Ce pom­pier a fil­mé l’hor­reur du Ba­ta­clan

Le Parisien (Paris) - - PARIS - CÉ­LINE CAREZ

LE SOIR du 13 no­vembre, il était ca­mé­ra à l’épaule, au Stade de France (Seine-Saint-De­nis) et au Ba­ta­clan (XIe), au mi­lieu des bles­sés et des se­cours. Ch­ris­tophe, 33 ans, tra­vaille à la bri­gade de sa­peurs-pom­piers de Pa­ris (BSPP). Il fait par­tie du « groupe image » ( lire ci-des­sous).

Ce­lui qui est ren­tré à l’âge de 21 ans à la BSPP et a choi­si cette spé­cia­li­té « par pas­sion » se rap­pelle ce soir-là avoir dé­mar­ré en trombe, gy­ro­phare al­lu­mé, avec deux col­lègues, les ca­mé­ras et ap­pa­reils pho­to dans le coffre de la ca­mion­nette rouge, di­rec­tion le Stade de France, « où un mec ve­nait de se faire ex­plo­ser ».

« Là, on com­prend vite la gra­vi­té sans sa­voir vrai­ment ce qu’il se passe », se sou­vient ce père de famille. Ch­ris­tophe filme : « On n’a pas le temps de ré­flé­chir. On met les émo­tions de cô­té. On se met en pi­lote au­to­ma­tique. » Pen­dant qu’il fait des images de ses col­lègues soi­gner les pre­mières vic­times « à l’in­té­rieur du McDo­nald’s », un deuxième ka­mi­kaze se fait sau­ter. « On en­ten­dait les gens qui ap­plau­dis­saient dans le Stade de France. C’était une si­tua­tion ir­réelle. » Puis les fu­nestes nou­velles tombent et le groupe image dé­cide de se di­ri­ger vers le Ba­ta­clan. « On ar­rive et on voit nos col­lègues col­lés aux murs du pas­sage Saint-Pierre-Ame­lot, la sor­tie du Ba­ta­clan, des po­li­ciers avec pis­to­lets mi­trailleurs qui nous cou­vraient pour qu’on puisse pas­ser, des vic­times cou­chées à terre et des ter­ro­ristes à l’in­té­rieur. » Là en­core, Ch­ris­tophe filme.

Et puis, à un mo­ment, « on s’est re­gar­dé. On a po­sé nos ca­mé­ras dans une cou­rette. Et on s’est dit : Il faut des bras ! » Ch­ris­tophe et ses col­lègues du groupe image vont ai­der au trans­port de bles­sés, y com­pris sur des bar­rières à dé­faut d’avoir des bran­cards dis­po­nibles. « C’est le pom­pier qui prend le des­sus sur le ca­me­ra­man. » De cette longue nuit où « le temps s’est ar­rê­té », il se sou­vient que les po­li­ciers lui ont de­man­dé de se ca­cher et de ca­cher les vic­times. Raid et BRI al­laient don­ner l’as­saut. « Je me suis re­trou­vé dans une cour avec des pom­piers et Anne Hi­dal­go », la maire (PS) de Pa­ris.

Au pe­tit ma­tin, Ch­ris­tophe en­ver­ra un tex­to à ses proches pour les ras­su­rer. Puis re­trou­ve­ra ses col­lègues à la ca­serne et ver­ra, se­lon la pro­cé­dure, le psy­cho­logue de la cel­lule de sou­tien. « Notre force, ex­plique le sau­ve­teur, c’est la co­hé­sion. » Ce n’est que le wee­kend sui­vant qu’il « dé­com­pres­se­ra vrai­ment », en ren­trant chez lui, en Al­sace, et en em­bras­sant « un peu plus que d’ha­bi­tude » sa pe­tite der­nière, âgée d’un an.

« A un mo­ment, on a po­sé nos ca­mé­ras. Et on s’est dit :

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