Elle fait dan­ser les stars

CO­MÉ­DIE MU­SI­CALE. Stro­mae et Ch­ris­tine and The Queens s’ar­rachent ses cho­ré­gra­phies. Ma­rion Mo­tin danse et fait dan­ser les stars, même Ma­don­na.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - EM­MA­NUEL MAROLLE (AVEC ÉRIC BU­REAU) @ema­rolle

ÇA TIENT à peu de choses une vo­ca­tion. Dans le cas de Ma­rion Mo­tin, tout a com­men­cé avec un chien qui lape dans une ga­melle. « J’avais à peine 2 ans, as­sise dans ma chaise de bé­bé. Je l’en­ten­dais boire et je bou­geais la tête à son rythme. » Et voi­là com­ment on de­vient dan­seuse et cho­ré­graphe. Celle que tout le monde s’ar­rache. Les clips et le show de Ch­ris­tine and The Queens, c’est elle, ceux de Stro­mae aus­si. Et de­puis quelques se­maines l’ar­tiste de 34 ans donne un coup de fouet aux co­mé­dies mu­si­cales grâce à des ta­bleaux épous­tou­flants ima­gi­nés pour « Ré­siste », le spec­tacle au­tour du ré­per­toire de France Gall et Mi­chel Ber­ger. « C’est toute mon en­fance ces chan­sons. On écou­tait ça à la mai­son. J’ai dan­sé ga­mine sur El­la, elle l’a ou la Grou­pie du pia­niste. »

Ma­rion re­vient sou­vent à cette en­fance où tout était dé­jà écrit. « J’ai par­lé tard, je me fai­sais com­prendre avec mon corps. Ma mère se di­sait : quel est ce gros bé­bé bi­zarre : ar­tiste ou au­tiste ? » La ma­man ne s’in­quiète pas et lui offre l’al­bum « Off the Wall » de Mi­chael Jack­son. « J’écou­tais ça en boucle à 4 ans. Puis j’ai vu ses clips. Je fai­sais des cho­rés dans ma chambre en di­sant des trucs un peu dingues genre pique, coeur, trèfle. »

Car dans la famille Mo­tin, on est plu­tôt du genre ori­gi­nal. « Quand mes pa­rents ont di­vor­cé, ma grande soeur Mar­gaux (NDLR : de­ve­nue une illus­tra­trice dé­coif­fante) et moi sommes par­tis vivre avec ma mère. Elle était ins­ti­tu­trice puis a tra­vaillé dans le monde de la mode, a été at­ta­chée de presse pour des peintres. On vi­vait dans le quar­tier chi­nois. Elle fai­sait des pâtes aux restes avec ce qu’on ré­cu­pé­rait des re­pas pré­cé­dents. Mais on ne man­quait de rien. Il y avait tou­jours des ar­tistes chez nous. Alors que pour mon père, cadre en en­tre­prise, il fal­lait bos­ser, étu­dier, ma mère m’in­ci­tait à faire une école de co­mé­die. »

