Com­ment les sa­la­riés aban­donnent 600 M€ par an

Trop longues à rem­plir, fas­ti­dieuses… les notes de frais re­butent les sa­la­riés. Ré­sul­tat : beau­coup d’ar­gent avan­cé n’est ja­mais rem­bour­sé.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG D.R.

REM­PLIR SA NOTE de frais pour se faire rem­bour­ser… Nombre de sa­la­riés qui avancent de l’ar­gent pour leur en­tre­prise consi­dèrent cette tâche comme une « corvée ». Au point d’y lais­ser des plumes. Pour la pre­mière fois, une étude tente de faire le point sur ce su­jet. Ses conclu­sions sont sur­pre­nantes. Chaque an­née, 600 M€ de frais avan­cés (par­king, péage, es­sence, re­pas, achat de ma­té­riel…) ne se­raient pas ré­cla­més par les sa­la­riés fran­çais ! Ils se­raient même 11 % à y re­non­cer pu­re­ment et sim­ple­ment. En Al­le­magne, c’est 1,3 Md€ qui tom­be­raient aux ou­bliettes. Tou­jours se­lon cette étude*, com­man­dée à l’ins­ti­tut Rui­grok-NetPa­nel par la so­cié­té Unit4, spé­cia­li­sée en so­lu­tions de ges­tion pour en­tre­prises, les sa­la­riés fran­çais aban­don­ne­raient 212 € par an en moyenne. « Ils ne pro­testent pas car, sou­vent, ils sont fau­tifs, en par­tie au moins », confie Es­ther Edel­stein, di­rec­trice mar­ke­ting de Unit4. Ex­pli­ca­tions.

cu­rieuses dif­fé­rences. A cô­té des 212 € de la France, les Es­pa­gnols n’aban­don­ne­raient que 90 € par an, les Bri­tan­niques 191 € et les Al­le­mands 292 €. Les Amé­ri­cains battent tous les re­cords, avec 347 € ja­mais ré­cla­més. Au pas­sage, cette étude réa­li­sée dans neuf pays nous ap­prend qu’une poi­gnée de cadres, sans doute grands voya­geurs, se font rem­bour­ser plus de… 100 000 € de frais par an.

Par­mi les mo­tifs de re­non­ce­ment, beau­coup pré­textent du temps né­ces­saire à rem­plir les notes de frais. 14 % des 209 Fran­çais son­dés as­surent du coup ne pas avoir tou­jours le temps d’ac­com­plir cette tâche. Pour 45 %, cette corvée né­ces­site

nDe

nCh­ro­no­phage.

moins de quinze mi­nutes, 37 % y consacrent de « quinze à trente mi­nutes ». Mais 11 % y passent de trente mi­nutes à une heure, et 2 % plus de… deux heures ! Si 11 % du pa­nel fran­çais ne rentrent pas dans leurs frais, ce chiffre grimpe à 33 et 36 % en Suède et en Hol­lande.

Mo­da­li­tés com­plexes. Une par­tie du pro­blème vien­drait aus­si de la com­plexi­té des lo­gi­ciels trai­tant les frais. Ce mo­tif de re­non­ce­ment est avan­cé par 14 % du pa­nel fran­çais. Un des taux les plus forts,

n

der­rière la Bel­gique et les EtatsU­nis (18 %).

n Né­gli­gence.

C’est là le gros pro­blème : 36 % des son­dés fran­çais ad­mettent n’avoir pas ré­cla­mé leur dû car… ils ont per­du ou ou­blié de de­man­der les jus­ti­fi­ca­tifs. 27 % avouent même avoir ou­blié de faire leur note de frais. *Etude réa­li­sée dans neuf pays dont la France au­près de 2000 cadres avan­çant ré­gu­liè­re­ment des frais.

(NDLR : ten­dance à re­por­ter cer­taines tâches au len­de­main). Et, en plus, je perds des jus­ti­fi­ca­tifs ou j’ou­blie de les prendre. En­fin, le lo­gi­ciel pour rem­plir une note de frais n’est pas pra­tique. Alors que beau­coup d’in­for­ma­tions pour­raient être rem­plies au­to­ma­ti­que­ment, il faut tout sai­sir pour chaque ligne de rem­bour­se­ment. On ne peut même pas re­grou­per les frais liés à une même mis­sion. Ré­sul­tat, pour un mois de frais, ça doit me prendre vingt mi­nutes de mon temps de tra­vail. » Alors, So­fia re­porte ou renonce. « En gé­né­ral, je mets dans la ba­lance le mon­tant des frais à ré­cu­pé­rer et le temps à y consa­crer. Si la somme est pe­tite, j’aban­donne. » La perte men­suelle est sou­vent peu im­por­tante, « mais en un an ça fi­nit par faire beau­coup ». Que faire ? « Je le sais ! ré­torque So­fia : no­ter chaque jour mes frais et conser­ver chaque jus­ti­fi­ca­tif. Il fau­drait… » nL’ALI­GNE­MENT DE LA FIS­CA­LI­TÉ du ta­bac en Corse sur celle de la France con­ti­nen­tale ne ver­ra pas en­core le jour. L’As­sem­blée na­tio­nale a en ef­fet vo­té cette me­sure hier, avant de faire ma­chine ar­rière à la de­mande du gou­ver­ne­ment. Le ta­bac en Corse est 25 % moins cher, ce qui fait pla­ner sur la France la me­nace d’une condam­na­tion par la Cour eu­ro­péenne de jus­tice. nL’OBLI­GA­TION POUR LES GRANDES EN­TRE­PRISES de rendre pu­blics ac­ti­vi­tés et im­pôts payés pays par pays afin de lut­ter contre l’op­ti­mi­sa­tion et la fraude fis­cale a été vo­té hier par l’As­sem­blée na­tio­nale contre l’avis du gou­ver­ne­ment. Sont concer­nées les so­cié­tés co­tées et celles rem­plis­sant deux de ces trois cri­tères : bi­lan su­pé­rieur à 20 M€, chiffre d’af­faires net su­pé­rieur à 40 M€ et plus de 250 sa­la­riés.

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