Aca, vic­time ou­bliée du Stade de France

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Aca Pav­lo­vic SÉ­BAS­TIEN THO­MAS

LE DÉ­BIT est ra­pide. In­in­ter­rom­pu. Aca Pav­lo­vic a be­soin de par­ler, be­soin de prou­ver qu’il est tou­jours vi­vant. Le cha­pe­let qu’il tri­pote ner­veu­se­ment rap­pelle à quel point il est « mi­ra­cu­lé ». Aca a été griè­ve­ment bles­sé par le troi­sième ter­ro­riste qui s’est fait ex­plo­ser près du McDo­nald’s, à quelques mètres du Stade de France, le 13 no­vembre. Hos­pi­ta­li­sé au Krem­lin-Bicêtre (Valde-Marne), cet ha­bi­tant de Noi­sy-le­Sec (Seine-Saint-De­nis) re­vient, pour la pre­mière fois, sur sa nuit de cau­che­mar et les consé­quences.

Aca s’est re­mis à mar­cher il y a à peine cinq jours. Juste quelques pas. Mais très vite, la tête tourne et il doit se ral­lon­ger. « La se­maine der­nière, j’ai es­sayé de lire, mais j’ai dû tel­le­ment me concen­trer que je me suis éva­noui. » Ce Fran­co-Serbe, fan du PSG, a re­çu plu­sieurs bou­lons dans le ventre, la tête et les jambes. L’explosion l’a ren­du sourd de l’oreille droite. Son bras le fait énor­mé­ment souf­frir dès qu’il le bouge, il a eu un doigt ar­ra­ché que les mé­de­cins ont pu re­coudre. Une longue opé­ra­tion a été né­ces­saire pour lui re­ti­rer un bou­lon de l’es­to­mac, les chi­rur­giens viennent de lui ôter les 23 agrafes.

« La dou­leur est là, mais je suis vi­vant et ça, c’est une chance in­croyable. » Sa femme en a eu beau­coup moins. At­teinte au cer­veau par un bou­lon, elle risque de de­ve­nir hé­mi­plé­gique et fi­nir sa vie en fau­teuil rou­lant. « On m’a lais­sé la voir deux mi­nutes, j’étais fou de cha­grin. J’ai même vou­lu me foutre en l’air, mais mes co­pains m’ont rai­son­né. »

Le soir du drame, Aca et sa femme ain­si qu’une par­tie de leur famille vendent des écharpes à l’en­trée du stade. « Les sup­por­teurs étaient ren­trés, je me suis di­ri­gé vers ma voi­ture, ga­rée à quelques mètres du McDo pour ran­ger le reste du stock. On ne com­pre­nait pas ce qu’il se pas­sait, il y avait eu dé­jà deux ex­plo­sions, les po­li­ciers cou­raient dans tous les sens. J’al­lume une ci­ga­rette et là, boum, je me re­trouve par terre. C’est comme si une chape de plomb d’une tonne s’abat­tait sur moi. » Aca pense que le ter­ro­riste n’était qu’à 4 ou 5 m de lui. Les voi­tures sta­tion­nées entre l’homme qui s’est fait ex­plo­ser et lui, lui ont pro­ba­ble­ment sau­vé la vie. « Quand j’ai rou­vert les yeux, j’ai vu la tête du ter­ro­riste, ar­ra­chée de son corps, au pied de ma pe­tite cou­sine. De­puis, elle ne dort plus et fait des cau­che­mars. J’ai ap­pe­lé ma femme, mais il n’y avait que le si­lence. J’ai réus­si à mar­cher quelques mètres et un po­li­cier m’a fait as­seoir. C’est là que j’ai vu que j’avais plein de sang. » Aca est trans­por­té dans le cou­loir de l’hô­tel For­mule 1, trans­for­mé en centre sa­ni­taire de tri entre les bles­sés les plus griè­ve­ment at­teints. Il perd connais­sance. Il res­te­ra plu­sieurs jours en ré­ani­ma­tion.

Les jours pas­sant, il se re­met peu à peu. Mais il dé­couvre aus­si qu’on ne parle qua­si­ment pas des bles­sés du Stade de France. « C’est comme si les mé­dias di­saient qu’on n’exis­tait pas. Comme si les vic­times de Pa­ris étaient plus im­por­tantes que nous. Je ne veux pas de mé­dailles mais juste être consi­dé­ré comme les autres. J’ai même dit aux mé­de­cins qu’ils au­raient dû me lais­ser mou­rir, alors peut-être qu’on au­rait par­lé de ce qui s’est pas­sé au Stade. » Le coup de grâce vien­dra lors de la cé­ré­mo­nie d’hommages aux In­va­lides. « Per­sonne ne m’a in­vi­té. J’au­rais tel­le­ment vou­lu y al­ler. J’ai pleu­ré comme un gosse de­vant ma té­lé. Je ne com­prends pas pour­quoi je ne pou­vais pas par­ta­ger ce mo­ment avec toutes les autres vic­times ! » Aca veut al­ler de l’avant : « J’ai par­don­né au pauvre ga­min qui s’est fait sau­ter, il a été ma­ni­pu­lé ! L’is­lam n’est pas une re­li­gion guer­rière. » Et il ima­gine dé­jà sa sor­tie. Avec un pro­jet très pré­cis : « Je rêve de ren­con­trer Nas­ser Al-Khe­laï­fi, le pré­sident du PSG, car je vou­drais ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion de des­si­ner une écharpe aux cou­leurs du club. Et je vou­drais que les bé­né­fices de la vente puissent re­ve­nir aux vic­times des at­ten­tats. »

« J’ai ap­pe­lé ma femme, mais il n’y avait que le si­lence »

VI­DÉO

Le té­moi­gnage d’Aca

le­pa­ri­sien.fr

(LP/Oli­vier Le­jeune.)

Le Krem­lin-Bicêtre (Val-de-Marne), ven­dre­di. Aca Pav­lo­vic s’est re­mis à mar­cher il y a tout juste cinq jours. Lui et sa femme ven­daient des écharpes du PSG à l’en­trée du Stade de France lors­qu’un troi­sième ka­mi­kaze s’est fait sau­ter. ils ont tous les deux été griè­ve­ment bles­sés.

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