Iti­né­raire d’un ga­min pres­sé

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Jean-Pierre Bi­gard, pa­tron du Pa­lais des Glaces John Eled­jam, co­mé­dien CA­THE­RINE BALLE

IL RA­CONTE SOU­VENT l’anec­dote : quand il était pré­ado, Kev Adams se fai­sait ap­pe­ler Bou­boule, Cal­cu­lette et Trident. Dif­fi­cile d’ima­gi­ner que c’est un gar­çon com­plexé par ses ki­los en trop, son ac­né et son ap­pa­reil den­taire à trois bagues qui a don­né nais­sance à ce tou­cheà-tout d’une ai­sance dé­con­cer­tante. Pour­tant, jus­qu’à ses 17 ans, ce ga­min qui a gran­di dans le XIXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, avant de dé­mé­na­ger à Neuilly-sur-Seine, a es­suyé les mo­que­ries et les échecs « pro­fes­sion­nels ». Car il a ten­té sa chance très tôt… Fils d’une mère qui tra­vaille dans la fi­nance et d’un père dans l’im­mo­bi­lier, Kev dé­cide de de­ve­nir co­mé­dien dès l’âge de 7 ans, le jour où il voit Leo­nar­do DiCa­prio dans « Titanic ». Ses pa­rents ne sont pas du sé­rail, mais em­mènent leur re­je­ton dans les cas­tings. En dix ans, Ke­vin Smad­ja (comme « Adams » à l’en­vers et avec un « j ») ne dé­croche qu’un vrai rôle, dans le film « Cours tou­jours », de Dante De­sarthe. Alors le gar­çon se contente de jouer dans son cours de théâtre et de faire rire ses co­pains du ly­cée Pas­teur de Neuilly — qui a aus­si vu gran­dir Fran­çois Hol­lande et la troupe du Splen­did.

Fan de Gad El­ma­leh, de Ja­mel, d’Elie Ka­kou et de Mi­chel Cour­te­manche, Kev imite ses idoles et écrit dans un cahier les vannes ins­pi­rées du quo­ti­dien : l’école, sa mère ou les filles. A 17 ans, il teste ses sketchs sur les scènes ou­vertes pa­ri­siennes. Il y ren­contre celle qui va lan­cer sa car­rière : la pro­duc­trice Eli­sa Sous­san. « Je l’ai re­mar­qué dès qu’il est mon­té sur scène, ex­plique l’in­té­res­sée. Il dé­ga­geait quelque chose de fort. Et il avait un sens de l’ob­ser­va­tion in­croyable. » En quelques mois, l’ado se re­trouve au Temple (Pa­ris XIe), puis au Pa­lais des Glaces (Pa­ris Xe). Très vite, le spec­tacle af­fiche com­plet.

« Kev a un don : le cha­risme, com­mente Jean-Pierre Bi­gard, pa­tron du Pa­lais des Glaces. Quand il ar­rive quelque part, tous les re­gards se portent sur lui. » Ses proches y croient et lui aus­si. « A cette époque, j’avais 50 000 abon­nés sur Fa­ce­book et lui 10 000, mais il me di­sait en ri­go­lant Je vais t’écla­ter », ra­conte son amie l’ex-Miss France Ma­li­ka Mé­nard. Ma­lin, hy­per­ac­tif sur les ré­seaux so­ciaux, Kev bluffe par sa ma­tu­ri­té. « Lors­qu’il pre­nait la pa­role dans les réunions de production, on avait l’im­pres­sion d’avoir quel­qu’un qui avait trente ans de mé­tier en face de soi », se sou­vient Jean-Pierre Bi­gard.

Kev Adams dé­croche son bac L, s’ins­crit en droit, mais ne met­tra ja­mais les pieds à la fac. Le jeune homme rem­plit dé­jà les Zé­nith, tourne sa sé­rie « So­da » et, à par­tir de 2013, le ci­né­ma le de­mande. Il avance vite, por­té par deux mo­teurs : le cu­lot et la dé­ter­mi­na­tion. Lors­qu’il va voir Gad El­ma­leh sur scène, il l’at­tend pour lui dire qu’il l’ad­mire. Aux NRJ Mu­sic Awards, il fait rire Black M dans les loges… Il bosse jour et nuit. « C’est l’ar­tiste le plus tra­vailleur que j’aie ja­mais ren­con­tré, as­sure Gad. Tu as ren­dez-vous avec lui à 10 heures, il ar­rive à 9 h 50 et garde son por­table éteint pen­dant tout l’en­tre­tien. » « Les gens me disent sou­vent que j’ai l’air d’un ro­bot tel­le­ment je bosse, sou­rit Black M. Mais à cô­té de Kev, c’est rien. »

Rien ne semble im­pos­sible à Kev. « Quand il a com­men­cé à me par­ler de Voi­là, voi­là, son deuxième one­man-show, ra­conte son met­teur en scène Serge Ha­za­na­vi­cius (le frère de Mi­chel, réa­li­sa­teur de The Ar­tist), il m’a dit : Je veux mar­cher au pla­fond à la fin »… Et l’hu­mo­riste l’a fait. John Eled­jam, qui fait sou­vent les pre­mières par­ties du co­mé­dien, uti­lise le même mot : « Kev est en per­ma­nence à l’af­fût d’un nou­veau rêve. Au bu­reau, c’est tou­jours l’ef­fer­ves­cence. »

De­puis deux ans, la star des cours de ré­cré est de­ve­nue pro­duc­teur. Il planche sur des pro­jets té­lé et ci­né­ma (son pre­mier film, « Amis pu­blics », réa­li­sé par le co­au­teur de ses spec­tacles Edouard Plu­vieux, sor­ti­ra en fé­vrier). As­so­cié à Eli­sa Sous­san, l’ar­tiste tra­vaille aus­si avec sa mère, Na­tha­lie. Il a be­soin de sa garde rap­pro­chée : il ne se dé­place pas sans son as­sis­tant, chauf­feur et garde du corps Da­vid Bi­gard (le neveu de Jean-Ma­rie et de Jean-Pierre) et est tou­jours flan­qué de co­pains de ly­cée.

« Kev a be­soin de par­ta­ger son suc­cès », ex­plique Thier­ry Col­by, réa­li­sa­teur de « la Fa­bu­leuse His­toire de Kev Adams ». Se­lon lui, cet en­tou­rage fait la force de l’ar­tiste : « Quand il a joué à l’île Mau­rice, il y avait une telle hys­té­rie que ça m’a fait pen­ser aux concerts des Beatles… Mais dès que Kev est ren­tré dans la voi­ture, il a dit à ses potes Ça vous dit d’al­ler au McDo ? » Si tous ses proches jurent que Kev Adams garde la tête froide, un ob­ser­va­teur émet une mise en garde : « Même les gens qui tra­vaillent avec lui sont béats d’ad­mi­ra­tion. Ça, ça peut être dan­ge­reux. »

« Kev a un don :

le cha­risme » « Kev est en per­ma­nence à l’af­fût d’un nou­veau

rêve »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.