A Saint-De­nis, les at­ten­tats n’ont pas mo­bi­li­sé les élec­teurs

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) THO­MAS POUPEAU

C’EST JOUR DE MAR­CHÉ, ce di­manche à Saint-De­nis. La foule, bi­gar­rée se presse pour ache­ter fruits, viande ou fripes. En ce jour de pre­mier tour des élec­tions ré­gio­nales, les étals des mar­chands ont beau­coup plus de suc­cès que le bu­reau de vote no 1, ins­tal­lé dans la mai­rie, à quelques mètres.

La ville est en­core meur­trie par les at­ten­tats com­mis le 13 no­vembre aux abords du Stade de France et par l’as­saut du Raid, cinq jours plus tard, pour dé­lo­ger des ter­ro­ristes rue du Cor­billon. Pour­tant, les ha­bi­tants n’ont pas sem­blé vou­loir tra­duire leur trau­ma­tisme dans les urnes, en se ruant dans l’iso­loir. Taux d’abs­ten­tion pour ce pre­mier tour : 69 %, soit 5 points de plus qu’en 2010.

Une triste ha­bi­tude dans cette com­mune pi­lo­tée de­puis 2004 par le com­mu­niste Di­dier Paillard, où 55,2 % des élec­teurs n’avaient pas vo­té aux mu­ni­ci­pales de 2014, et près de 77 % aux der­nières dé­par­te­men­tales. « Evi­dem­ment, ici, les gens ont peur, vu les ter­ribles af­fron­te­ments qu’il y a eu entre la po­lice et des ter­ro­ristes. Mais ils se de­mandent si vo­ter change quelque chose. Pour beau­coup, les élec­tions ne sont plus une so­lu­tion », se dé­sole Ha­bla, une fonc­tion­naire de 43 ans, qui, elle, a choi­si de vo­ter « par de­voir ». Un constat qui semble aga­cer Ma­thieu Ha­no­tin, dé­pu­té PS, dé­pi­té que « les évé­ne­ments, trau­ma­ti­sants, n’aient pas créé de sur­saut ci­toyen ».

Am­biance pe­sante

De fait, si les ha­bi­tants re­con­naissent avoir les at­ten­tats en tête, beau­coup font la part des choses. Et se concentrent sur le pro­gramme des can­di­dats.

Comme Ma­rie et Mi­chel, qui ha­bitent à quelques cen­taines de mètres du Stade de France : « Oui, l’am­biance est pe­sante, sur­tout de­puis l’as­saut du Raid. C’est triste, mais on a pris l’ha­bi­tude d’être vi­gi­lant, à Saint-De­nis. Alors quand il y a des élec­tions, on es­saie de ne pas ré­agir à chaud et de re­gar­der les su­jets dé­ve­lop­pés par les par­tis. »

Tal­la, un im­mense gaillard de 30 ans, ve­nu vo­ter avec sa femme, So­raya, ne dit pas autre chose. « Les at­ten­tats et les ré­gio­nales… ça n’a rien à voir ! De­puis quand la ré­gion a la com­pé­tence sécurité ? Le ter­ro­risme, c’est une ques­tion d’en­ver­gure na­tio­nale. Ce­la au­ra peut-être un im­pact sur mon vote à la pré­si­den­tielle, mais pas au­jourd’hui. »

Quelques-uns, en re­vanche, tiennent compte des ré­cents évé­ne­ments. « Mon choix pour le pre­mier tour était fait avant les at­ten­tats : je vote pour les Verts, an­nonce Jé­rôme, un consul­tant en fi­nances pu­bliques de 35 ans. En re­vanche, s’ils ap­pellent à vo­ter pour le PS au se­cond tour, je m’abs­tien­drai. Pas ques­tion de vo­ter pour le par­ti du gou­ver­ne­ment qui a dé­cré­té l’état d’ur­gence ! » tonne le jeune homme.

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