Vo­ter FN, « seul pou­voir qu’on a »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Sch­ne­cken­busch, Buhl-Lor­raine (Mo­selle) De notre en­voyé spé­cial Vé­ro­nique, qui a mis dans l’urne un bul­le­tin Eu­rope Eco­lo­gie-les Verts V.MD.

VA­LÉ­RIE, 50 ans, ne s’en cache pas. « Je vais être hon­nête, je vote FN. C’est le seul pou­voir qu’on a. Quand je vois où l’on va, je me dis : pour­quoi pas es­sayer ? Moi, je dé­fends mes ra­cines ! » mar­te­lait, hier mi­di, cette auxi­liaire de vie juste avant d’al­ler dé­po­ser un bul­le­tin aux cou­leurs de la liste de Florian Philippot. Son fils Fla­vien, 18 ans, en fe­ra de même. A Sch­ne­cken­busch, bour­gade de 309 ha­bi­tants comme dans beau­coup de vil­lages mo­sel­lans des alen­tours, le Front na­tio­nal réa­lise tra­di­tion­nel­le­ment des scores très éle­vés. Aux eu­ro­péennes en 2014 et au pre­mier tour des dé­par­te­men­tales en mars der­nier, il était, ain­si, lar­ge­ment en tête. Hier soir en­core, le FN a ré­col­té 44, 27 % des suf­frages. Ré­my Bier, le maire sans éti­quette qui garde son suf­frage se­cret, en est le pre­mier éton­né. « On ne com­prend pas ça ! C’est une grande famille ici où les gens sont so­li­daires. Il n’y a pas d’étran­gers. Les élec­teurs ai­me­raient bien autre chose que le sys­tème qui est en place, mais ils ne savent pas quoi. Alors ils optent pour un vote ras-le-bol », dé­crypte l’édile qui serre la main ou claque la bise à tous ses ad­mi­nis­trés. « C’est une pai­sible com­mune ru­rale, il n’y a au­cun sou­ci », confirme Ele­na Wi­ni­ger, conseillère mu­ni­ci­pale.

Va­lé­rie, l’élec­trice en co­lère, ap­par­tient à la ca­té­go­rie des « com­plè­te­ment dé­çus par la gauche et la droite ». « J’en ai as­sez d’en­tendre qu’il faut être ou­vert. On ac­cueille toute la mi­sère du monde. Trop de so­cial tue le so­cial ! » dé­nonce-t-elle. Se­lon elle, il y a aus­si un « pro­blème avec l’is­la­misme ». « On est un pays de chris­tia­nisme. Mais on en­tend par­ler que de mosquées, de re­pas ha­lal… », re­grette-t-elle. Oli­vier, 23 ans, étu­diant qui se des­tine au mé­tier d’avo­cat, offre, lui, sa voix aux Ré­pu­bli­cains, « même s’ils ne vendent pas du rêve ». « J’ai beau­coup hé­si­té avec le FN, mais je me re­tiens. Et puis, l’Eu­rope, j’y crois, je fais mes études au Luxem­bourg », confie-t-il. A 3 km, à Buhl-Lor­raine et ses 1 200 âmes, Vé­ro­nique, qui a mis dans l’urne un bul­le­tin Eu­rope Eco­lo­gie-les Verts (EELV), s’in­quiète d’une nou­velle pous­sée de l’ex­trême

« Les at­ten­tats, même ici, ça lui sert à fond »

droite. « Les at­ten­tats, même ici, ça lui sert à fond ! Ce­la me fait peur… D’ac­cord, il n’y a pas beau­coup de tra­vail dans le coin, mais ça n’a rien à voir avec le bas­sin mi­nier », lâche cette em­ployée qui, au se­cond tour, est prête à pen­cher à droite s’il faut faire « front au Front ». Les « évé­ne­ments à Pa­ris », c’est ce qui a « confor­té » le choix d’Alain, pro-FN. « Il y a trop de lais­ser-al­ler dans notre pays », s’ir­rite-t-il. Cet ou­vrier se dit « dé­mo­ra­li­sé ». Il trouve que son pou­voir d’achat s’ef­frite. Hier ma­tin, avant d’al­ler s’ex­pri­mer, il a « fait quelques heures sup pour ar­ron­dir les fins de mois » de­ve­nues dif­fi­ciles.

(LP/Vincent Mongaillard.)

Sch­ne­cken­busch (Mo­selle), hier. Va­lé­rie a vo­té Front na­tio­nal tout comme son fils Fla­vien, 18 ans.

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