« Je suis contre le FN, mais si les gens le veulent… »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Mar­seille (Bouches-du-Rhône) De notre cor­res­pon­dant Pa­trick, com­mer­çant de 52 ans MARC LERAS

DÈS HIER après-mi­di, à Mar­seille, on pres­sen­tait la forte vic­toire du Front na­tio­nal en ré­gion Pro­ven­ceAlpes-Côte d’Azur. Dans le VIIIe ar­ron­dis­se­ment, la droite est chez elle. Ce qui n’em­pê­chait pas ses par­ti­sans de se mon­trer lu­cides sur l’is­sue de ce pre­mier tour. « D’après les conver­sa­tions que j’ai eues avec mon voi­si­nage et les com­mer­çants, je pense que le FN va faire un gros score », pré­di­sait ain­si An­dré, 70 ans, sur le che­min du bu­reau de vote de l’école de la chic rue JeanMer­moz. Pour cet an­ti­quaire à la re­traite, le constat est clair : « Les gens en ont marre, ils ont en­vie de mettre un coup de pied dans la four­mi­lière, même si pour ma part, je vis dans un quar­tier tran­quille. »

« Il y a une drôle d’am­biance, pas seule­ment à cause des at­ten­tats, mais du fait d’an­nées de po­li­tiques droite et gauche confon­dues qui n’ont don­né au­cun ré­sul­tat », ana- lysent Jean-Claude et An­nie, un couple de re­trai­tés. « J’ai beau­coup ré­flé­chi, c’est la pre­mière fois que je pèse au­tant mon vote », pour­suit Jean-Claude qui n’en di­ra pas plus.

Dans les rues, l’at­mo­sphère était fé­brile, comme si la dé­fer­lante FN, qui s’est confir­mée à 20 heures, était iné­luc­table. Dé­sor­mais, Ma­rion Maréchal-Le Pen est ul­tra-fa­vo­rite pour em­por­ter la pré­si­dence du con­seil ré­gio­nal di­manche, mais ça n’ef­fraie « pas plus que ça » Ch­ris­tian, qui a vo­té Es­tro­si, contrai­re­ment à beau­coup de ses proches, ten­tés cette fois par le vote fron­tiste. « Une ré­gion FN, ce ne se­rait pas la ca­tas­trophe. Ça ne du­re­ra que six ans, re­la­ti­vise-t-il. Dans les col­lec­ti­vi­tés que le FN gère de­puis les mu­ni­ci­pales de 2014, il y a du pour et du contre. »

Dans les bu­reaux de vote plus po­pu­laires du pa­lais de la Bourse sur la Ca­ne­bière, tra­di­tion­nel­le­ment fiefs de la gauche, l’in­quié­tude était pal­pable. « Le FN pro­fite de la si­tua­tion post-at­ten­tats », note JeanLouis, tra­vailleur so­cial de 56 ans qui sou­tien­dra « to­ta­le­ment » tout front ré­pu­bli­cain contre la liste de Ma­ré­chalLe Pen : « Au se­cond tour, je vo­te­rai contre le FN, pour le can­di­dat le mieux pla­cé ( NDLR : Es­tro­si). L’ur­gence, c’est d’éteindre l’in­cen­die. Ce se­rait une ca­tas­trophe pour l’image de notre ré­gion si le FN en pre­nait la pré­si­dence. » Même son de cloche pour Pa­trick, un com­mer­çant de 52 ans pro-Es­tro­si dans le quar­tier du Pa­nier. « Le FN n’est pas une so­lu­tion et on va vite s’en rendre compte. On ne peut pas pré­tendre être une ré­gion tou­ris­tique et som­brer dans l’iso­le­ment. »

Mal­gré une hausse de la par­ti­ci­pa­tion par rap­port à 2010 où elle avait connu un creux his­to­rique, les abs­ten­tion­nistes res­tent le pre­mier par­ti de Paca. A l’image de Fran­cis, qui pro­fi­tait hier d’une pro­me­nade en cen­tre­ville : « Je ne vote plus de­puis trois ans, je ne les crois plus. Je suis contre le FN, mais si les gens le veulent… », gri­mace-t-il, fa­ta­liste. « Beau­coup de mes amis sont de­ve­nus abs­ten­tion­nistes. Ils disent que les élus ne peuvent rien pour eux », confie Paul à la sor­tie d’un bu­reau de vote du IIe ar­ron­dis­se­ment. Lui a vo­té FN, comme il le fait de­puis les mu­ni­ci­pales de mars 2014. « On n’a ja­mais es­sayé le FN, c’est sans doute le mo­ment. »

« Ce n’est pas une so­lu­tion et on va vite

s’en rendre compte »

Mar­seille (Bouches-du-Rhône), hier. Les élec­teurs mar­seillais s’at­ten­daient à ce ré­sul­tat en Paca avec un FN dé­sor­mais fa­vo­ri pour le 2e tour di­manche.

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