Tout le monde joue gros

Le pre­mier tour des élec­tions ré­gio­nales se dé­roule alors que le pays est en état d’ur­gence. De quoi don­ner à ce scru­tin une por­tée na­tio­nale où la par­ti­ci­pa­tion se­ra dé­ter­mi­nante.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DI­DIER MICOINE

C’EST UNE ÉLEC­TION hors du com­mun dont le 1er tour se dé­roule au­jourd’hui en France. Trois se­maines après les ter­ribles at­ten­tats de Pa­ris et Saint-De­nis qui ont pro­fon­dé­ment mar­qué le pays — et don­né un coup d’ar­rêt à la cam­pagne —, ces ré­gio­nales ont lieu alors que l’état d’ur­gence reste en vi­gueur sur tout le ter­ri­toire. Le scru­tin va don­ner nais­sance à treize nou­velles grandes ré­gions — dont les com­pé­tences exactes sont en­core à dé­fi­nir — is­sues de la ré­forme ter­ri­to­riale vou­lue par Fran­çois Hol­lande. Mais l’en­jeu, à l’is­sue du se­cond tour, le 13 dé­cembre, se­ra sur­tout d’ordre na­tio­nal. Il s’agit des der­nières élec­tions avant la pré­si­den­tielle de 2017 et la nou­velle carte des ré­gions per­met­tra aus­si de me­su­rer les équi­libres po­li­tiques avant la pri­maire de la droite et du centre, en no­vembre 2016.

Seule cer­ti­tude, la gauche qui avait triom­phé lors des ré­gio­nales de 2010 et di­ri­geait vingt et une des vingt­deux ré­gions en mé­tro­pole, va su­bir une nou­velle dé­faite élec­to­rale. La dé­fiance à l’égard de la po­li­tique du gou­ver­ne­ment reste forte, et les der­niers chiffres du chô­mage sont ca­la­mi­teux. Mais, à l’Ely­sée et au PS, on es­père que l’onde de choc des at­ten­tats (qui, pour le chef de l’Etat, s’est tra­duite par une hausse spec­ta­cu­laire de po­pu­la­ri­té) au­ra un im­pact sur les élec­teurs de gauche et per­met­tra de li­mi­ter la casse. Ces der­niers jours, Ma­nuel Valls et les di­ri­geants du PS n’ont pas mé­na­gé leurs ef­forts pour ten­ter de mo­bi­li­ser contre la per­cée an­non­cée de l’ex­trême droite. Fa­vo­ri­sé par la crise des mi­grants puis par les at­ten­tats, le Front na­tio­nal, don­né très haut dans les son­dages, semble en me­sure pour la pre­mière fois de rem­por­ter une voire plu­sieurs ré­gions. Pour Ma­rine Le Pen, ce se­rait un trem­plin pour 2017. Une vic­toire du FN se­rait en re­vanche un échec pour Ni­co­las Sar­ko­zy, qui s’ef­force de pré­sen­ter les Ré­pu­bli­cains comme la seule al­ter­na­tive cré­dible à la gauche.

Dans un contexte aus­si an­xio­gène et alors que la cou­pure entre les Fran­çais et la po­li­tique semble béante, le score du FN et la par­ti­ci­pa­tion sont les deux grandes in­con­nues de ce 1er tour. L’abs­ten­tion n’a ces­sé d’aug­men­ter au fil des pré­cé­dentes ré­gio­nales et le nou­veau dé­cou­page, contes­té dans plu­sieurs de ces grandes ré­gions, pour­rait ag­gra­ver le phé- no­mène. Signe po­si­tif, il y a eu un sur­saut d’ins­crip­tions sur les listes élec­to­rales avant la clô­ture, fin sep­tembre. Mais que l’abs­ten­tion soit éle­vée ou pas, il fau­dra at­tendre le se­cond tour, di­manche pro­chain, pour connaître le ré­sul­tat des courses. Si, ce soir, le FN est bien en si­tua­tion de rem­por­ter des ré­gions, l’entre-deux-tours s’an­nonce mou­ve­men­té. Avec, dans les états-ma­jors, le re­tour en force du dé­bat sur le front ré­pu­bli­cain.

Un entre-deux-tours qui s’an­nonce mou­ve­men­té

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