L’ap­pel de Lino Ven­tu­ra tou­jours d’ac­tua­li­té

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Ch­ris­tophe Las­serre-Ven­tu­ra CH­RIS­TINE MATEUS

IL Y A TOUT JUSTE cin­quante ans, le 6 dé­cembre 1965, un cri, étouf­fé par la pu­deur, bou­le­ver­sait la France. Lino Ven­tu­ra, cos­tume sombre et cra­vate sur che­mise blanche, dé­fiait du re­gard les ca­mé­ras de l’ORTF. Ce n’était pas pour la pro­mo­tion d’un film. A une heure de grande écoute, cette icône du ci­né­ma fai­sait une confes­sion, d’abord : celle d’être le père d’une en­fant han­di­ca­pée men­tale, une en­fant « pas comme les autres », pour re­prendre son pro­pos d’alors. « Des en­fants que l’écri­vain Simone Saint-Clair a ap­pe­lés des anges in­com­pris et que la mé­de­cine ap­pelle les en­fants in­adap­tés. Si j’ai pris le par­ti de sou­le­ver le voile sur ce pro­blème, c’est parce que je sais que la so­cié­té ne peut plus l’igno­rer, ne doit plus l’igno­rer », pré­vient l’ac­teur.

Cette mise en avant, si peu cou­tu­mière du per­son­nage, avait plu­sieurs ob­jec­tifs : dé­non­cer le man-

« L’in­ter­ven­tion de mon grand-père a fait bou­ger les lignes »

que de consi­dé­ra­tion en­vers les han­di­ca­pés men­taux et l’iso­le­ment des fa­milles. Il in­vi­tait les Fran­çais à se re­trous­ser les manches pour l’ai­der à créer une struc­ture per­met­tant de les ac­cueillir. Six mois plus tard l’as­so­cia­tion Perce-Neige* était née. « Ce­la a été un élec­tro­choc à l’époque. C’était le temps où il n’y avait que deux chaînes de té­lé­vi­sion. Elle a d’au­tant plus mar­qué les es­prits que la pa­role de mon grand-père était rare », té- moigne son pe­tit-fils, Ch­ris­tophe Las­serre-Ven­tu­ra, l’ac­tuel pré­sident de l’as­so­cia­tion Perce-Neige, qui gère au­jourd’hui une tren­taine d’éta­blis­se­ments spé­cia­li­sés.

Une cam­pagne #TousA­vecLi­no vient d’être lan­cée à l’oc­ca­sion de ce cin­quan­tième an­ni­ver­saire, met­tant en scène une qua­ran­taine d’ar­tistes par­mi les­quels Jean Du­jar­din, Fran- çois Clu­zet, Za­bou Breit­man, Pa­trick Bruel ou en­core Bru­no So­lo, qui prête sa voix à un spot ra­dio. Une cam­pagne pour rap­pe­ler que l’ap­pel de Lino Ven­tu­ra reste d’ac­tua­li­té. Au­jourd’hui, la France compte 3,5 mil­lions de per­sonnes en si­tua­tion de han­di­cap, et pour 20 % d’entre elles c’est un han­di­cap men­tal.

« Dans les an­nées 1960, on ca­chait ces en­fants. C’était hor­rible. L’in­ter­ven­tion de mon grand-père a fait bou­ger les lignes et, heu­reu­se­ment, le re­gard de notre so­cié­té sur eux a chan­gé, mais il manque tou­jours 45 000 places en France pour les ac­cueillir », pour­suit Ch­ris­tophe Las­serre-Ven­tu­ra. A la fin de son ap­pel, Lino Ven­tu­ra évoque la so­li­tude des proches, en re­la­tant un pe­tit dé­jeu­ner où il leur an­non­çait qu’il en­vi­sa­geait « de faire quelque chose ». « Tous les pa­rents m’ont re­gar­dé et moi j’ai en­core dans mes yeux leurs re­gards. Il faut que je réus­sisse. Voi­là. Mer­ci. »

*www.perce-neige.org.

(Jean-Ma­rie Pe­rier.)

Il y a cin­quante ans, Lino Ven­tu­ra lan­çait son ap­pel en fa­veur des en­fants han­di­ca­pés men­taux de­vant les ca­mé­ras de l’ORTF (en mé­daillon). Au­jourd’hui, une nou­velle cam­pagne est lan­cée pour pour­suivre son com­bat.

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