Les ré­ser­vistes de l’école, ce sont eux

5 400 ci­toyens ont ré­pon­du à l’ap­pel lan­cé après « Char­lie » pour in­ter­ve­nir dans les éta­blis­se­ments sco­laires.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Florian Mo­ra­ta VÉ­RO­NIQUE MARIBON-FER­RET Eric Léan­dri, di­rec­teur gé­né­ral de Qwant RO­NAN TÉSORIÈRE

« IL FAUT RÉ­GÉ­NÉ­RER l’hu­ma­nisme. » D’em­blée, le so­cio­logue Ed­gar Mo­rin a im­po­sé un si­lence stu­dieux dans le grand am­phi de la Sor­bonne jeu­di soir, lors de la cé­ré­mo­nie d’ac­cueil des vo­lon­taires pa­ri­siens pour ai­der l’école. A 94 ans, il est le doyen de cette ré­serve ci­toyenne qui s’est consti­tuée à l’ap­pel du mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion après les at­ten­tats de jan­vier et une mi­nute de si­lence cha­hu­tée dans cer­tains éta­blis­se­ments. « Nous avons une tâche gran­diose », a lan­cé l’in­tel­lec­tuel. Comme lui, ils sont dé­jà 5 400 à s’être ins­crits en ligne*, prêts à in­ter­ve­nir dans une école, un col­lège, un ly­cée, quand on fe­ra ap­pel à leurs com­pé­tences.

Profs à la re­traite, an­ciens jour­na­listes, avo­cats… l’as­sem­blée est di­verse. « Mais il y a ici beau­coup de gens d’un cer­tain âge », sou­rit Florian Mo­ra­ta, avi­sant les têtes gri­son­nantes dans l’am­phi. Ce dis­cret en­tre­pre­neur de 30 ans pense qu’il se­ra plus proche des élèves qu’il veut ren­con­trer pour leur dire « que même si on est un cancre, on peut réus­sir ». Il leur ra­con­te­ra son par­cours, lui qui a pla­qué ses études après le bac, pour s’y rac­cro­cher quelques an­nées plus tard, jus­qu’à son di­plôme d’in­gé­nieur de Té­lé­com SudPa­ris et sa so­cié­té de dé­ve­lop­pe­ment de lo­gi­ciels. Florian est aus­si pré­sident du con­seil syn­di­cal de son im­meuble et c’est le com­por­te­ment des jeunes qui errent et dé­gradent les par­ties com­munes qui l’ont dé­ci­dé à s’ins­crire à la ré­serve ci­toyenne cet été. « Ils ont une vi­sion biai­sée de notre so­cié­té. Mais quand je leur dis que j’ai pas­sé trois heures à ré­pa­rer une vitre, ils changent d’at­ti­tude. Il faut leur mon­trer, concrè­te­ment, com­ment fonc­tionnent les choses », es­time ce prag­ma­tique.

L’école peut comp­ter sur lui pour opé­rer un rap­pro­che­ment avec le monde pro­fes­sion­nel, l’une des mis­sions de cette ré­serve, avec l’édu­ca­tion à la ci­toyen­ne­té et à la laï­ci­té, à l’éga­li­té filles/gar­çons, ou à la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions. Elle peut aus­si mi­ser sur Se­raya Maouche, bio­in­for­ma­ti­cienne de 40 ans, « née en Al­gé­rie, pas en­core fran­çaise », et ar­dente dé­fen­seur de cette laï­ci­té dont elle vou­drait que l’on dé­fi­nisse « mieux les règles et qu’on les im­pose. La loi sur l’in­ter­dic­tion de la bur­qa, cite cette croyante, elle a été vo­tée, il n’y a plus de rai­son de dis­cu­ter ». Cher­cheuse, en­tre­pre­neuse, in­ves­tie dans une as­so­cia­tion d’aide aux élèves en dif­fi­cul­té, elle veut « mo­ti­ver les étu­diants sur les nou­velles tech­no­lo­gies » et en­cou­ra­ger les filles à faire des études scien­ti­fiques.

