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Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - YVES JAEGLÉ

Face à l’ob­jec­tif, sur­tout au tour­nant des XIXe et XXe siècles, les femmes sont tou­jours de­vant. Mo­dèles, man­ne­quins, belles plantes. Ob­jets de dé­sir, pas su­jets. Ja­mais der­rière. « Qui a peur des femmes pho­to­graphes ? » au mu­sée de l’Oran­ge­rie, à Pa­ris, ra­conte une autre his­toire, celle des pion­nières de la pho­to­gra­phie, de 1839 à 1919, des parcs des mai­sons vic­to­riennes an­glaises aux champs de ba­taille de la Pre­mière Guerre mon­diale, avec les pre­mières re­por­trices.

Hommes nus à leur toi­lette

Le charme de cette ex­po­si­tion en consti­tue aus­si le pe­tit dé­faut : 75 pho­to­graphes en quelques salles, ça donne le tour­nis. Mais on voit ap­pa­raître puis se trans­for­mer une pra­tique, d’abord ama­teur, d’al­bums de famille où la pho­to rem­place l’aqua­relle dans les loi­sirs fé­mi­nins, jus­qu’à une prise de pou­voir. Cer­taines s’em­parent de la tech­nique, réa­lisent des por­traits splen­dides, his­to­riques, comme ce­lui de Dar­win. Les femmes s’en­har­dissent et re­tournent les cli­chés, comme ces images d’hommes nus à leur toi­lette… Ger­trude Kä­se­bier est l’unique femme à pho­to­gra­phier Ro­din, un por­trait très sen­sible, moins of­fi­ciel. Il en a fal­lu, de la di­plo­ma­tie, pour que le sculp­teur ac­cepte, mais ils de­vien­dront amis. Christina Bloom fixe les pre­mières suffragettes qui se battent pour le droit de vote à Londres en 1909. Leurs ma­ris ont mis un ap­pa­reil pho­to dans les mains de leurs épouses bour­geoises pour les chan­ger de la cou­ture. Elles en ont fait une arme de libération. Elles shootent, tirent, ré­vèlent.

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