La France, vice-cham­pionne des im­pôts

La France est le 2e pays au monde pour le ni­veau des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires. Un clas­se­ment à nuan­cer.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - VINCENT VÉRIER

C’EST un po­dium que le gou­ver­ne­ment fran­çais au­rait pré­fé­ré évi­ter, sur­tout à la veille des élec­tions ré­gio­nales. Dans la der­nière édi­tion de son rap­port sur les re­cettes pu­bliques, l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique (OCDE) place la France en deuxième po­si­tion des pays de l’OCDE ayant le taux de pré­lè­ve­ments obli­ga­toires (im­pôts, taxes et co­ti­sa­tions so­ciales) le plus éle­vé en 2014. Un to­tal qui re­pré­sente en France 45,2 % de la ri­chesse pro­duite, pour une moyenne de 34,4 % dans les autres éco­no­mies dé­ve­lop­pées.

La France ar­rive juste der­rière le Da­ne­mark (50,9 %) et de­vant la Bel­gique (44,7 %), tan­dis que l’Al­le­magne oc­cupe la 13e place (36,1 %) et l’Espagne la 17e place (33,2 %). De quoi brouiller le mes­sage gou­ver­ne­men­tal alors que le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et emploi (CICE) a com­men­cé à pro­duire ses ef­fets en 2014, avec une baisse d’im­pôt de 6,5 Mds€ pour les en­tre­prises et que les pre­miers al­lé­ge­ments fis­caux ont été consen­tis pour les mé­nages. Un clas­se­ment qu’il convient ce­pen­dant de nuan­cer. D’abord, parce qu’entre 2013 et 2014, l’évo­lu­tion du taux de pré­lè­ve­ment fiscal est res­tée me­su­rée en France, + 0,2 point, soit la moyenne de l’OCDE. En­suite, parce que cette deuxième place n’est pas vrai­ment nou­velle.

En 1965, lorsque l’OCDE a pu­blié son pre­mier rap­port sur ce thème, la France était dé­jà vice-cham­pionne du monde des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires (33,6 %). Ce score s’ex­plique par notre mo­dèle so­cial. En ef­fet, les co­ti­sa­tions so­ciales pèsent 37 % des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires pour 2014, quand la moyenne de l’OCDE s’éta­blit à 26,1 %.

Dis­tin­guer fis­ca­li­té et co­ti­sa­tions

« Si on ne prend que l’im­pôt comme pré­lè­ve­ment obli­ga­toire, la France ar­rive en 9e po­si­tion, ana­lyse Eric Heyer, éco­no­miste à l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE). Dis­tin­guer les deux est im­por­tant. Les co­ti­sa­tions ouvrent des droits, no­tam­ment ce­lui de l’as­su­rance contre le chô­mage. C’est de l’ar­gent que les Fran­çais ré­cu­pèrent par exemple pour leurs re­traites. »

Pour ceux qui ver­raient un lien entre le ni­veau des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires et le taux de chô­mage, l’éco­no­miste rap­pelle que le Da­ne­mark, qui ca­ra­cole en tête du clas­se­ment, peut s’en­or­gueillir du plein-emploi tan­dis qu’à l’in­verse, l’Etat es­pa­gnol, moins gour­mand en pré­lè­ve­ments obli­ga­toires que son ho­mo­logue fran­çais, compte deux fois plus de chô­meurs… La cor­ré­la­tion entre taux de pré­lè­ve­ments obli­ga­toires et taux de chô­mage n’est donc pas évi­dente. « En Al­le­magne, le chô­mage est moins éle­vé mais les in­éga­li­tés sont plus im­por­tantes, rap­pelle Eric Heyer. Le taux de pau­vre­té est 1,5 fois moins éle­vé en France. »

Reste un en­sei­gne­ment qui va faire grin­cer les dents des contribuables. Entre 2007 et 2014, le far­deau fiscal s’est alour­di pour les mé­nages alors qu’il s’est al­lé­gé pour les en­tre­prises. Une ten­dance ob­ser­vée dans l’en­semble des pays de l’OCDE.

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