L’en­tour­lou­peur de Daech

Em­pri­son­né en Syrie, Meh­di Ben Saïd, un ex-co­mé­dien ori­gi­naire de Mont­fer­meil, a fait croire au groupe ter­ro­riste qu’il ac­cep­tait de re­par­tir se battre. Une ruse pour s’en­fuir. Il est dé­sor­mais in­car­cé­ré en France.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - An­toi­nette Co­lin, di­rec­trice ar­tis­tique du Point-Vir­gule

IL VOU­LAIT REN­TRER en France. Daech l’a em­pri­son­né. Un men­songe lui a per­mis de s’en­fuir. Le pé­riple ji­ha­diste de Meh­di Ben Saïd, 29 ans, ne res­semble pas aux autres. Le Fran­ci­lien de Mont­fer­meil (Seine-Saint-De­nis) a été ar­rê­té en Tur­quie le 11 no­vembre der­nier, ex­tra­dé, mis en exa­men par un juge pa­ri­sien et pla­cé en dé­ten­tion. Membre d’une fi­lière de ji­ha­distes ori­gi­naires de la même ville et dé­man­te­lée avec son ar­res­ta­tion, cet ex-co­mé­dien pro­met­teur avait pas­sé seize mois dans les rangs du groupe Etat is­la­mique (EI) en Syrie, dont neuf à com­battre, no­tam­ment sur le front de Ko­ba­né. Son éton­nant par­cours, que nous ré­vé­lons, illustre la dif­fi­cul­té de quit­ter l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste et la ruse que cer­tains de ses membres doivent dé­ployer pour y par­ve­nir.

Ar­tiste pré­coce, le jeune Meh­di in­tègre une troupe de co­mé­diens à l’âge de 16 ans avec la­quelle il connaît le suc­cès dans « Ados », une pièce jouée au Point-Vir­gule à Pa­ris. « J’ai le sou­ve­nir de quel­qu’un de tra­vailleur, de simple, as­sez ti­mide, très gen­til, se rap­pelle An­toi­nette Co­lin, di­rec­trice ar­tis­tique de la salle. Il jouait un ado bou­ton­neux, com­plexé par son ap­pa­reil den­taire. On le gri­mait beau­coup pour la pièce, mais sans son ma­quillage, c’était un jo­li gar­çon, avec des traits doux. A la fin, il a eu une vie fa­mi­liale per­tur­bée. Ses pa­rents ont di­vor­cé et il s’est re­trou­vé à de­voir jouer le rôle du chef de famille. Il est de­ve­nu de plus en plus pas­sion­né par la boxe, et quand il a dé­ci­dé de quit­ter la troupe, c’était pour se lan­cer dans ce sport. »

Ra­di­ca­li­sé en quelques mois, Meh­di part pour la Tur­quie en mai 2014, puis gagne le mois sui­vant la ville de Ra­q­qa, le quar­tier gé­né­ral de Daech. « Là, se­lon ses dé­cla­ra­tions, il va su­bir une double for­ma­tion pen­dant un mois et de­mi, d’abord idéo­lo­gique puis mi­li­taire », dé­roule une source ju­di­ciaire. Le Fran­çais oc­cupe d’abord un poste de pa­trouilleur de rue, puis, au mois d’oc­tobre, vient gros­sir les rangs des com­bat­tants qui tentent de s’em­pa­rer de Ko­ba­né, une grande ville du nord de la Syrie. Les af­fron­te­ments op­posent Daech aux militants kurdes lo­caux sou­te­nus par une coa­li­tion qui com­prend les Etats-Unis et l’Ara­bie saou­dite.

La ba­taille, per­due par Daech, en­traîne de lourdes pertes cô­té ji­ha­distes avec la mort de 1 000 à 1 200 sol­dats. Meh­di, lui, dit avoir été bles­sé au com­bat par des éclats de gre­nade. Un in­ci­dent qui l’au­rait dé­ci­dé à ren­trer en France en juillet der­nier. « Il a ex­pli­qué que l’EI n’avait pas ac­cep­té sa dé­ci­sion et l’avait fait pri­son­nier dans une geôle proche de la fron­tière turque », pour­suit un proche du dos­sier. Lors de son au­di­tion de­vant les en­quê­teurs fran­çais, il ne s’épanche pas sur ses condi­tions d’in­car­cé­ra­tion. Après trois mois de dé­ten­tion, il fi­nit par re­cou­vrer la li­ber­té en pré­tex­tant… avoir chan­gé d’avis. « Il a pro­mis qu’il al­lait re­tour­ner au com­bat », ajoute cette même source.

Le men­songe au­da­cieux de Meh­di fonc­tionne et lui per­met de fran­chir la fron­tière turque à pied. Les ser­vices de ren­sei­gne­ments fran­çais, qui sont dé­jà sur ses traces, prennent alors contact avec les au­to­ri­tés d’An­ka­ra. Ces der­nières pro­cèdent à son ar­res­ta­tion dans un sa­lon de coif­fure, où le ji­ha­diste était en train de… se faire gref­fer des im­plants ca­pil­laires. Son in­ter­pel­la­tion est ren­due pu­blique dans les mé­dias lo­caux. Au moins trois autres Fran­çais et un Tu­ni­sien fai­saient par­ti du même ré­seau que Meh­di. Deux ont été ar­rê­tés et mis en exa­men avant lui. Les deux autres au­raient trou­vé la mort au com­bat.

« A la fin, il a eu une vie

fa­mi­liale per­tur­bée. Ses pa­rents ont di­vor­cé

et il s’est re­trou­vé à de­voir jouer le rôle du chef de famille »

(DR.)

Dans «Ados», une pièce au Théâtre du Point-Vir­gule à Pa­ris, Meh­di Ben Saïd (à gauche sur scène) quelques mois, il part se battre dans les rangs de Daech en Syrie en 2014.

jouait un ado com­plexé par son ap­pa­reil den­taire. Ra­di­ca­li­sé en seule­ment

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