Valls pousse la gauche au ha­ra-ki­ri

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - ÉRIC HACQUEMAND

PAS UN MOT du chef de la ma­jo­ri­té. Contrai­re­ment à son ha­bi­tude, Ma­nuel Valls n’a fait au­cune dé­cla­ra­tion à l’is­sue du pre­mier tour des ré­gio­nales. En lien per­ma­nent avec Fran­çois Hol­lande au té­lé­phone, il a pas­sé la soi­rée, en cou­lisses, à faire de la haute cou­ture élec­to­rale pour trou­ver la ri­poste au FN et ten­ter de sau­ver les meubles à gauche. Pas ques­tion, pour lui, de lais­ser une ré­gion bas­cu­ler dans les mains fron­tistes, no­tam­ment là où le to­tal des voix de gauche ne per­met pas de l’em­por­ter.

Vers 22 heures, au terme d’une réunion de l’état-ma­jor du PS, JeanCh­ris­tophe Cam­ba­dé­lis an­nonce la dé­ci­sion prise à l’una­ni­mi­té : « Dans les ré­gions à risque FN, pen­dant cinq ans les so­cia­listes ne sié­ge­ront pas, mar­tèle-t-il. Là où la gauche ne de­vance pas la droite, le PS dé­cide de faire bar­rage ré­pu­bli­cain. » En clair : de se re­ti­rer. C’est le cas en Paca, dans le Nord et en Al­sace - Lor­raine - Cham­pagne-Ar­denne. Le PS lais­se­ra face à face le FN, ar­ri­vé en tête, et les Ré­pu­bli­cains. C’est donc au « sa­cri­fice » que Cam­ba­dé­lis ap­pelle les so­cia­listes lo­caux. « Ils entrent dé­sor­mais en ré­sis­tance », lance-t-il, un peu gran­di­lo­quent. Cette se­maine, le chef du PS avait dé­jà com­pa­ré Ma­rine Le Pen au « re­tour à Vi­chy ».

Consé­quence concrète, le PS se­ra qua­si­ment rayé de la carte dans ces ré­gions. Ma­nuel Valls a-t-il joué un rôle dans cette dé­ci­sion, lui qui plai­dait ini­tia­le­ment pour des fu­sions avec la droite ? On en sau­ra plus ce soir, puisque le Pre­mier mi­nistre s’in­vite au 20 Heures de TF 1. Mais il n’a ja­mais ca­ché sa convic­tion pro­fonde. « Il est im­pen­sable de lais­ser une ré­gion di­ri­gée par le FN », ré­pé­tait son en­tou­rage qua­ran­te­huit heures avant le pre­mier tour. De­puis sa no­mi­na­tion à Ma­ti­gnon, Valls joue la carte du « rem­part » face au FN. « L’heure est à la res­pon­sa­bi­li­té et au ras­sem­ble­ment des ré­pu­bli­cains face à l’ex­trême droite », in­sis­tait-on, hier, à Ma­ti­gnon.

Couac dans le Grand Est

Il faut dire que le re­fus af­fi­ché par Ni­co­las Sar­ko­zy de faire alliance avec la gauche entre les deux tours lais­sait bien peu de marges de ma­noeuvre au PS. « Si on s’était main­te­nus, on nous au­rait re­pro­ché de faire le jeu de Le Pen », re­lève un di­ri­geant. En dé­but de soi­rée, pour­tant, Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, le can­di­dat du PS en Paca, avait lais­sé en­tendre qu’il se main­tien­drait ! Quant à Pierre de Sain­ti­gnon, tête de liste dans le Nord, il rê­vait en­core de fu­sion. Ils de­vront fi­na­le­ment se faire… ha­ra-ki­ri ! Seul couac de la soi­rée, la tête de liste dans le Grand Est, Jean-Pierre Masseret, a af­fir­mé : «Pas de re­trait, pas de fu­sion qui n’au­raient au­cun sens». La pres­sion du som­met était forte. Au té­lé­phone, Valls a ap­pe­lé presque tous les can­di­dats, de l’ex-mi­nistre Ca­role Del­ga à Jean-Yves Le Drian.

La ri­poste au FN a aus­si fait l’ob­jet de plu­sieurs ap­pels entre le Pre­mier mi­nistre et Fran­çois Hol­lande qui, après un al­ler-re­tour en Fal­con dans son fief de Tulle (Cor­rèze) pour vo­ter, a sui­vi la soi­rée élec­to­rale dans son bu­reau à l’Ely­sée. Le chef de l’Etat s’est aus­si en­tre­te­nu avec Claude Bar­to­lone, qui garde ses chances en Ile-de-France. Au fi­nal, avec le jeu des re­ports de voix, « la gauche peut gar­der 5 ou 6 ré­gions », pro­nos­tique l’ex-mi­nistre Fran­çois Reb­sa­men, fin connais­seur de la carte élec­to­rale.

Outre la Bre­tagne et l’Aqui­taine, il mise sur Lan­gue­doc-Rous­sillon-Mi­di-Py­ré­nées, Bour­gogne-Fran­cheCom­té, et la très sym­bo­lique Ile-deF­rance. Si le PS fi­nit troi­sième dans la plu­part des ré­gions, son socle au­tour de 23 % des voix tient bon. Avec ses al­liés éco­los et com­mu­nistes, la gauche dé­passe même en pour­cen­tage na­tio­nal l’union de la droite et du centre. De quoi faire pla­ner le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Sté­phane Le Foll : « Le to­tal de la gauche en fait le pre­mier par­ti de France. » Il fal­lait oser.

@eri­chac­que­mand

(AFP/Tho­mas Samson.)

Evry (Es­sonne), hier. Le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls (ici à son bu­reau de vote), n’a fait au­cune dé­cla­ra­tion à l’is­sue du pre­mier tour.

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