées partent dans des ports francs en Suisse ou au Luxem­bourg », lâche un doua­nier. « Elles se­ront ca­chées puis blan­chies, dé­taille un po­li­cier de l’OCB. Des es­crocs les as­so­cie­ront à de faux do­cu­ments pour faire croire qu’elles sont is­sues d’une col­lec­tion, ils cas­se­ront le bras d’une sta­tue pour la ma­quiller… » Il faut donc aus­si une ré­ponse eu­ro­péenne. Jus­te­ment, Mi­chel Sa­pin a écrit à la Com­mis­sion eu­ro­péenne pour ac­cé­lé­rer l’adop­tion de la di­rec­tive fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme, dont tout un vo­let concerne les oeuvres d’art. Ob­jec­tif ? 2016 au lieu de 2017. de­vraient at­teindre un ni­veau re­cord cette an­née. Se­lon les chiffres d’oc­tobre 2015 com­mu­nic­qués par l’in­ter­pro­fes­sion, sur douze mois, les ex­pé­di­tions de cham­pagne s’élèvent à 312,6 mil­lions de bou­teilles (+ 1,8 % par rap­port aux ventes de 2014), avec un chiffre d’af­faires at­ten­du de 4,75 Mds€, dé­trô­nant l’an­née 2007 et ses 4,56 Mds€ de chiffre d’af­faires. nLA BANQUE CEN­TRALE EU­RO­PÉENNE (BCE) a une nou­velle fois abais­sé son taux de dé­pôt au jour le jour, de - 0,2 % à - 0,3 %. La me­sure est des­ti­née à in­ci­ter les banques à prê­ter pour sti­mu­ler l’ac­ti­vi­té éco­no­mique et re­lan­cer l’in­fla­tion. La BCE a éga­le­ment ren­for­cé la puis­sance de feu de son « ba­zoo­ka » mo­né­taire, sur­nom de son pro­gramme de ra­chat de dette, pro­lon­gé d’au moins six mois, jus­qu’en mars 2017. nL’UNION EU­RO­PÉENNE a lan­cé hier une en­quête sur le trai­te­ment fiscal ac­cor­dé par le Luxem­bourg à McDo­nald’s. Après Apple, Ama­zon et Star­bucks, McDo­nald’s est une autre mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine dans le col­li­ma­teur des au­to­ri­tés eu­ro­péennes pour ses pra­tiques fis­cales. Bruxelles veut vé­ri­fier si le grand-duché n’au­rait pas confé­ré un avan­tage au groupe amé­ri­cain au­quel ne peuvent pré­tendre d’autres en­tre­prises ins­tal­lées elles aus­si au Luxem­bourg.

(AFP.)

La ci­té an­tique de Pal­myre (Syrie) tom­bée aux mains de l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste lui offre des tré­sors d’oeuvres d’art qui se mon­naient sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal.

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