Mais son truc à Ma­rion, c’est la danse hip-hop, entre potes, d’abord « dans la rue, dans les centres com­mer­ciaux ». « C’est vi­tal pour moi. Si­non, je se­rai de­ve­nue psy­cho­pathe ou dé­pres­sive. J’ai be­soin d’éva­cuer, de net­toyer mes hu­meurs. Ça m’ar­rive de dan­ser dans la rue. Ce ma­tin, c’était au vo­lant de ma voi­ture en écou­tant Car­men. » Pour­tant, son pre­mier vrai cas­ting en 2000 re­lève du ha­sard. « J’ac­com­pa­gnais mon pe­tit ami de l’époque à une au­di­tion pour le film de Blan­ca Li le Dé­fi. Elle cher­chait aus­si des filles, m’a de­man­dé si je vou­lais pas­ser un es­sai. Et j’ai été prise.C’était mon pre­mier gros job. » Il y en au­ra d’autres, avec sa pre­mière com­pa­gnie de danse Nasty, avec des chan­teurs de va­rié­té comme M.Po­ko­ra. « C’était la ré­créa­tion, tu dan­sais 4 mi­nutes à la té­lé et tu avais un ca­chet, se sou­vient-elle. On était bien payés. Même chose en tour­née, on dor­mait dans des beaux hô­tels, c’était la co­lo­nie de va­cances. » M.Po­ko­ra se sou­vient d’un ca­rac­tère bien trem­pé. « Ma­rion était dé­jà une su­per­dan­seuse, très po­ly­va­lente, ca­pable de pas­ser du hip-hop à la femme fa­tale sur des ta­lons. Elle a une ges­tuelle très per­son­nelle. Au­jourd’hui, quand je vois cer­tains dan­seurs, je me dis : ils font du Ma­rion. Et puis elle ne se laisse pas mar­cher sur les pieds. Elle était la pre­mière à ré­pondre quand ça chauf­fait dans les boîtes où l’on sor­tait après les concerts. » L’es­prit sans doute des bat­tles, ces com­bats de hip-hop qui ont nour­ri la sé­rie de films « Street Dance » où des mil­lions de spec­ta­teurs ont pu voir Ma­rion Mo­tin dan­ser. A com­men­cer par Ma­don­na. « J’avais tra­vaillé avec ses cho­ré­graphes dans le film Street Dance 2. J’ai été in­vi­tée à une au­di­tion pri­vée avec vingt autres dan­seurs cinq jours à New York pour la pré­pa­ra­tion de son pro­chain spec­tacle. » Ma­don­na l’en­gage pour sa tour­née « MDNA » en 2012 qui l’em­mène pen­dant un an à tra­vers le monde. « Elle est très proche des dan­seurs. J’ai même pu tra­vailler sur la cho­ré­gra­phie d’une des chan­sons du show. C’était dingue. » On ima­gine qu’il y a eu un avant et un après pour la dan­seuse. « Cu­rieu­se­ment non », s’étonne-t-elle.

« J’ai be­soin d’éva­cuer. Ça m’ar­rive de dan­ser

dans la rue. »

Le dé­clic a lieu en 2014 avec Stro­mae et leur pre­mière col­la­bo­ra­tion sur « Pa­paoua­tai ». Le clip, vu plus de 300 mil­lions de fois, a au­tant mar­qué que la chan­son. « C’est son di­rec­teur ar­tis­tique qui nous a pré­sen­tés. Stro­mae, c’est un dan­seur su­per parce qu’il est libre dans son corps. Il fait ce qu’il veut quand il veut, à l’ins­tinct. » Pour elle, le corps ne ment pas. « Un bon dan­seur, c’est un dan­seur que je ne vois pas dan­ser, chez qui je ne re­père pas les codes, les tics. »

Pas éton­nant qu’elle ait aus­si em­bal­lé l’aven­tu­reuse Ch­ris­tine and The

Queens : « J’ai dé­cou­vert Ma­rion en al­lant sur le blog BD de sa soeur Mar­gaux qui par­lait d’elle. Une fille qui danse comme un mec, j’ai ado­ré. Moi, je ne vou­lais jus­te­ment pas dan­ser comme une fille. Elle a un style re­con­nais­sable entre mille. »

Ma­rion Mo­tin gagne beau­coup d’ar­gent… ou pas, « 400 € un mois, 15 000 € le mois sui­vant. Tout dé­pend des pro­jets. » Mais sur­tout, elle adore dan­ser et faire dan­ser les autres. Elle rê­ve­rait de pro­po­ser une cho­ré­gra­phie à Leo­nar­do DiCa­prio. « De­puis que je l’ai vu dans le Loup de Wall Stree­toù il des­cend de sa voi­ture com­plè­te­ment dé­fon­cé. » D’ici là, elle pré­pare son propre spec­tacle, en­vi­sage de re­ve­nir en so­lo sur scène. Et le reste ? « Pour l’ins­tant, il n’y a pas de place, mais j’en fe­rai un jour, j’ai très en­vie d’être ma­man, j’adore être amou­reuse, mais il fau­dra que ce soit quel­qu’un de pas­sion­né d’ha­bi­té. Si­non, il ne com­pren­dra pas. »

« Elle a un style re­con­nais­sable entre mille »

Ch­ris­tine and The Queens

(LP/Jean-Bap­tiste Quen­tin.)

Ma­rion Mo­tin.

(LP/Jean-Bap­tiste Quen­tin.)

La cho­ré­graphe Ma­rion Mo­tin, 34 ans, est dé­crite par M.Po­ko­ra comme «une dan­seuse très po­ly­va­lente, ca­pable de pas­ser du hip-hop à la femme fa­tale sur des ta­lons».

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