Un émi­rat as­sis sur une bulle de gaz

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - A.D.

C’EST UNE PE­TITE pé­nin­sule, pas plus grande que l’Ile-de-France, po­sée sur le golfe Per­sique. Un Etat ri­chis­sime aus­si, qui ali­mente tous les fan­tasmes. Tour d’ho­ri­zon du Qa­tar.

émi­rat très jeune et très riche. Après avoir été long­temps sous do­mi­na­tion perse, puis sous pro­tec­to­rat bri­tan­nique, le Qa­tar re­fuse de de­ve­nir un membre des Emi­rats arabes unis et s’éman­cipe de l’Ara­bie saou­dite. En 1971, l’émi­rat de­vient un Etat in­dé­pen­dant et un membre de l’Or­ga­ni­sa­tion des na­tions unies. La famille Al-Tha­ni y dé­tient le pou­voir. De­puis deux ans, l’émir (c’est-à-dire, le sou­ve­rain) est cheikh Ta­mim bin Ha­mad al-Tha­ni, 35 ans. Très jeune, ce pe­tit pays est pour­tant l’un des plus riches du monde. Il tire ses res­sources des hy­dro­car­bures. Qua­trième pro­duc­teur de gaz na­tu­rel mon­dial après les Etats-Unis, la Rus­sie et l’Iran, l’émi­rat est de­ve­nu le pre­mier ex­por­ta­teur de gaz na­tu­rel li-

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qué­fié. Le pays pro­duit aus­si du pé­trole et compte par­mi les membres de l’Or­ga­ni­sa­tion des pays ex­por­ta­teurs de pé­trole (Opep).

éco­no­mie tour­née vers les in­ves­tis­se­ments à l’étran­ger. Il y a moins d’un siècle, le Qa­tar était ex­trê­me­ment pauvre. Cer­tains de ses ha­bi­tants ont même souf­fert de mal­nu­tri­tion. A l’époque, l’éco­no­mie est très dé­pen­dante de l’in­dus­trie per­lière. Les pê­cheurs s’épuisent à re­mon­ter des huîtres de la mer. Mais, dans les an­nées 1920, ce com­merce s’ef­fondre : les Ja­po­nais viennent d’in­ven­ter la perle de culture, bien moins chère. Trente ans plus tard, lorsque le Qa­tar com­mence à pro­duire le pé­trole qu’il a dé­cou­vert, ses di­ri­geants, traumatisés par ces dé­cen­nies dif­fi­ciles, ont re­te­nu la le­çon et cherchent à di­ver­si­fier l’éco­no­mie. En 2003, le fonds d’in­ves­tis­se­ment sou­ve­rain de l’émi­rat du Qa­tar, pré­si­dé par l’émir Ta­mim bin Ha­mad al-Tha­ni est créé. En 2013, le Qa­tar

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In­vest­ment Au­tho­ri­ty s’en­or­gueillis­sait d’avoir plus de 120 Mds$ d’ac­tifs (110 Mds€).

pra­tiques contes­tées. Moins ri­go­riste que l’Ara­bie saou­dite, le Qa­tar cherche à conci­lier ou­ver­ture au monde et conser­va­tisme so­cial et re­li­gieux. La re­li­gion ma­jo­ri­taire est l’is­lam sun­nite. Si l’émi­rat a long­temps été un sou­tien des Frères mu­sul­mans, la puis­sante or­ga­ni­sa­tion is­la­miste contro­ver­sée, le Qa­tar semble avoir chan­gé cette stra­té­gie qui a un temps dé­té­rio­ré ses re­la­tions avec ses voi­sins. Autre cri­tique ré­cur­rente en­vers le pays : le re­cours à des tra­vailleurs étran­gers peu payés. La pé­tro­mo­nar­chie est de­puis plu­sieurs an­nées dans la ligne de mire de nom­breuses ONG qui l’ac­cusent d’ex­ploi­ter des tra­vailleurs étran­gers pour ali­men­ter l’es­sor im­mo­bi­lier. Les cri­tiques ont re­dou­blé lors de la construc­tion des ins­tal­la­tions pour la Coupe du monde de football 2022 at­tri­buée au pays par la Fifa.

n Des

(As­so­cia­ted Press/Ma­neesh Bak­shi.)

Do­ha (Qa­tar), avril 2015. Qa­tar­gas 2 est un im­por­tant site de production de gaz na­tu­rel li­qué­fié.

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