La grande classe jus­qu’au bout

« Down­ton Ab­bey » ouvre son ul­time sai­son ce soir à 20 h 55 sur TMC. Ce ta­bleau tendre et cruel de l’aris­to­cra­tie an­glaise tire sa ré­vé­rence avec brio, après six ans sans faux pas.

Le Parisien (Paris) - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - CHAR­LOTTE MO­REAU

POUR UNE FOIS, on n’était pas si pres­sés de la voir dé­bar­quer sur TMC… Parce que cette fois-ci, c’est fi­ni. « Down­ton Ab­bey » fer­me­ra ses portes à l’is­sue de la sixième sai­son lan­cée ce soir à 20 h 55. Neuf épi­sodes pour dire adieu à la famille Craw­ley et à ses do­mes­tiques, neuf épi­sodes où l’idée du temps qui passe et des temps qui changent — cen­trale dans la sé­rie — ré­son­ne­ra dou­ble­ment. n « Ceux d’en haut » et « ceux d’en bas ». C’était la trou­vaille ex­quise de « Down­ton Ab­bey » : une in­trigue à deux étages, pour suivre la vie quo­ti­dienne d’un ma­noir an­glais du cô­té des maîtres comme de ce­lui des ser­vi­teurs. En bras­sant une quin­zaine de per­son­nages prin­ci­paux, et en bros­sant le ta­bleau d’une époque de mu­ta­tion pour l’aris­to­cra­tie an­glaise (19121925), entre lutte des classes et éman­ci­pa­tion fé­mi­nine (voir ci­des­sous). n La re­vanche des gen­tils. A son lan­ce­ment en 2010, « Down­ton Ab­bey » dé­boule comme un chien dans un jeu de quilles sur la pla­nète sé­ries, qui ne jure alors que par les an­ti­hé­ros, de « Dex­ter » à « Brea­king Bad » ou « Mad Men ». A contre-cou­rant des pro­duc­tions sombres et réa­listes du mo­ment, « Down­ton » im­pose son ton sé­millant, son do­maine à l’herbe tou­jours verte et la bien­veillance de ses per­son­nages. Chez le comte et la com­tesse de Gran­tham, on peut avoir sale ca­rac­tère mais on a tou- jours bon coeur. On per­sifle, mais presque comme un sport, une hy­giène de vie qui garde l’es­prit vif et les conver­sa­tions plus alertes. Fa­cile à dire, plus dif­fi­cile à faire. Pour dis­til­ler le juste gram­mage de cruau­té dans ce bain de ten­dresse, il faut une pré­ci­sion d’hor­lo­ger. Qui porte un nom : Ju­lian Fel­lowes, le scé­na­riste du « Gos­ford Park » de Ro­bert Alt­man, qui a su­per­vi­sé l’in­té­gra­li­té des épi­sodes. n Six ans d’idylle. Quand vous êtes en­trée dans « le Livre Guin­ness des re­cords » dès votre pre­mière sai­son, en tant que « sé­rie la plus ac­cla­mée de l’his­toire de la cri­tique » ( sic), que reste-t-il à convoi­ter pen­dant les cinq ans qui suivent ? Le plus ar­du : main­te­nir l’amour presque fa­mi­lial qui lie les té­lé­spec­ta­teurs aux per­son­nages. Prendre le pu­blic par les sen­ti­ments, en sa­chant jus­qu’où le mal­me­ner.

« Down­ton Ab­bey » a vu dis­pa­raître deux de ses per­son­nages prin­ci­paux — Sy­bil, la ben­ja­mine des Craw­ley puis Mat­thew, l’hé­ri­tier du do­maine — en re­dis­tri­buant ha­bi­le­ment les cartes dans la fou­lée. Dans les deux cas, les co­mé­diens sou­hai­taient quit­ter la sé­rie. Et dans les deux cas, la production a his­sé haut le dra­peau du mé­lo, les fai­sant mou­rir bru­ta­le­ment pour mieux re­lan­cer ses in­trigues. Bien­veillance rime aus­si avec ré­si­lience... Il n’y a pas que « Game of Th­rones » qui sache sa­cri­fier ses héros. nLa re­traite au top. Là en­core, c’est toute l’élé­gance de « Down­ton Ab­bey » que de sa­voir ti­rer sa ré­vé­rence au som­met. On n’au­ra même pas eu le temps de convo­quer le spectre de la sai­son de trop. Avec un flegme tout bri­tan­nique, la sé­rie s’éclipse di­gne­ment, sans s’ac­cro­cher à son fau­teuil, avec une sorte d’ins­tinct du bon ti­ming. Et convoque en ca­deau d’adieu, dans sa vo­lée de nou­veaux épi­sodes, les thèmes les plus por­teurs de la sé­rie. L’hos­ti­li­té entre les hé­ri­tières Ma­ry et Edith, l’am­bi­tion des do­mes­tiques et les passes d’armes entre les doyennes, La­dy Vio­let, la com­tesse douai­rière (éblouis­sante Mag­gie Smith) et La­dy Iso­bel, sa meilleure en­ne­mie pro­gres­siste.

9 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs bri­tan­niques étaient au ren­dez-vous dé­but no­vembre pour suivre l’avant-der­nier épi­sode, en at­ten­dant avec fé­bri­li­té l’épi­logue du spé­cial Noël pré­vu le 25 dé­cembre outre-Manche. Les Fran­çais, eux, n’au­ront pas à ron­ger leur frein. TMC a ac­cé­lé­ré son ca­len­drier de dou­blage pour dif­fu­ser le tout sans temps mort. Ça aus­si, c’est sa­voir soi­gner sa sor­tie.

(DR.)

L’ac­trice Mag­gie Smith éblouit dans le rôle de la com­tesse douai­rière la­dy Vio­let.

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