« Nous sommes im­pi­toyables contre le ter­ro­risme »

Kha­led al-At­tiyah, mi­nistre des Af­faires étran­gères, ré­fute ca­té­go­ri­que­ment les soup­çons qui pèsent ré­gu­liè­re­ment sur son pays. Et me­nace de pour­suivre en jus­tice ceux qui les pro­fèrent.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Pro­pos recueillis par AVA DJAMSHIDI

DES BAN­DE­ROLES de sup­por­teurs de football aux dé­cla­ra­tions fra­cas­santes du Front na­tio­nal et de quelques autres élus… Plus en­core de­puis les at­ten­tats qui ont en­deuillé la France le 13 no­vembre, le Qa­tar est soup­çon­né par cer­tains de fi­nan­cer des groupes ter­ro­ristes en sous-main. Au point que des voix s’élèvent pour in­ci­ter la France à re­voir sa po­li­tique étran­gère avec son pré­cieux al­lié du Golfe. Pour­tant, ce pays est très of­fi­ciel­le­ment mo­bi­li­sé contre le groupe Etat is­la­mique (EI). C’est dans cet émi­rat­con­fet­ti que se trouve la base mi­li­taire d’Al Udeid, qui abrite le centre de com­man­de­ment de la coa­li­tion an­ti-Daech. Au­tant dire que les al­lé­ga­tions vi­sant le Qa­tar hé­rissent au plus haut point Kha­led al-At­tiyah, son mi­nistre des Af­faires étran­gères, ha­bi­tuel­le­ment très dis­cret dans les mé­dias. En­tre­tien ex­clu­sif. Com­ment dé­fi­nis­sez-vous le Qa­tar ? KHA­LED AL-AT­TIYAH. Un membre de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, et un pays qui a l’am­bi­tion d’amé­lio­rer la vie des siens. Quelle me­nace re­pré­sente l’Etat is­la­mique pour votre pays ? Je sou­haite à nou­veau pré­sen­ter nos condo­léances au peuple de France et à ceux de tous les pays qui ont souf­fert du ter­ro­risme. Nous condam­nons toutes ces idéo­lo­gies, qu’elles pro­viennent de groupes ou de pays qui uti­lisent leurs moyens pour tuer. Daech est une me­nace pour le monde. Les ter­ro­ristes n’ont ni re­li­gion ni fron­tières. Par quels moyens lut­tez-vous contre le fi­nan­ce­ment de groupes ter­ro­ristes ? Ré­cem­ment, notre mi­nistre des Fi­nances a si­gné un mé­mo­ran­dum pour ren­for­cer la co­opé­ra­tion avec la France sur la lutte contre les fi­nan­ce­ments d’ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes. De­puis 2013, nous avons étof­fé notre ar­se­nal lé­gis­la­tif, avec la créa­tion d’une loi qui ren­force la sur­veillance des or­ga­nismes de bien­fai­sance au Qa­tar. Elle in­ter­dit for­mel­le­ment de trans­fé­rer des fonds vers des or­ga­ni­sa­tions étran­gères soup­çon­nées de fi­nan­cer le ter­ro­risme. Nous avons aus­si mis en place une loi pour com­battre la cy­ber­cri­mi­na­li­té. Les ré­seaux so­ciaux consti­tuent une im­por­tante source de le­vée de fonds pour les groupes ter­ro­ristes. Nous avons par exemple stop­pé la dif­fu­sion de la cam­pagne en ligne du site Ma­dad Ahl alS­ham, connu pour fi­nan­cer des ex­tré­mistes en Syrie. De­puis le ren­for­ce­ment lé­gis­la­tif, quel est votre bi­lan ? Nos lois sont très strictes et ef­fi­caces. Les sus­pects sont tra­duits en jus­tice et sé­vè­re­ment pu­nis. Le Qa­tar ne to­lé­re­rait pas que l’on laisse en li­ber­té des in­di­vi­dus qui fi­nancent le ter­ro­risme. Si les cou­pables sont étran­gers, ils purgent d’abord leur peine au Qa­tar avant d’être ex­pul­sés. Kha­lil al-Zeer, un ci­toyen jor­da­nien qui tra­vaillait pour une or­ga­ni­sa­tion ca­ri­ta­tive, a ain­si été ex­pul­sé du pays dès les pre­miers soup­çons. Nous ne fai­sons au­cune ex­cep­tion. D’ailleurs, des in­ter­dic- tions d’en­trée au Qa­tar ont été émises pour plu­sieurs per­sonnes soup­çon­nées de telles ac­ti­vi­tés illi­cites. Contre le ter­ro­risme, nous sommes im­pi­toyables. Com­ment ex­pli­quez-vous les soup­çons à l’en­contre de votre pays ? Le Qa­tar et la France ont une re­la­tion his­to­rique. Quelques voix dis­cor­dantes n’aiment pas nous voir in­ves­tir ici. Mais je vais vous as­su­rer une chose : nous al­lons pour­suivre en jus­tice qui­conque ac­cuse le Qa­tar sans preuve. Nous dé­po­se­rons plainte en France, car nous avons plei­ne­ment confiance dans le sys­tème ju­di­ciaire fran­çais.

« Des in­ter­dic­tions d’en­trée au Qa­tar ont été

émises pour plu­sieurs per­sonnes soup­çon­nées de

telles ac­ti­vi­tés illi­cites »

« La France n’est pas le pays le plus ac­cueillant

pour nos in­ves­tis­se­ments »

De­puis le dé­but du conflit en Syrie, la France a ac­cueilli 8 000 ré­fu­giés. Et vous ? 47 000 Sy­riens sont ar­ri­vés au Qa­tar de­puis 2011, soit 15 % de la po­pu­la­tion qa­ta­rienne. Ils ont des vi­sas tem­po­raires, car nous ne les consi­dé­rons pas comme des ré­fu­giés mais comme des frères. Nous leur don­nons du tra­vail, une prise en charge mé­di­cale et édu­ca­tive pour les en­fants. Pour­quoi in­ves­tis­sez-vous en France ? La France n’est pas le pays le plus ac­cueillant pour nos in­ves­tis­se­ments, du fait de quelques voix dis­so­nantes qui veulent faire croire que nous ra­che­tons votre pays. C’est évi­dem­ment faux. Nos in­ves­tis­se­ments dans le monde et en France sont conduits dans une lo­gique de ren­ta­bi­li­té à moyen et long termes. Nous, les Qa­ta­riens, nous sen­tons proches des Fran­çais. C’est pour­quoi nous vou­lons tra­vailler avec eux. D’au­tant que c’est une re­la­tion bé­né­fique à tous points de vue. Nous ai­dons à créer des em­plois, per­sonne ne peut dire que c’est une mau­vaise chose. Ces cri­tiques pour­raient-elles chan­ger votre en­ga­ge­ment avec le PSG ? Ces cri­tiques ne re­flètent pas la po­si­tion de la France. Elles émanent de voix iso­lées et dis­so­nantes. Elles ne chan­ge­ront pas notre re­la­tion avec la France, que nous ai­mons, tout comme le PSG ! »

A LIRE

le­pa­ri­sien.fr Im­mo­bi­lier, luxe, sport… les in­ves­tis­se­ments qa­ta­riens en France

Pa­ris, le 30 no­vembre. Kha­led al-At­tiyah, mi­nistre des Af­faires étran­gères du Qa­tar, sou­ligne l’ef­fort de ré­pres­sion du fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme fait par le pays.

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