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En France, l’en­quête UBS touche à sa fin

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - M.PE

des banques suisses (UBS), la plus grande des banques hel­vé­tiques, fait de­puis 2012 l’ob­jet d’une en­quête ju­di­ciaire en France. Guillaume Daïeff et Serge Tour­naire, les juges en charge du dos­sier, soup­çonnent UBS d’avoir mis en place un vaste sys­tème de dé­mar­chage illi­cite de clients fran­çais les in­ci­tant à ou­vrir des comptes non dé­cla­rés en Suisse dans les an­nées 2000. Se­lon nos in­for­ma­tions, l’en­quête UBS France ar­rive au­jourd’hui à son terme et la banque suisse risque très gros. Les lan­ceurs d’alerte de l’af­faire UBS, Stéphanie Gi­baud et Ni­co­las Fo­ris­sier, dont notre jour­nal avait été l’un des pre­miers à ré­vé­ler les dé­non­cia­tions, s’es­timent au­jourd’hui « épui­sés », « dé­mo­lis » pro­fes­sion­nel­le­ment, fi­nan­ciè­re­ment et ner­veu­se­ment par les consé­quences de leurs ré­vé­la­tions. Ni­co­las Fo­ris­sier, ex-di­rec­teur de l’au­dit in­terne chez UBS France, sou­tient l’ini­tia­tive de Ber­cy : « Je suis to­ta­le­ment pour la ré­mu­né­ra­tion des lan­ceurs d’alerte. Sans elle, c’est la double peine ; j’ai per­du mon emploi, puis je me suis re­trou­vé seul face à une banque toute-puis­sante qui s’ap­puie sur une ar­mée d’avo­cats. »

M.PE LE DES­TIN de Brad­ley Bir­ken­feld, ex-ban­quier de l’Union des banques suisses (UBS), est hors norme. Un pas­sage par la case pri­son — trente mois de 2010 à 2012, à la pri­son fé­dé­rale de Mi­ners­ville en Penn­syl­va­nie — puis le jack­pot à sa sor­tie : 104 M$ (95 M€) pour ser­vices ren­dus à l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale des EtatsU­nis. Les im­pôts ont certes pré­le­vé leur com­mis­sion au pas­sage, mais Bir­ken­feld a conser­vé l’équi­valent de 71 M€, soit la plus forte ré­com­pense ja­mais re­mise en ver­tu de la loi sur les fraudes fis­cales outre-At­lan­tique.

4 450 clients li­vrés au fisc

Quelques an­nées plus tôt, ce co­losse à la bar­bi­chette soi­gneu­se­ment en­tre­te­nue fai­sait des mer­veilles pour UBS. Il or­ga­ni­sait de pres­ti­gieux évé­ne­ments mon­dains pour at­ti­rer les mil­liar­daires. Le but ? Leur pro­po­ser, en­suite, un iti­né­raire flé­ché vers l’éva­sion fis­cale et les coffres-forts hel­vé­tiques.

Sueur froide en 2005 : le ban­quier dé­niche un do­cu­ment in­terne qui laisse bien seuls les ra­bat­teurs comme lui en cas de pro­blème avec la jus­tice. Bir­ken­feld exige alors de son e mployeur d’être cou­vert, sans suc­cès. Il dé­mis­sionne alors et se tourne vers l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale en 2007 pour tout ba­lan­cer. En­fin presque. Parce qu’il a re­fu­sé no­tam­ment de li­vrer son plus gros client, il est en­voyé dans un pre­mier temps der­rière les bar­reaux, avant d’être grâ­ce­ment ré­tri­bué, à la hau­teur des sommes co­los­sales qu’il a per­mis de ré­cu­pé­rer. En 2009, l’UBS a payé près de 700 M€ pour évi­ter un pro­cès aux Etats-Unis. Elle a aus­si dû ré­vé­ler le nom de 4 450 clients au fisc amé­ri­cain.

A lui seul, Bir­ken­feld a four­ni une quan­ti­té consi­dé­rable d’in­for­ma­tions sur « la plus grosse éva­sion fis­cale des Etats-Unis ». Il a aus­si réus­si l’ex­ploit d’ou­vrir une brèche dans le se­cret ban­caire suisse, ré­pu­té in­vio­lable. La ré­cente loi Fat­ca aux EtatsU­nis, qui traque les comptes ban­caires des contribuables amé­ri­cains à l’étran­ger, est di­rec­te­ment is­sue de ses ré­vé­la­tions. Au­jourd’hui, l’an­cien ban­quier sou­haite « re­cons­truire sa vie et de­ve­nir un pré­cieux ci­toyen pour la so­cié­té ».

UBS a payé près de 700 M€ pour évi­ter un pro­cès aux Etats-Unis.

Pa­ris, mars 2013. Ni­co­las Fo­ris­sier a été l’un de ceux à dé­non­cer les pra­tiques d’UBS : « Je suis to­ta­le­ment pour la ré­mu­né­ra­tion des lan­ceurs d’alerte. Sans elle, c’est la double peine. »

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