« Le FN n’est pas ré­pu­bli­cain »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par JAN­NICK ALIMI

L’ÉCRI­VAIN en­ga­gé es­time qu’il faut ar­rê­ter avec les dis­cours pa­ter­na­listes sur les sup­po­sés mes­sages de déses­poir des élec­teurs du FN. La France est-elle à un tour­nant ? BER­NARD-HEN­RI LÉ­VY. Oui et non. Cette course en tête du Front na­tio­nal, on la voyait dé­jà aux der­nières eu­ro­péennes et aux der­nières dé­par­te­men­tales. La grande nou­veau­té, c’est le sym­bole. Car des ré­gions ef­fec­ti­ve­ment pré­si­dées par des le­pé­nistes, la vie quo­ti­dienne des Fran­çais d’Al­sace, du Nord ou de Pro­vence en par­tie dic­tée par les lu­bies ou les fan­tasmes de Mme Le Pen et des siens, ça, ce se­rait un vrai bas­cu­le­ment sym­bo­lique. Et ce se­rait, pour les gens, pour les ci­toyens, un au­then­tique dé­sastre. Pour quelles rai­sons ? On ne prend pas bien la me­sure de ce qu’est ce par­ti. On nous dit qu’il n’a pas de vrai pro­gramme, qu’il ne construit rien, qu’il n’a pas de so­lu­tions réelles aux pro­blèmes du chô­mage ou de l’in­sé­cu­ri­té, etc. – et c’est vrai. Mais il y a peut-être plus grave en­core. C’est un par­ti dont on a vu, lors de pré­cé­dentes élec­tions, qu’il est bour­ré de re­pris de jus­tice. C’est un par­ti dont on sait qu’il a du mal à ca­cher, lors­qu’ils s’étalent sur les ré­seaux so­ciaux, les nos­tal­giques du na­zisme qui mi­litent dans ses rangs. C’est un par­ti qui, chaque fois que notre pays est confron­té à une De­puis quelques heures, j’en­tends par­tout dire que ce­la ré­vèle une co­lère, un ma­laise, une exas­pé­ra­tion, etc. Et c’est à qui se fe­ra l’oreille la plus fine pour en­tendre (c’était le grand mot de la soi­rée élec­to­rale !) le mes­sage de dé­tresse que ce vote Front na­tio­nal est cen­sé adres­ser. C’est vrai, sans doute, pour un cer- Je pense qu’il faut ar­rê­ter avec ce dis­cours de com­mi­sé­ra­tion et de pa­ter­na­lisme sur le sup­po­sé « mes­sage de déses­poir » que nous en­ver­raient les gens qui votent pour le Front na­tio­nal. On peut être chô­meur et ne pas vo­ter Front na­tio­nal. On peut être pau­pé­ri­sé et ne pas se re­con­naître dans cette France rance, peu­reuse, hai­neuse, désho­no­rée. Et je crois que, chez ceux qui le font quand même, chez ceux qui choi­sissent de don­ner à leur désar­roi le vi­sage de

ou, si vous pré­fé­rez, l’ex­trême droite. C’est un bloc de dis­cours qui fonc­tionne à la haine de l’autre, à l’es­prit de re­vanche, de pé­ni­tence ou de res­sen­ti­ment, à la haine aus­si de soi. C’est ça qui re­vient en ce mo­ment. Cette France-là était te­nue en li­sière par les forces conju­guées du gaul­lisme, de la droite li­bé­rale or­léa­niste et de la gauche so­cial­dé­mo­crate. Mais, au­jourd’hui, elle re­lève la tête. Et ça ne sert à rien de se le ca­cher, sous pré­texte de « ne pas culpa­bi­li­ser les élec­teurs ». Que doivent faire les par­tis, se­lon vous, face à ce­la ? Tout faire, entre les deux tours, pour em­pê­cher ces fac­tieux softs de faire de nous la ri­sée et la pi­tié de l’Eu­rope

« Em­pê­cher ces fac­tieux softs de faire de nous la ri­sée de l’Eu­rope »

@Jan­ni­ckA­li­mi1

(LP/Del­phine Gold­sz­te­jn.)

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