« Je ne suis pas un voyou »

CFA 2. mi­lieu de ter­rain d’Ivry sus­pen­du un an par la com­mis­sion de dis­ci­pline de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise

Le Parisien (Paris) - - ILE-DE-FRANCE SPORTS - Pro­pos recueillis par ÉRIC MI­CHEL

Etienne Pailler, C’ÉTAIT LE 3 OC­TOBRE der­nier lors d’un match de CFA 2 or­di­naire à Fei­gnies. Ce soir-là, Ivry s’était im­po­sé 1-0. Tout était nor­mal jus­qu’à la sor­tie du stade. Puis l’Ivryen Etienne Pailler et Mus­ta­pha Aït-Bou­hou, un an­cien joueur d’Au­ber­vil­liers, en sont ve­nus aux mains après s’être chauf­fés ver­ba­le­ment en fin de match. Pour ce geste, l’an­cien Mois­séen a ré­cem­ment éco­pé d’un an de sus­pen­sion. Son ad­ver­saire a pris six mois. Pour la pre­mière fois, Etienne Pailler (25 ans), pas­sé par Sé­nart-Mois­sy (CFA) et Cher­bourg (N), s’ex­plique. Que s’est-il pas­sé le 3 oc­tobre ? ÉTIENNE PAILLER. Tout a com­men­cé à dix-quinze mi­nutes de la fin du match. On me­nait 1-0. Sur une touche, j’ai adres­sé un clin d’oeil pro­vo­quant au joueur de Fei­gnies. C’était in­utile, je le re­con­nais mais c’est cou­rant. Il l’a mal pris. On s’est pris le chou ver­ba­le­ment jus­qu’à la fin. Un truc évi­table mais qui ar­rive tout le temps. Qui ne s’est ja­mais pris la tête avec un ad­ver­saire ? Et après ? On s’est croi­sés à la bu­vette. On s’est re­gar­dés, pas gen­ti­ment mais rien de plus. C’est après, en sor­tant du stade, que ça a dé­gé­né­ré. Le ha­sard a vou­lu qu’on sorte en­semble. Là, sans té­moin sur le trot­toir, on a ré­glé notre conten­tieux entre hommes. On s’est ac­cro­chés. Ce n’était pas pré­mé­di­té : c’est ar­ri­vé bê­te­ment. On ne se connaît pas, on ne s’était ja­mais vus. C’était un geste stu­pide sur une seule se­conde de notre vie, un truc im­pul­sif et idiot. Une grosse conne­rie pour tous les deux. Vous avez éco­pé d’un an de sus­pen­sion. Le com­pre­nez-vous ? J’ai fait un truc qui ne me res­semble pas, je le re­grette mais je l’as­sume, c’est nor­mal. C’est la vie. Main­te­nant oui, je trouve que prendre un an pour ça, c’est sé­vère, d’au­tant que ce n’est pas ar­ri­vé sur le ter­rain. Mais on m’a dit que tant que nous n’étions pas re­mon­tés dans le car, la jus­tice spor­tive pou­vait sé­vir. Pour­quoi votre ad­ver­saire n’a-t-il éco­pé que de six mois de sus­pen­sion ? Nous avons été convo­qués tous les deux à la com­mis­sion de dis­ci­pline. Lui avait en­core des marques sur le vi­sage, pas moi. On a dû pen­ser qu’à cause de ça, j’étais plus coupable. Avez-vous fait ap­pel ? Je pense le faire avec mon club. Le pro­blème est que nous n’avons pas en­core re­çu le PV. Of­fi­ciel­le­ment, je ne suis peut-être pas en­core sus­pen­du mais dans le doute, ce­la fait deux matchs que je ne joue plus. Com­ment le vi­vez-vous ? Bi­zar­re­ment. Je ne suis plus un vrai joueur de foot. Je m’en­traîne, mais je ne joue pas et j’ai du mal à me dire que ça va du­rer en­core un an comme ça. Je suis un joueur in­utile. Mais je dois payer pour mon er­reur. Avez-vous por­té plainte au pé­nal ? Comme lui l’a fait, oui. Sans ça on au­rait en­core pen­sé que le seul coupable, c’est moi. Nous le sommes tous les deux, je le ré­pète. Ce­la dit, ça ne de­vrait pas al­ler loin : la jus­tice a des choses plus im­por­tantes à trai­ter que ça.

« Prendre un an pour ça,

c’est sé­vère » « Je sais que le club

est der­rière moi »

La sanc­tion crée-t-elle un pré­ju­dice fi­nan­cier pour vous ? Nous n’en avons pas en­core dis­cu­té avec le club. J’ai un contrat fé­dé­ral*, on ver­ra en­semble. Je sais que le club est der­rière moi. C’est d’ailleurs ce qui me dé­sole dans cette his­toire : on as­so­cie Ivry à un club de voyous alors que ce n’est pas le cas. Je suis dé­so­lé du pré­ju­dice que je peux lui por­ter. Quel mes­sage sou­hai­tez-vous faire pas­ser avec cette his­toire ? On va dire que je fais re­pen­tance pour al­lé­ger ma sanc­tion : ce n’est pas ça. Si je dois payer le prix fort, je paye­rai. Tant pis pour moi. J’ai­me­rais juste qu’on ne re­tienne pas que ça de moi. Sur le ter­rain, je ne lâche ja­mais. C’est le foot, c’est nor­mal, mais je n’ai ja­mais eu de gestes mé­chants. Je ne suis pas comme ça dans la vie. Tout le monde pense sans doute dé­sor­mais le contraire. Mais je ne suis pas un voyou, ni un bad boy des ter­rains. Ce que j’ai fait, un mau­vais geste, ça peut ar­ri­ver à tout le monde. Qui n’a ja­mais fait d’er­reur qu’il re­grette ? * Le contrat fé­dé­ral per­met de ré­mu­né­rer des joueurs non pro­fes­sion­nels évo­luant en Na­tio­nal, CFA, CFA 2 et en DH.

Après s’être chauf­fés ver­ba­le­ment sur le ter­rain, l’Ivryen Etienne Pailler et un joueur de Fei­gnies en étaient ve­nus aux mains à la sor­tie du stade. « On a ré­glé notre conten­tieux entre hommes. C’était un geste stu­pide, un truc im­pul­sif et idiot », confie au­jourd’hui Pailler.

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