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Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Pro­pos recueillis par FL.M.

y est ! Les pa­rents font leur re­tour dans les ma­ga­sins de jouets, as­sure Alain Bour­geoisMul­ler, le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de l’en­seigne JouéC­lub qui compte 310 ma­ga­sins en France, dont l’im­mense Vil­lage Club du bou­le­vard des Ita­liens à Pa­ris (IIe). Juste après les at­ten­tats, vous ac­cu­siez jus­qu’à 25 % de ventes en moins. Qu’en est-il au­jourd’hui ? ALAIN BOUR­GEOIS-MUL­LER. Nous avions tout dou­ce­ment amor­cé en fin de se­maine der­nière un re­tour à la nor­male qui s’est concré­ti­sé il y a quelques jours. De­puis lun­di, l’ac­ti­vi­té a re­pris. Nous sommes même entre + 5 % et + 10 % de ventes par rap­port à l’an der­nier, et à + 8 % de fré­quen­ta­tion dans nos ma­ga­sins. Ce­la per­met de com­men­cer à cor­ri­ger les - 15 % en­re­gis­trés sur l’en­semble du mois de no­vembre. Ces chiffres sont très po­si­tifs, ils veulent dire que les achats de Noël se fe­ront. Le sec­teur du jouet re­part par­ti­cu­liè­re­ment bien. Parce que les pa­rents re­fusent que leurs en­fants pâ­tissent des at­ten­tats. Ils sont ces jours-ci dans un ef­fet de rat­tra­page des courses qu’ils avaient mises de cô­té après les at­ten­tats et les pro­blèmes de cir­cu­la­tion liés à la COP21. Les ma­ga­sins de jouets peuvent aus­si de­ve­nir une va­leur re­fuge pour les pe­tits. Ils y voient des choses qui leur font du bien, dans un es­prit de sé­ré­ni­té. Com­ment ga­ran­tis­sez-vous la sécurité de vos clients ? Nous avons aug­men­té le nombre d’agents de sécurité. Ils de­mandent sys­té­ma­ti­que­ment aux clients d’ou­vrir leurs sacs, mais de ma­nière cour­toise et sou­riante, car ache­ter des jeux doit res­ter un plai­sir et ne pas être an­xio­gène. Il nous faut aus­si gé­rer cet af­flux de clien­tèle après une pé­riode très creuse. Il a donc fal­lu re­voir les plan­nings de nos sa­la­riés, ren­for­cer les ef­fec­tifs. En cette an­née très par­ti­cu­lière, nous sommes nous aus­si dans le sys­tème D. À L’AP­PROCHE DE NOËL, d’ha­bi­tude, Lo­la, ne tient plus en place. « Les ca­deaux, la fête, je suis à fond ! » ex­plique la pé­tillante brunette de 14 ans. Mais cette an­née, l’in­no­cence de Lo­la s’est bri­sée le soir du 13 no­vembre. « J’aime tou­jours Noël mais, dans ces cir­cons­tances, j’ai moins en­vie de le fê­ter. Je pense à ces fa­milles qui se­ront seules parce que leurs en­fants sont morts. Ça me bloque un peu. C’est pas le même Noël que d’ha­bi­tude, c’est le Noël des at­ten­tats », ré­sume-t-elle, dé­so­lée, dans le sa­lon de sa cha­leu­reuse mai­son du Val-d’Oise où elle vit avec son père et sa mère.

Pour Lo­la, comme pour les deux grands, étu­diants à Lyon (Rhône) et à Lille (Nord), leur ma­man es­saie de pré­ser­ver l’es­prit de Noël même si le coeur n’y est plus tout à fait. « Je n’ai ja­mais pen­sé à an­nu­ler car la vie doit conti­nuer. On va tous se re­trou­ver en famille, avec de la cha­leur et un bon re­pas. C’est une belle pers­pec­tive, mais elle reste en de­mi-teinte : on peut trop se pro­je­ter sur les vic­times pour faire comme si tout ce­la n’avait pas exis­té », note Mu­rielle.

Alors, à 50 ans, cette com­mer­ciale pour le sec­teur phar­ma­ceu­tique ima­gine un 25 dé­cembre plus « sobre ». Au pied du sa­pin qu’elle achè- te­ra dans quelques jours, il y au­ra moins de pa­quets à ou­vrir. « Tout le monde au­ra un ca­deau, bien sûr, as­sure Mu­rielle, mais on ne se­ra ni dans la pro­fu­sion ni dans l’opu­lence. Ce se­rait dé­ca­lé, voire to­ta­le­ment dé­pla­cé d’en faire trop. Même ma mère m’a dit : On y va mol­lo sur les ca­deaux. Comme dans le bou­lot, on sent une cer­taine fu­ti­li­té à s’oc­cu­per de choses ma­té­rielles en ce mo­ment. » « OK, mais vous al­lez quand même ache­ter des trucs, hein ? » re­prend le des­sus la jeune col­lé­gienne ri­go­lote de 3e qu’est Lo­la.

C’est sur In­ter­net, dans les ventes pri­vées et dans les pe­tits ma­ga­sins qui four­millent de pe­tits pré­sents ori­gi­naux que la famille Lour­din ira faire ses courses. « Les grands ma­ga­sins, très peu pour moi. Entre la foule et les trans­ports en com­mun pour y al­ler, je n’en ai au­cune en­vie », ba­laie Mu­rielle d’un mou­ve­ment de tête. Pour­tant, elle n’est pas du genre à voir le verre à moi­tié vide ou à sus­pendre ses ac­ti­vi­tés. Mar­di, elle a em­me­né Lo­la voir une pièce de théâtre pré­vue de longue date au coeur de Pa­ris. Les cinq amies qui de­vaient les ac­com­pa­gner ont en re­vanche toutes an­nu­lé. « Elles ne le sen­taient pas », dit pu­di­que­ment la quin­qua­gé­naire. « Le mé­tro était vide, c’était trop bi­zarre. Et glauque aus­si », re­prend l’ado­les­cente.

Alors, for­cé­ment, l’idée que ses pa­rents se dé­placent de Mont­pel­lier (Hé­rault) jus­qu’à chez elle ne ras­sure pas Mu­rielle. « Cette an­née, on avait tous, avec ma soeur et mes pa­rents, dé­ci­dé de fê­ter Noël à Pa­ris. Je n’ai pas vou­lu tout re­mettre en cause. Mais une ques­tion me trotte dans la tête : est-ce bien rai­son­nable de les faire ve­nir ? Ils vont de­voir prendre le TGV, il y a les gares à Pa­ris. S’il se pas­sait quelque chose… » s’in­ter­rompt-elle. « Je sais qu’on va évo­quer les at­ten­tats à table, as­sure Lo­la. Je trouve que c’est une bonne chose d’en par­ler avec des per­sonnes qui ne vivent pas à Pa­ris. »

Un Noël moins consu­mé­riste, moins fré­né­tique aus­si pour eux, mais avec une constante : l’en­vie de cette famille d’en pro­fi­ter pour être « tous en­semble » et de se sou­te­nir. Et peut-être trou­ver ain­si le vé­ri­table es­prit de Noël.

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