Ce pour­rait être aus­si la mis­sion d’Es­telle Zer­bib, phar­ma­cienne et ma­man de 36 ans qui, de­puis les at­ten­tats de jan­vier, « veut mon­trer à la jeunesse qu’il y a d’autres fa­çons d’avan­cer que celles qui conduisent à des actes d’in­to­lé­rance ». Elle a hâte d’in­ter­ve­nir, comme la plu­part des vo­lon­taires qui l’ont ma­ni­fes­té à la Sor­bonne. Ils de­vront pa­tien­ter en­core quelques se­maines ou mois avant que mû­rissent les pro­jets des écoles et que l’on fasse ap­pel à leur en­vie de trans­mettre. * On peut en­core s’ins­crire sur Edu­ca­tion.gouv.fr.

Lors­qu’on tape ce mot-clé de l’ac­tua­li­té sombre des trois der­nières se­maines dans Qwant Ju­nior, la dé­cli­nai­son pour en­fants du mo­teur de re­cherche fran­çais Qwant — créé en 2013 —, au­cune pho­to ni liens cho­quants n’ap­pa­raissent à l’écran. Juste des résultats qui ren­voient vers… le contrôle pa­ren­tal ! Il en ira de même si votre en­fant de 7 ans — à cet âge-là, on passe en moyenne cinq heures trente par se­maine sur la Toile — écrit « Syrie » ou « dé­ca­pi­ta­tion ». Les pre­miers à bé­né­fi­cier de ce filtre sont de­puis hier les éco­liers et les col­lé­giens sco­la­ri­sés dans un éta­blis­se­ment connec­té, dans le cadre du pro­gramme nu­mé­rique de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, soit 70 000 élèves et leurs 8 000 en­sei­gnants. « On pri­vi­lé­gie les conte­nus pé­da­go­giques, en écar­tant les sites com­mer­ciaux. Ce mo­teur fonc­tionne sur un sys­tème de liste blanche et de liste noire. La liste blanche com­prend plus d’un mil­lion de sites à vi­sée édu­ca­tive. La liste noire contient 4 mil­lions de sites : en gros, tout ce qui concerne les drogues, la vio­lence ou la por­no­gra­phie », dé­crypte Eric Léan­dri, di­rec­teur gé­né­ral de Qwant. Cette liste est fon­dée sur un ré­per­toire de sites à pros­crire pour les 6-13 ans éta­blie par l’uni­ver­si­té de Tou­lou- se-1. « Sur les mo­teurs de re­cherche clas­siques, il existe des fil­trages ef­fi­caces mais que les en­fants peuvent désac­ti­ver. Ce n’est pas le cas pour Qwant Ju­nior. Les éco­liers et col­lé­giens doivent être pro­té­gés de conte­nus in­ap­pro­priés ou illé­gaux de­puis 2004 », rap­pelle la di­rec­tion nu­mé­rique du mi­nis­tère. Une pré­cau­tion ren­due d’au­tant plus né­ces­saire après les at­ten­tats du 13 no­vembre. Qwant Ju­nior existe dans deux ver­sions : Ju­nior.qwant.com, des­ti­née aux pro­fes­seurs et aux élèves, sur la­quelle on se connecte avec un code, et Qwant­ju­nior.com qui est ac­ces­sible gra­tui­te­ment au grand pu­blic. « On ne gagne pas un cen­time avec ce pro­jet. C’est du mar­ke­ting éthique, une fa­çon de mon­trer notre sa­voir-faire », sou­ligne Eric Léan­dri.

« Le mo­teur de re­cherche de Qwant mis au point avec l’Edu­ca­tion na­tio­nale per­met de réa­li­ser une ini­tia­tion des élèves à l’in­for­ma­tion avec des connexions ano­nymes et contrô­lées par des en­sei­gnants ou les res­pon­sables lé­gaux de l’en­fant », se fé­li­cite le mi­nis­tère. Une ini­tia­tive fran­çaise qui coupe l’herbe sous le pied du géant amé­ri­cain Google : ce­lui-ci n’a ja­mais lan­cé son pro­jet Google Kids.

« Même si on est un cancre, on peut réus­sir »

« Il fonc­tionne sur un sys­tème de liste blanche

et de liste noire »

(LP/Oli­vier Aran­del.)

Florian Mo­ra­ta, un en­tre­pre­neur de 30 ans, et Es­telle Zer­bib, une phar­ma­cienne de 36 ans, tous deux vo­lon­taires pour faire par­tie de la ré­serve ci­toyenne, ont hâte d’in­ter­ve­nir au­près des élèves.

La Sor­bonne, Pa­ris (VIe), jeu­di soir.

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