Le BA-ba des gestes qui sauvent

De­puis les at­ten­tats, les Fran­çais veulent da­van­tage être for­més au se­cou­risme. Voi­ci quatre at­ti­tudes es­sen­tielles à connaître, se­lon les fiches pra­tiques du Samu.

Le Parisien (Paris) - - SANTÉ - CLAU­DINE PROUST

PAR­MI LES EF­FETS de l’onde de choc du 13 no­vembre, les at­ten­tats ont pro­vo­qué un vaste sur­saut de conscience ci­vique. Cha­cun me­sure son propre désar­roi face à l’éven­tuelle né­ces­si­té de se­cou­rir un bles­sé.

En at­ten­dant de tous s’y mettre, on peut aus­si ap­prendre les pre­mières consignes et les gestes qui sauvent, gui­dés par la doc­teur Su­zanne Tar­tière. Ur­gen­tiste che­vron­née, cette anes­thé­siste-ré­ani­ma­trice tra­vaille à la ré­gu­la­tion du Samu de Pa­ris : c’est l’une des voix qui guide, à mots simples, les proches pa­ni- Fa­cile à dire, sans doute, mais c’est un préa­lable, quand on doit se­cou­rir quel­qu’un, au tra­vail, dans la rue ou chez soi. Avant tout, ap­pe­ler ou faire ap­pe­ler les se­cours. S’agis­sant d’un évé­ne­ment de type at­ten­tat, on veille­ra à ne pas jouer les héros en bra­vant les consignes qués au bout du fil en at­ten­dant l’am­bu­lance. Elle est éga­le­ment se­cré­taire gé­né­rale de l’as­so­cia­tion les Trans­met­teurs, fon­dée par le doc­teur Xa­vier Em­ma­nuel­li. Consti­tuée de mé­de­cins « ré­ser­vistes » re­trai­tés, elle vise, comme son nom l’in­dique, à trans­mettre le sa­voir des ur­gen­tistes. Non seule­ment aux fu­turs pra­ti­ciens, mais aus­si au grand pu­blic, no­tam­ment par le biais des in­ter­ven­tions Fo.ur.mi. (pour for­ma­tion ur­gence mi­ni­mum) dis­pen­sées à la de­mande et étayées de pe­tites fiches ul­tra­simples*. Leur ob­jec­tif ? « For­mer 65 mil­lions de Four­mis. » de sécurité. « Si la po­lice dit de s’écar­ter, on ob­tem­père. » Et l’on ne se met pas en tra­vers des se­cours, dont l’or­ga­ni­sa­tion est dé­jà dif­fi­cile. « Pre­nez le temps, sou­ligne la doc­teur Tar­tière : il vaut tou­jours mieux prendre vingt se­condes pour bien éva­luer. » La per­sonne à se­cou­rir semble « sim­ple­ment » éva­nouie. Pre­mier ré­flexe, on vé­ri­fie ses ré­ac­tions « en la pin­çant une fois, deux fois ». Pas un mot, pas un geste ? Elle est in­cons­ciente. Deuxième ré­flexe, on vé­ri­fie si elle res­pire. « En po­sant la main sur son torse, ou des lu­nettes sous son nez pour voir si elles s’em­buent. » Si c’est oui, on passe alors à la fa­meuse po­si­tion la­té­rale de sécurité dont on a tous en­ten­du par­ler. « Ou­blions ce terme, qui ren­voie à une cho­ré­gra­phie com­pli­quée », sou­rit Su­zanne Tar­tière. Dans l’ur­gence on fe­ra pra­tique, même si c’est par­tiel : « On la couche sim­ple­ment sur le cô­té, en chien de fu­sil, et on glisse quelque chose sous sa tête. » Pas be­soin d’oreiller, il s’agit juste de main­te­nir la tête dans l’axe de la co­lonne ver­té­brale. Si la vic­time in­cons­ciente ne res­pire pas, il faut tout de suite com­men­cer à mas­ser pen­dant que quel­qu’un file cher­cher un dé­fi­bril­la­teur (lo­ca­li­sable par le biais de plu­sieurs ap­pli­ca­tions, comme Staying Alive). Age­nouillé aux cô­tés de la vic­time al­lon­gée sur le dos, paumes des mains l’une au-des­sus de l’autre et les bras bien ten­dus pour « Gare au gar­rot », pré­vient la doc­teur Tar­tière : il ne s’im­pose pas tou­jours. S’agis­sant d’une bles­sure à la main, au bras, de type en­taille, fût-elle de deux ou trois cen­ti­mètres, si l’on a par exemple dé­ra­pé avec un cou­teau à huîtres, on com­prime sim­ple­ment : « On as­sied la per­sonne, on ap­puie là où ça saigne » avec sa main, un tor­chon propre ou un sac plas­tique et l’on de­mande au bles­sé s’il peut bou­ger ses doigts : dans le cas contraire, il est pos­sible que des nerfs soient tou­chés et il faut alors le di­ri­ger don­ner le plus de force, on ap­puie par pous­sées suc­ces­sives sur la par­tie basse du ster­num (entre les deux seins) en comp­tant : « et un et deux et trois et quatre… », jus­qu’à l’ar­ri­vée des se­cours.

On se laisse gui­der par les ins­truc­tions vo­cales du dé­fi­bril­la­teur « en li­mi­tant les in­ter­rup­tions de massage ».

Pas de pa­nique

Eva­noui ? En chien de fu­sil !

vers un ser­vice hos­pi­ta­lier membre du ré­seau SOS Mains.

En cas de plaie « très dé­la­brée », en re­vanche, comme dans le cas d’une bles­sure de guerre, il faut ar­rê­ter l’hé­mor­ra­gie au ni­veau de l’ar­tère, avec un gar­rot bien plus consé­quent que ce­lui qu’on vous pose pour une prise de sang, d’au moins deux cen­ti­mètres de large.

Fou­lard, cra­vate, che­mise, n’im­porte quoi fe­ra l’af­faire : le tout est de le pla­cer cor­rec­te­ment, « à cinq cen­ti­mètres de la plaie », sauf en des­sous du ge­nou et du coude, et de ser­rer très fort, par exemple en pas­sant un sty­lo entre les deux bras du fou­lard ou de la cra­vate, et tour­ner pour ser­rer, jus­qu’à faire très mal. La sur­vie est à ce prix. * Vous pou­vez re­ce­voir ces fiches par cour­riel ou être for­mé par les Trans­met­teurs en écri­vant à trans­met­teurs@gmail.com.

Si la vic­time in­cons­ciente ne res­pire pas, il faut pro­cé­der au massage car­diaque et suivre les ins­truc­tions so­nores du dé­fi­bril­la­teur.

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