Les vieux films s’offrent un coup de jeune

Alors qu’un ci­né­ma flam­bant neuf ne pré­sente que des clas­siques à Pa­ris, un site In­ter­net per­met aus­si de vi­sion­ner 150 grands films du XXe siècle.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - YVES JAEGLÉ

« VOUS VOU­LEZ une pe­tite ban­quette à deux ? » Nous ne sommes pas au théâtre ou dans un mul­ti­plexe, mais aux Fau­vettes, der­rière la place d’Ita­lie (Pa­ris XIIIe), un ci­né­ma qui ne passe que des vieux films. Mais un ci­né­ma tout neuf, avec écran géant cli­gno­tant comme des dé­co­ra­tions de Noël à l’ex­té­rieur, des boi­se­ries im­pec­cables, du ve­lours rouge par­tout, sans la moindre pous­sière. Et un ou­vreur qui vous place comme à l’opé­ra, sièges nu­mé­ro­tés sans sup­plé­ment de prix. L’an­cien Gau­mont Go­be­lins, re­bap­ti­sé les Fau­vettes, est en train de ga­gner son pa­ri a prio­ri dé­mo­dé à l’heure du Blu-ray et des té­lé­vi­seurs HD, un mois jour pour jour après sa ré­ou­ver­ture : que des films an­ciens à l’af­fiche, comme cer­taines pe­tites salles du quar­tier La­tin, mais dans les condi­tions d’un com­plexe so­phis­ti­qué, avec bar, sa­lon et ca­na­pés pour dis­cu­ter.

Ce di­manche 29 no­vembre à 16 heures, am­biance « la Der­nière Séance » d’Ed­dy Mit­chell, chan­son et an­cienne émis­sion de France 3 dé­diée au ci­noche d’au­tre­fois. « Je suis un fan d’Ed­ward G. Ro­bin­son », lance au ven­deur un sexa­gé­naire qui prend son ti­cket pour « So­leil vert », un film de science-fic­tion de 1973. Est-ce l’ef­fet ci­né-club ? On s’as­soit et nos voi­sins nous lancent un so­nore « Bon­jour », pas ha­bi­tuel dans les salles obs­cures. Avant le film — on a choi­si « The Blues Bro­thers » par­mi les 5 salles — les bandes-an­nonces nous té­lé­portent dans les an­nées 1960 ou même avant : « A bout de souffle », « Ma­rius», in­vi­sible au ci­né­ma de­puis cin­quante ans »… La salle ri­gole de­vant les ré­pliques avec l’ac­cent du Mi­di. Le slo­gan du ci­né­ma, « Ver­sions res­tau­rées, émo­tions in­tactes », fonc­tionne à plein.

« The Blues Bro­thers », sor­ti en 1980, on l’avait vu à la té­lé, mais sur grand écran, en co­pie neuve, avec un gros son, les ap­pa­ri­tions chan­tantes de James Brown en prêtre qui élec­trise ses fi­dèles, d’Are­tha Frank­lin en pa­tronne de « di­ner » (sorte de res­tau­rant amé­ri­cain), de John Lee Hoo­ker en mu­si­cien de rue, au­tour du duo John Be­lu­shi et Dan Ay­kroyd rou­lant à tom­beau ou­vert à tra­vers les Etats-Unis, donnent le fris­son. Dans la salle bien rem­plie, on sa­voure, et pas seule­ment les quin­quas. De jeunes couples sont ve­nus, et même trois ados de 14 ans, as­sises en bord de ran­gée, sans les pa­rents. A la sor­tie, l’une mur­mure : « Pour­quoi on dit que c’est nul ? C’est trop bien ce film ! » Elles ont eu rai­son de ne pas écou­ter leurs co­pines. « On aime bien faire des choses dif­fé­rentes », jus­ti­fie Pao­la, qui a trou­vé la mu­sique dé­mente.

Aux Fau­vettes, on ne se la joue pas ci­né­phile bor­né qui ne jure que par Fritz Lang et Jean-Luc Go­dard. On ose « l’As des as », un Bé­bel de l’époque cas­ca­deur, « 100 000 dol­lars au so­leil » avec le même, Lino Ven­tu­ra et Ber­nard Blier, à cô­té d’Hit­ch­cock et « Le crime était presque par­fait ». A l’oc­ca­sion du fes­ti­val Bel­mon­do, Mi­chel Ha­za­na­vi­cius, le réa­li­sa­teur des « OSS » et de « The Ar­tist », vien­dra par­ler d’« A bout de souffle », di­manche pro­chain à 16 heures. On ju­re­rait que la salle af­fi­che­ra com­plet. On peut dé­jà ré­ser­ver sur leur site. Les Fau­vettes, 58, ave­nue des Go­be­lins (Pa­ris XIIIe), ta­rif : 6 € avec carte de fi­dé­li­té gra­tuite. Site : www.ci­ne­ma­les­fau­vettes.com.

Un ci­né­ma vi­vant : dans l’une des cinq salles feu­trées de ve­lours rouge, l’Ecole in­ter­na­tio­nale de co­mé­die mu­si­cale don­nait un spec­tacle

avant le film « Grease ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.