Le Front na­tio­nal dé­ferle sur les ré­gions

Ar­ri­vé en tête dans six ré­gions, le par­ti de Ma­rine Le Pen pour­rait en rem­por­ter trois di­manche pro­chain.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - NA­THA­LIE SCHUCK ET HEN­RI VER­NET

JA­MAIS LE FN n’a été aus­si près du pou­voir. Certes, les ré­gions ne sont pas l’Ely­sée. Mais si c’était le 1er tour de la pré­si­den­tielle qui s’était joué hier soir, Ma­rine Le Pen au­rait été qua­li­fiée haut la main pour le deuxième tour. Avec quelque 30 % des voix, le FN est, cette fois, le pre­mier par­ti de France. Il triple son score par rap­port aux ré­gio­nales de 2010, vire en tête au 1er tour dans six ré­gions — soit presque la moi­tié des 13 nou­velles ré­gions ! Et, sur­tout, le par­ti d’ex­trême droite est en passe de l’em­por­ter di­manche pro­chain dans trois ré­gions, par­mi les plus im­por­tantes du pays. Grâce au tir grou­pé de la tante (Ma­rine Le Pen), de la nièce (Ma­rion Maréchal Le Pen) et de l’émi­nence grise, Florian Philippot.

La dé­cep­tion de Sar­ko­zy

« C’est la marche im­pé­riale de Ma­rine Le Pen », se déses­père un fi­dèle de Fran­çois Hol­lande. « Les vrais per­dants, c’est nous : ce soir, c’est la dé­faite de Sar­ko­zy et il l’a com­pris », constate, im­pla­cable, un an­cien mi­nistre du gou­ver­ne­ment Fillon. Il suf­fi­sait d’ailleurs de voir son vi­sage pâle, ses traits ti­rés, et sa voix toute de co­lère conte­nue lors­qu’il ap­pa­rut, hier soir, au siège des Ré­pu­bli­cains, pour réa­li­ser l’am­pleur de sa dé­cep­tion. Ne rê­vait-il pas, il y a quelques se­maines en­core — et même ces der­niers jours, en off —, d’une « vague bleue » ? Il se fai­sait fort de faire men­tir les son­dages… lui qui en fut long­temps si friand.

A l’évi­dence, une par­tie des élec­teurs de droite ont fait le choix de l’ex­trême droite au 1er tour. « Leur fa­çon à eux de dire non à la gauche au pou­voir tout en re­je­tant au­tant le quin­quen­nat pré­cé­dent », ana­lyse un di­ri­geant LR. L’an­cien pré­sident, qui rêve tou­jours de re­tour en 2017, af­firme avoir en­ten­du la le­çon : « Ce mes­sage s’adresse à nous aus­si », a-t-il re­con­nu hier. Tout l’es­poir de son camp consiste dé­sor­mais à ga­gner au moins cinq ou six ré­gions… et sur­tout de faire tom­ber les Le Pen.

Pour la gauche, la po­tion est amère. Hol­lande en­re­gistre son cin­quième ca­mou­flet élec­to­ral consé­cu­tif. « On va pleu­rer toute notre vie d’avoir été di­vi­sés… même si le PS ré­siste mieux que pré­vu », se la­mente un conseiller du pou­voir. De fait, cette ma­jo­ri­té écla­tée dans la plu­part des ré­gions entre PS, Verts et Front de gauche sauve les meubles. Et était dé­ter­mi­née, hier soir, à « sau­ver son âme », c’est-à-dire à re­ti­rer ses listes là où le FN est en me­sure de ga­gner. Même s’il au­ra, pour ce­la, fal­lu aux « pa­trons » Valls et Cam­ba­dé­lis tordre le bras de cer­tains can­di­dats ré­cal­ci­trants (seul Masseret s’en­tête dans le Grand Est). Hol­lande, dra­pé dans son ha­bit de chef de guerre, de­vra peut-être mettre les mains dans le cam­bouis. Pour lui, avec 2017 en ligne de mire, la conclu­sion est lim­pide : il est urgent de re­cons­truire son camp. Mais pour­ra-t-il y ar­ri­ver avec l’équi­page ac­tuel ? « Valls et Ma­cron hys­té­risent la gauche. Quand on ne gou­verne pas à gauche, on perd », lâche un vi­si­teur de l’Ely­sée.

@Na­tha­lieS­chuck @Hen­riVERNET

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