Sa marche pour le pa­tri­moine

Etu­diant, Mo­ha­med Be­ka­da a ar­pen­té la France pour sen­si­bi­li­ser aux mo­nu­ments dé­lais­sés. Il pu­blie un ré­cit édi­fiant.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - CH­RIS­TOPHE LEVENT

SIL­HOUETTE FRÊLE, barbe par­fai­te­ment taillée, élé­gant dans son cos­tume crème, Mo­ha­med Be­ka­da n’a pas l’al­lure d’un mar­cheur de l’im­pos­sible. A 27 ans, ce Pa­ri­sien de nais­sance a pour­tant par­cou­ru quelque 6 645 km à pied en un an, à la moyenne de 33 km par jour, en ti­rant une « char­rette de sur­vie » de 65 kg à la pe­sée. Un ex­ploit tout sauf gra­tuit. Etu­diant en his­toire de l’art et en ar­chéo­lo­gie, Be­cket, son sur­nom de­puis l’en­fance, veut aler­ter sur l’état de dé­la­bre­ment du pe­tit pa­tri­moine dans notre pays. Ce­tour de France, com­men­cé en jan­vier 2014, il le ra­conte dans « Ma France mé­con­nue », sor­ti en li­brai­rie.

Etape après étape, 110 au to­tal de Pa­ris à Pa­ris, d’anec­dotes en anec­dotes, le livre re­trace dans le dé­tail et de fa­çon simple — trop peut-être — cette aven­ture dé­mar­rée au pied de la tour Eif­fel. « Je suis pas­sion­né de marche et de pa­tri­moine. Mon idée est née de­vant ce mo­nu­ment em­blé­ma­tique. Il an­non­çait le coût de la ré­no­va­tion du plan­cher de verre du pre­mier étage : 30 M€. Alors que je sa­vais que des pe­tits bâ­ti­ments en France étaient en mau­vais état et qu’ils ne né­ces­si­te­raient que quelques mil­liers d’eu­ros… Je me suis dit que quelque chose n’al­lait pas. Qu’il fal­lait es­sayer de faire prendre de l’im­por­tance au pa­tri­moine lo­cal.Dans chaque vil­lage ou ville que j’avais sé­lec­tion­né, j’ai es­sayé de ren­con­trer les élus, les as­so­cia­tions, les ha­bi­tants pour dis­cu­ter avec eux. J’ai vi­si­té beau­coup de mo­nu­ments. J’ai ra­me­né des notes et des pho­tos. » dit très fran­che­ment, en confi­dence, qu’ils n’en avaient rien à faire du pa­tri­moine. Les autres étaient sou­vent las des lour­deurs ad­mi­nis­tra­tives, des exi­gences des Mo­nu­ments his­to­riques. Ils disent en avoir marre de consti­tuer des dos­siers pen­dant cinq ans pour avoir un re­fus au fi­nal. Le pé­ri­mètre de pro­tec­tion de 500 m au­tour des mo­nu­ments clas­sés leur semble aber­rant au point de ne plus vou­loir de clas­se­ment… Il faut par­fois ajou­ter à ce­la le van­da­lisme, no­tam­ment dans les églises. Du coup, elles res­tent le plus sou­vent fer­mées. »

Ar­gent nerf de la guerre ? Pas seule­ment pour Mo­ha­med Be­ka­da. « Les collectes de dons, c’est très bien mais ce n’est pas le plus im­por­tant. Je crois qu’il fau­drait sans doute des sim­pli­fi­ca­tions ad­mi­nis­tra­tives, que les maires ne res­sentent plus un mo­nu­ment comme une contrainte. Il vaut sans doute mieux une cha­pelle moins bien res­tau­rée qu’une cha­pelle en ruine. Il faut sur­tout ar­ri­ver à faire prendre conscience aux ha­bi­tants et aux élus qu’il n’y a pas un grand pa­tri­moine, ce­lui qu’on voit dans les émis­sions de té­lé, et un pe­tit pa­tri­moine. Ce pa­tri­moine des vil­lages n’est pe­tit ni par la taille ni par l’his­toire. »

de Mo­ha­med Be­ka­da. Ed. Mi­chel La­fon. Prix : 17,95 €.

« Quelques élus m’ont dit fran­che­ment qu’ils n’en

avaient rien à faire »

(DR.)

Mo­ha­med Be­ka­da a par­cou­ru près de 6 645 km à pied en un an, à la moyenne de 33 km par jour, pour aler­ter sur le dé­la­bre­ment du pe­tit pa­tri­moine fran­çais.

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