Le coup de com de l’« ami­ral » Hol­lande

Le pré­sident a fait hier une vi­site sur­prise sur le porte-avions « Charles-de-Gaulle », en­ga­gé dans la guerre contre Daech. A deux jours du 1er tour des ré­gio­nales, un dé­pla­ce­ment tout sauf ano­din.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - ÉRIC HACQUEMAND ET PHI­LIPPE DE POULPIQUET (EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À BORD DU « CHARLES-DE-GAULLE »)

tendre pour al­ler sou­te­nir les pi­lotes de chasse et les ma­rins du porte-avions, qui avait quit­té la base na­vale de Tou­lon (Var) le 18 no­vembre, pour al­ler bom­bar­der Daech en Irak et en Syrie.

« C’était la bonne fe­nêtre de tir », jus­ti­fie son en­tou­rage au pré­texte que « dans quelques jours, le Charles-de-Gaulle quit­te­ra la Mé­di­ter­ra­née pour se rendre dans le golfe Per­sique », plus loin­tain. Si ce pe­tit al­ler-re­tour in­ter­vient qua­ran­te­huit heures avant le pre­mier tour des élec­tions ré­gio­nales di­manche soir, ce­la n’a à l’évi­dence rien d’une coïn­ci­dence. Cette vi­site éclair a été mon­tée dans l’ur­gence. Evo­quée mer­cre­di lors d’un tête-àtête avec le mi­nistre de la Dé­fense (et tête de liste en Bre­tagne pour les élec­tions ré­gio­nales), Jean-Yves Le Drian, la dé­ci­sion a été confir­mée le len­de­main lors d’un con­seil res­treint de dé­fense à l’Ely­sée. Avec un ob­jec­tif très po­li­tique : soi­gner le cos­tume de chef de guerre du pré­sident qui — à en ju­ger par sa spec­ta- cu­laire re­mon­tée dans les son­dages — lui va comme un gant. « Il fait son Wins­ton Chur­chill », ob­serve le dé­pu­té PS Ma­lek Bou­tih. Du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, le Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique avait en ef­fet soi­gné sa po­pu­la­ri­té en mul­ti­pliant les vi­sites de ter­rain.

Le 17 août 2011, Ni­co­las Sar­ko­zy avait aus­si sa­cri­fié à ce grand clas­sique de la com­mu­ni­ca­tion de guerre en se ren­dant sur le Charles-deGaulle pour sa­luer les troupes de re­tour de l’in­ter­ven­tion en Li­bye. Se­lon des pro­pos rap­por­tés cette se­maine par « le Canard en­chaî­né », l’an­cien pré­sident s’at­ten­dait d’ailleurs au raid sur­prise de son suc­ces­seur à l’Ely­sée : « Il va tout nous faire, jouer au chef de guerre jus­qu’en 2017, plas­tron­ner sur le Charles-de-Gaulle… » Ga­gné !

En at­ter­ris­sant sur le pont d’en­vol, Fran­çois Hol­lande a évi­té le look à la George W. Bush. En 2003, pen­dant « sa » guerre en Irak, le pré­sident amé­ri­cain avait dé­bar­qué en com­bi­nai­son de pi­lote sur le porte-avions « USS Abra­ham Lin­coln ». Hier pour­tant, ce n’est pas le « ca­pi­taine de pé­da­lo » raillé en 2012 par Jean-Luc Mé­len­chon, mais bien l’« ami­ral » Hol­lande qui s’in­vite en pre­mière ligne.

Ar­ri­vé en hé­li­co­ptère de­puis Chypre, le pré­sident tra­verse le pont pour un « brie­fing Cham­mal », du nom de l’opé­ra­tion mi­li­taire contre Daech. Puis ren­contre « à chaud » avec les pi­lotes tout juste ren­trés de mis­sion avec au pas­sage un bon mot qui fait sou­rire l’as­sem­blée : « Conti­nuez de dire du bien des Ra­fale, ça per­met de mieux les vendre ! » iro­nise le pré­sident en se tour­nant vers son mi­nistre de la Dé­fense. Dans le han­gar du na­vire, il se fait en­suite plus so­len­nel. « La France est der­rière vous », mar­tèle-t-il avant d’as­sis­ter en­fin au ca­ta­pul­tage de nuit de deux Ra­fale par­tant sur­vo­ler l’Irak ou la Syrie… Des sé­quences tour­nées par le mi­nis­tère de la Dé­fense, et ca­li­brées pour les JT de 20 heures, en es­pé­rant avoir vi­sé… dans le mille !

Porte-avions « Charles-de-Gaulle », hier. Le pré­sident est ar­ri­vé en hé­li­co­ptère de­puis Chypre, ac­com­pa­gné de Jean-Yves Le Drian, mi­nistre de la Dé­fense (à gauche).

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