Ger­ra dé­zingue Hol­lande

Ins­tal­lé pour un mois à l’Olym­pia, à Pa­ris, Laurent Ger­ra bro­carde l’ac­tuel pré­sident et fait la part belle à la nos­tal­gie.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - THIER­RY DAGUE

UN SOU­RIRE NIAIS. Des yeux ronds. Le bide en avant. La ca­ri­ca­ture est cruelle, mais la res­sem­blance aus­si sai­sis­sante qu’hi­la­rante : lorsque Laurent Ger­ra ap­pa­raît en Fran­çois Hol­lande, casque de mo­to sur la tête et air ahu­ri, l’Olym­pia se tord de rire. Le vrai-faux pré­sident fait des signes à la foule, marche comme un dan­seur de tan­go, prend sou­dain une mine pé­né­trée, le tout sans un mot. Cette ir­ré­sis­tible imi­ta­tion est le clou du spec­tacle de deux heures inau­gu­ré mer­cre­di par la star de RTL, à l’af­fiche de la pres­ti­gieuse salle pa­ri­sienne pour un mois en­tier.

Le lo­ca­taire de l’Ely­sée est la cible nu­mé­ro un, voire qua­si ex­clu­sive, de ce nou­veau show qui marque les re­trou­vailles de Ger­ra avec l’Olym­pia, après avoir pré­fé­ré le pa­lais des Sports l’an pas­sé pour ses 25 ans de car­rière. Ac­com­pa­gné par l’or­chestre jaz­zy de Fred Ma­nou­kian (15 mu­si­ciens, dont 8 cuivres), l’imi­ta­teur de 47 ans reste fi­dèle à ses voix fé­tiches — de Jack Lang à Jeanne Mo­reau — et à ses textes au vi­triol, à peine re­tou­chés par l’ac­tua­li­té, qui ne laissent au­cune chance à Hol­lande.

Bro­car­dé par la voix de Jacques Du­tronc : « Il est sym­pa et affligeant, mais mé­fiez-vous, c’est le pré­sident », sur l’air du « Dra­gueur des su­per­mar­chés ». Epin­glé par En­ri­co Ma­cias : « Et on l’ap­pelle le nor­mal, il lave à la main ses slips sales, comme tout le monde il a un trou de balle », sur la mé­lo­die de « l’Orien­tal ». Etrillé par Mi­chel Sar­dou, qui chante « le Temps bé­ni des Sar­ko­zy » : « On pense en­core à toi Ni­co­las, on n’en peut plus de Fran­çois et d’ses lois ».

Le goût du mu­sic-hall à l’an­cienne

Pierre Bel­le­mare nous ra­conte la jour­née type du pré­sident — « 6 h 15, le pré­sident nor­mal va faire ca­ca » — avant de vendre « ses pro­messes non te­nues en dix vo­lumes re­liés ». Ni­co­las Sar­ko­zy es­time que « Ju­lie Gayet est comme tous les Fran­çais, elle s’est fait bai­ser par Fran­çois Hol­lande ». Et lorsque le chef de l’Etat prend lui-même la pa­role, c’est pour ta­per dans son camp : Royal, Ma­cron, Au­bry ou Val­laud-Bel­ka­cem re­bap­ti­sée Va­gi­no Bé­cas­sine. La droite et l’ex­trême droite s’en tirent avec deux ou trois égra­ti­gnures.

Mais puis­qu’on est dans un spec­ta- cle mu­si­cal, Laurent Ger­ra n’ou­blie pas ses amis chan­teurs : John­ny Hal­ly­day bien sûr, qui en­tonne « Je lui fais pouet-pouet, elle me fait pouet­pouet », Ber­nard La­villiers, Fran­cis Ca­brel et son éter­nelle « Ca­bane au fond du jar­din », trans­for­mée en toi­lettes sèches par sou­ci éco­lo­gique. Un med­ley réunit Az­na­vour, Re­naud, Ga­rou ou Bruel sur « Je m’voyais dé­jà ». Un hom­mage aux dis­pa­rus ras­semble Bras­sens, Mon­tand, Bé­caud, Gains­bourg… La jeune gé­né­ra­tion ? Elle n’existe pas ou alors ex­pé­diée en une phrase : « M Po­ko­ra, la coupe de De­si­re­less et la voix de Win­nie l’Our­son. »

Du Ger­ra pur jus, donc, pour qui « c’était mieux avant », comme il le dit par la voix de Bel­mon­do et de De­lon. Un imi­ta­teur hors pair certes, mais ré­so­lu­ment tour­né vers le pas­sé, as­su­mant sa nos­tal­gie et son goût du mu­sic-hall à l’an­cienne. Son pu­blic, de­bout, ap­pré­cie. Et re­part le sou­rire aux lèvres, après un ul­time rap­pel où Laurent Ger­ra chante, avec sa vraie voix, « Qu’est-ce qu’on at­tend pour être heu­reux ? » et « Y a d’la joie ».

jus­qu’au 2 jan­vier à l’Olym­pia (Pa­ris IXe). Du mar­di au sa­me­di à 20 h 30. De 53 à 75 €. www.olym­pia­hall.com.

Olym­pia (Pa­ris IXe), hier. Tou­jours avec un ton caus­tique et ses voix fé­tiches, Laurent Ger­ra épingle de nom­breuses per­son­na­li­tés et no­tam­ment Fran­çois Hol­lande.

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