« J’ai un peu l’image du mec consti­pé »

Angleterre.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Pro­pos recueillis par MAT­THIEU DE MAR­TI­GNAC

DANS UN LIVRE pa­ru le 12 no­vembre*, Ch­ris­tian Jeanpierre consacre un cha­pitre à Ar­sène Wen­ger, avec le­quel il a long­temps col­la­bo­ré lors des matchs des Bleus sur TF 1. A cette oc­ca­sion, l’in­amo­vible ma­na­geur d’Ar­se­nal de 66 ans a ba­layé l’ac­tua­li­té et dé­voi­lé quelques fa­cettes de sa per­son­na­li­té. Etes-vous flat­té de fi­gu­rer dans un livre où on dresse le por­trait de douze per­sonnes au des­tin ex­tra­or­di­naire ? AR­SÈNE WEN­GER. J’en suis très heu­reux, même si je pense que ma vie peut être consi­dé­rée comme ba­nale puisque j’ai tou­jours évo­lué dans le mi­lieu du foot. Mais quand on est né, comme moi, dans un pe­tit vil­lage de pay­sans, ça peut pa­raître ex­tra­or­di­naire de se re­trou­ver en­traî­neur d’Ar­se­nal. Je le conçois. On dé­couvre chez vous à cette oc­ca­sion un so­lide sens de l’hu­mour. Ce n’est pas l’image que vous ren­voyez… C’est vrai, c’est un as­pect de ma per­son­na­li­té qu’on ne connaît pas. Avec mon mé­tier, je suis sou­vent stres­sé, alors j’ai un peu l’image du mec consti­pé. Mais j’aime bien ri­go­ler quand je suis avec mes amis et me lais­ser al­ler à des traits d’hu­mour que je ne peux évi­dem­ment pas faire dans les mé­dias. Vous sa­vez, on peut vite cau­ser des dé­gâts ir­ré­pa­rables quand on est à mon poste. J’ai plu­tôt in­té­rêt à me contrô­ler. Il pa­raît que vous écou­tez du Bob Mar­ley en voi­ture ? Oui, j’adore sa mu­sique et l’homme qu’il était. Ce n’était pas un « fa­bri­qué », il était au­then­tique. J’aime les gars qui ne sont pas dans des fi­lières conven­tion­nelles et sortent du lot grâce à leur ta­lent. Ray­mond De­vos et Pierre Des­proges font éga­le­ment par­tie de mes hu­mo­ristes pré­fé­rés. Lio­nel Mes­si va-t-il rem­por­ter en jan­vier son cin­quième Bal­lon d’or ? Sans doute car cette an­née il a tout ga­gné. Pour moi, c’est le plus grand. Mes­si est tou­ché par la grâce quand il a le bal­lon dans les pieds. Il a une ca­pa­ci­té d’en­chaî­ne­ment su­per­so­nique. Il met cin­quante buts par sai­sons et une ving­taine de passes dé­ci­sives. Cet équi­libre est ex­tra­or­di­naire. La France peut-elle ga­gner l’Eu­ro 2016 ? Avec la gé­né­ra­tion des Pog­ba et

Griez­mann, elle a un vrai po­ten-

Wem­bley (Londres),

le 2 août 2015.

tiel. Mais ce­la va aus­si se jouer sur la ges­tion de la pres­sion. Le Bré­sil a cra­qué lors de sa Coupe du monde, l’Angleterre est pas­sée au tra­vers de son mon­dial de rug­by, la France n’est pas al­lée au bout de son Eu­ro de basket… Le sport est de­ve­nu tel­le­ment vi­tal dans notre so­cié­té que les joueurs ont de plus en plus de pres­sion sur les épaules. Celle-ci est dé­cu­plée lors d’une com­pé­ti­tion jouée à do­mi­cile. La co­ha­bi­ta­tion entre Ben­ze­ma et Val­bue­na est-elle en­core pos­sible en équipe de France ? Il faut être pru­dent avec cette af­faire (NDLR : celle de la sex-tape). At­ten­dons de voir ce que va dire la jus­tice. Est-ce vrai­ment grave, ou la mon­tagne va-t-elle ac­cou­cher d’une sou­ris ? Je n’en sais rien, mais cette si­tua­tion est triste pour tout le monde. Com­ment gé­rer un tel cas quand on est en­traî­neur ? Spor­ti­ve­ment, on pré­fère avoir tous les joueurs dis­po­nibles, mais il faut aus­si res­ter dans un cadre mo­ral res­pec­table. La Fé­dé­ra­tion pren­dra, je crois, une dé­ci­sion quand la jus­tice au­ra ren­du la sienne. Pour le mo­ment, ils ont rai­son d’at­tendre. Sur la BBC, Thier­ry Hen­ry, que vous avez di­ri­gé huit ans à Ar­se­nal, cri­tique ré­gu­liè­re­ment votre équipe. Il vous agace ? Pas du tout ! C’est le mé­tier de consul­tant qui veut ça. Il faut bien qu’il ra­conte quelque chose. Per­son­nel­le­ment, je n’écoute pas ce qu’il dit. Alex Fer­gu­son vous manque-t-il ? On s’est pas mal ac­cro­chés quand il était en­core en­traî­neur, mais l’in­ten­si­té de la ba­taille a lais­sé du res­pect. C’est tou­jours un plai­sir de le re­voir. Com­ment qua­li­fie­riez-vous votre re­la­tion avec Jo­sé Mou­rin­ho ? Je ne pré­fère pas en par­ler. A quoi pour­rait res­sem­bler votre fin de car­rière ? Je ne me mets pas de pres­sion en me di­sant qu’il faut que je sorte par le haut, j’es­saye juste de bien faire ce que je fais. A mon âge, je ne suis plus trop ob­nu­bi­lé par mon ego. Pen­sez-vous pou­voir di­ri­ger un autre club qu’Ar­se­nal ? Ce­la me pa­raît dif­fi­cile, j’ai 66 ans, quand même. Il me reste un an et de­mi de contrat, je ver­rai bien après. Un pe­tit pas après l’autre, c’est plu­tôt ça, ma de­vise en ce mo­ment. Etes-vous tou­jours en contact avec le PSG ? Oui… mais ce sont des contacts ami­caux. C’est tou­jours un plai­sir de croi­ser Laurent Blanc et Nas­ser. Je suis très content que leur club ob­tienne de bons résultats. Les Pa­ri­siens peuvent-ils ga­gner la Ligue des cham­pions cette sai­son ? Ils ont le ca­libre pour en rê­ver. Ce se­ra tout de même dif­fi­cile de battre le Bar­ça et le Bayern. Ces deux équipes sont au-des­sus du lot. Le PSG ar­rive juste après. Mais la sai­son est longue.

« L’Eu­ro va se jouer sur la ges­tion de la pres­sion »

* « 48 2/3 » de Ch­ris­tian Jeanpierre, Edi­tions les Arènes, 352 pages, 19,90 €.

( Ri ch ar d H ea th co te / Th e FA / Ge tt y I m ag es .)

Ar­sène Wen­ger.

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